Process Alimentaire / À la une / Alimentation : les 5 tendances clefs de 2018, selon Mintel

Alimentation : les 5 tendances clefs de 2018, selon Mintel

Pierre Christen |  10 Novembre 2017 | 

Comme chaque année à la période automnale, Mintel livre son analyse sur les tendances qui devraient structurer la consommation de produits alimentaires au plan mondial en 2018. Un exercice de prospective, qui s'appuie sur l'expertise de 60 analystes du spécialiste des études de marché et sur sa base de données (GNPD) recensant les nouveaux produits alimentaires et les nouvelles boissons lancés dans le monde. Cinq tendances de fond ont été identifiées. Elles font écho à cinq thèmes : la confiance, prendre soin de soi, le stress, l'individualisme, et la durabilité.

Une publication complète des informations produits

Pour Mintel, la crise de confiance est totale, elle se manifeste envers les autorités, le cadre réglementaire, et bien entendu- envers les fabricants de produits alimentaires, grands groupes en tête. Cette défiance renforce l'exigence de transparence, le besoin de connaître l'origine des ingrédients, la manière de fabriquer les produits alimentaires, ou encore de les distribuer et de les vendre. Les fabricants sont sous pression afin qu'ils publient des données que Mintel qualifie de « complètes et honnêtes ».

Mintel cite en exemple la marque de lait « C'est qui le patron » basée sur une enquête réalisée auprès de 6 850 consommateurs. Ou encore Betterwith au Canada (en photo), avec sa gamme « Honest » qui revendique d'être la première crème glacée issue de la ferme et entièrement traçable. Ce besoin de réassurance se traduit également dans un renforcement de l'attente pour des produits naturels, aussi bien éthiques que respectueux de l'environnement.

Selon la base GNPD de Mintel, les allégations autour du naturel (en incluant les allégations sans additifs, sans conservateurs, bio et sans OGM) apparaissent dans 29 % des lancements réalisés entre septembre 2016 et août 2017. Un chiffre en progression de 17 %. Dans la même logique, les allégations environnementales et éthiques (incluant le bien-être animal) ont connu un véritable boom. Elles ont atteint 22 % des lancements contre juste 1 % en 2006-2007.

Des pratiques auto-réalisatrices

Le stress aiguille la vie de nombreuses personnes dans le monde. La vie moderne nous soumet à la pression des horaires, à une connexion numérique permanente associée à une exigence de flexibilité. Pour Mintel, ce contexte conduit les consommateurs à vouloir échapper à la négativité ambiante et à prendre soin d'eux à travers leur alimentation. Ce qui les amène à privilégier des plats équilibrés et à rechercher des mets relaxants.

Mais cela est mené dans un esprit de personnalisation et d'individualisation. Chacun choisit ce qui est bon pour lui en fonction de ses exigences propres et de ses marqueurs culturels. Ainsi, selon Mintel, 41 % des Britanniques considèrent que des snacks riches en sucres ou sel peuvent faire partir d'une régime équilibré. En revanche, 85 % des Chinois seraient intéressés par des crèmes glacées meilleures pour la santé. Mintel prend l'exemple d'Häagen-Dazs qui a lancé à Singapour une gamme (en photo) incluant du thé vert et de l'amande ou de la mangue et de la framboise dans des portions de 40 ml.

Mintel indique que les Français, les Italiens et les Espagnols sont très actifs pour éviter les matières grasses tout autant que pour réduire les apport en sucres. L'aversion pour certains ingrédients est une méthode partagée dans le monde entier. Mais elle est contrebalancée par la recherche d'arguments positifs, orientés sur ce que contient le produit (et non sur ce qu'il n'a pas). En ce sens, la qualité nutritionnelle des fruits, légumes, graines, herbes, épices, extraits végétaux et des autres ingrédients à base de plantes est un argument décisif.

Mintel souligne l'intérêt pour la camomille, la lavande et la mélisse, le trio leader des herbes utilisées dans les produits alimentaires et les boissons pour leurs propriétés relaxantes, sur la période septembre 2016 – août 2017.

