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Agroalimentaire : la panne de compétitivité

Pierre Christen |  14 Février 2012 | 

Dans le cadre de la conférence annuelle d’analyses et de prévisions intitulée « L’audace ou le déclin : quelle stratégie économique pour la France », Isabelle Senand, directrice d’études chez Precepta (groupe Xerfi) a analysé la panne de compétitivité de l’industrie agroalimentaire.© xxxx_3D - Fotolia.com

Dans le cadre de la conférence annuelle d’analyses et de prévisions intitulée « L’audace ou le déclin : quelle stratégie économique pour la France », Isabelle Senand, directrice d’études chez Precepta (groupe Xerfi) a analysé la panne de compétitivité de l’industrie agroalimentaire. Elle interviendra sur le sujet lors du prochain salon CFIA , le mardi 13 mars à 10h45. Interview.

Comment caractérisez vous la panne de compétitivité de l’industrie agroalimentaire française ?

Cette panne de compétitivité se manifeste en particulier par la tendance à la baisse de nos excédents commerciaux depuis 1997. Quant à la remontée de 2010-2011, il faut uniquement l’interpréter comme une correction après le violent décrochage lié à la récession. Nous sommes certes toujours excédentaires dans les IAA*, mais c’est une vision d’ensemble, trompeuse. Les boissons sont sur une trajectoire croissante et engrangent des excédents record, plus de 9 milliards d’euros pour cette année. Mais de l’autre coté, dans l’alimentaire hors boissons nous sommes déficitaires et de plus en plus (près de 3 Md€). Par ailleurs, comme pour l’industrie manufacturière dans son ensemble, le taux de marge (excédent brut d'exploitation / valeur ajoutée) des IAA françaises a fortement baissé en 20 ans.

* L'excédent commercial agroalimentaire en 2011 est de 11,4 milliards d’euros contre 7,9 milliards d’euros en 2010.

Où se situe l'enjeu principal ?

Parmi les multiples enjeux, la restauration des marges des opérateurs est au cœur des problématiques de l’industrie agroalimentaire. En effet, quand les marges sont comprimées, les capacités des entreprises à investir, à défendre leurs positions sur leur marché domestique et à être offensives sur les marchés extérieurs sont en chute. Les causes du décrochage des marges sont multiples. La concurrence en provenance des industriels allemands ou hollandais s’est durcie, les pressions exercées par la grande distribution alimentaire sur les tarifs demeurent structurellement élevées. Ne disposant pas d’un pouvoir de marché qui leur permettrait d’imposer leur prix, les PME en particulier sacrifient leurs marges. Et avec des marges trop faibles, on ne peut pas croître : près des trois quarts des entreprises alimentaires emploient moins de 20 salariés.

Quels sont les relais de croissance de demain ?

Parmi les différentes pistes de croissance, l’accès à la « taille critique » doit bien entendu rester l’objectif prioritaire des entreprises agroalimentaires. Une taille critique pour s’imposer à l’international, mais aussi une taille critique pour s’imposer auprès des clients de la grande distribution alimentaire. En d’autres termes, une taille critique pour défendre les marges. Parmi les autres axes que l’on peut évoquer : l’offre locavore - le fait de consommer des produits dont l’origine est proche de son bassin de consommation, respectueux des saisons et de l’environnement -, les produits régionaux du terroir ou encore le « made in France » connaissent un nouvel engouement depuis deux-trois ans. Cela constitue pour les entreprises françaises une véritable opportunité. Cela leur permet de recréer le lien avec l’amont agricole et le consommateur final. Un lien avec le consommateur qui peut d’ailleurs se renforcer avec l’implication directe des industriels dans la distribution via des points de vente en propre. Les marchés de niches, comme l’offre bio - plus de 3 Md€ de chiffre d’affaires , le halal, ou encore les produits à destination des intolérants alimentaires représentent d’autres pistes de croissance. Les débouchés auprès de la restauration hors foyer doivent également être pris en compte, dans un contexte de recours croissant des restaurateurs aux produits-services.