De nouvelles sensations

Comment échapper à la routine et au stress ? Pour Mintel, l'alimentation peut jouer un rôle accru. Il y a un potentiel pour des aliments impliquant davantage les sens grâce à la couleur, la forme, la fragrance et même le son. En clair, la texture est le levier clef pour délivrer des expériences dignes d'être partagées. Mintel illustre cette tendance par un lancement d'Oreo (en photo). Pour honorer le jour de l'indépendance aux Etats-Unis, la marque américaine a lancé une série limitée de son biscuit incorporant de petites confiseries pétillantes rouges et bleues.

Les réseaux sociaux comme Instagram et Pinterest mettent en valeur les photos des produits alimentaires. Ce qui a pour effet de centrer l'attention sur la couleur des aliments. Cette recherche de « fun food », ou tout du moins d'originalité, ouvre un vaste champ d'innovation possible, particulièrement en Asie. Mintel souligne combien les Chinois sont ouverts aux textures inédites. Ainsi plus de la moitié d'entre eux identifient les couches, l'enrobage ou le fourrage comme des éléments clefs d'un bon biscuit. 43 % sont intéressés par des thés prêts-à-boire incluant des morceaux de fruits et un tiers par des yaourts comportant des céréales ou des grains.

Pour autant, c'est en Europe que le nombre de lancements incluant une description de la texture est le plus important. Selon Mintel, 37 % des Espagnols, 36 % des Polonais, 26 % des Français et 22 % des Allemands et des Italiens, sont prêts à essayer des textures non usuelles.

Un traitement préférentiel

L'ère de la personnalisation est ouverte et s'accélère grâce aux possibilités offertes par l'expansion du e-commerce. Mintel pointe la puissance qu'auront les services en ligne lorsqu'ils allieront un coût abordable à l'attente de commodité et d'efficience des consommateurs.

Mintel souligne ainsi le potentiel des services de ré-approvisionnement automatique, par exemple via la synchronisation d'un réfrigérateur connecté avec une appli mobile de e-commerce. C'est aussi l'exemple des accessoires intelligents activés par la voix tels que Amazon Echo et Google Home, qui sont susceptibles de rendre plus rapides l'élaboration des listes de course et surtout de passer commande automatiquement.

Au delà de la praticité (gains de temps, d'efforts et d'énergie pour s'approvisionner), les nouvelles technologies offrent la possibilité de personnaliser les recommandations d'achat. Par exemple, Coca-Cola a développé un distributeur automatique intelligent qui permet des achats via son mobile. De son côté, la plate-forme chinoise Alibaba a introduit les marchés physiques Hema où les consommateurs utilisent une application mobile. Mintel pointe le rachat de Whole Foods par Amazon comme le fait majeur de l'année 2017 et met en exergue le lancement par l'ex-pure player de la gamme de produits à sa marque (Happy Belly et Wickedly Prime). A suivre de près, tout comme l'alliance entre Google et Walmart.

Le prix de la science

Pour Mintel, une révolution est en cours grâce aux nouvelles technologies. Elles visent à remplacer les matières premières et aliments traditionnels, issus des exploitations agricoles et des ateliers de transformation, par des solutions issues des laboratoires. Mintel évoque ici les cultures de cellules pour synthétiser de la viande ou encore l'impression 3D, qui ont l'avantage d'assurer un meilleur respect des conditions environnementales.

Pour l'heure, les résultats obtenus pâtissent d'un coût trop onéreux. Cependant des investissements tels que ceux réalisés par General Mills, Tyson, Cargill, Unilever ou même Bill Gates témoignent que la donne peut changer rapidement. D'autant que les qualités organoleptiques des produits obtenus progressent. Mintel cite la société californienne Impossible Foods, qui propose des burgers végétaux dont les dimensions, le goût, l'odeur et même le jus se rapprochent d'un burger à base de viande.

Ces produits pionniers devront faire face à de fortes réticences culturelles. En 2017, seulement 26 % des Espagnols, 11 % des Français et 8 % des Allemands se déclaraient potentiellement séduits par de la viande synthétique provenant de cultures en laboratoire.

Cependant les promoteurs de ces nouveaux aliments martèlent des arguments environnementaux susceptibles de faire mouche. Beyond Meats propose des substituts végétaux de viande développés en partenariat avec General Mills. Sur le plan marketing, la firme vante les bienfaits apportés à « Mère Nature » grâce à l'impact positif sur le climat, l'eau, l'énergie, les sols, etc. Or les données Mintel montrent que la conscience environnementale continue de progresser dans l'esprit des consommateurs partout dans le monde.