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Auchan, Intermarché, Leclerc et Fleury-Michon adoptent le Nutri-Score

Pierre Christen |  2 Mai 2017 | 

Le Nutri-Score, imaginé par le Pr Serge Hercberg (Inserm), classe chaque produit grâce à une lettre associée à une couleur, de la couleur A/vert foncé pour le produit le plus favorable sur le plan nutritionnel à la classe E/rouge, pour le produit le moins favorable. Il prend en compte les éléments à favoriser (fibres, protéines, fruits et légumes) et ceux à limiter (énergie, acides gras saturés, sucres et sel). Il reste facultatif et repose sur le volontariat des entreprises agroalimentaires et des distributeurs pour leurs marques propres.

Marisol Touraine avait le sourire jeudi 27 avril, lors de la signature au Ministère de la Santé de la charte d’engagement volontaire relative à l’étiquetage nutritionnel simplifié, par trois enseignes, Auchan, Intermarché et Leclerc, et l’industriel Fleury-Michon. Les quatre entreprises vont adopter le système Nutriscore, ressorti légèrement en tête de l’expérimentation menée en magasins, et largement promu par la ministre, qui n’avait pas hésité à dévoiler sa préférence, avant même la publication des résultats.

Le Nutri-Score, d'une courte tête

Finalement rendu public le 25 avril, le rapport du comité de pilotage de l'évaluation en conditions réelles d'achat a en effet montré que l'amélioration du score FSA moyen (indicateur choisi pour son lien avec les risques de survenue d'un cancer, de maladies cardio-vasculaires, de syndrome métabolique et de surpoids) est de :

- 4.45 % avec le Nutri-Score,

- 3.9 % avec le Nutri-Couleurs,

- 3.3 % avec le Sens.

Le Nutri-Repère a eu quant à lui un impact non significatif. L'étude qualitative a montré qu'il a pâti de l'absence de système coloriel.

Des questions juridiques à trancher

L’arrêté qui fixe le cahier des charges du Nutri-Score a été notifié à la Commission européenne lundi 24 avril, au lendemain du 1er tour de l’élection présidentielle. L’instance devra statuer avant le 25 juillet après examen par la Commission elle-même et par les autres Etats-membres. L’arrêté sera ensuite publié au Journal Officiel. Le rapport pointe toutefois un certain nombre de questions juridiques qui devront être tranchées. Les experts s'interrogent sur un point. L'utilisation du vert pour illustrer la meilleure note ne renvoie-t-il pas vers la réglementation Allégations santé, au détriment de la réglementation Inco jusqu'ici considérée ?

Des engagements réciproques

Quoi qu'il en soit, c’est donc sans attendre la réponse de la Commission européenne ni la publication de l'arrêté que les quatre entreprises ont signé la charte d'engagement. Elles se sont engagées à mettre en place le système d’information nutritionnelle simplifié sur l'ensemble des produits à leurs marques (dans un délai compatible avec les contraintes techniques) et à communiquer auprès du grand public sur la mise en place du dispositif. De leur côté, les ministères concernés vont fournir l'ensemble des éléments nécessaires à l’utilisation du Nutri-Score. Un comité de suivi sera mis en place avec les signataires. Les ministères s'engagent à promouvoir le Nutri-Score pour qu'il devienne le système d’information nutritionnelle complémentaire unique en Europe. La ministre a rappelé l’objectif : améliorer l’information nutritionnelle figurant sur les produits et orienter les consommateurs vers l’achat d’aliments de meilleure qualité nutritionnelle.

Les associations veulent éviter la cacophonie nutritionnelle

La signature s’est faite en présence des associations de consommateurs CLCV et UFC Que Choisir. Celles-ci appellent d’autres fabricants et distributeurs à se rallier à ce modèle d’étiquetage. « C’est le plus efficace et le seul à bénéficier de la reconnaissance de l’État », martèle l’UFC Que Choisir, bien décidée à faire la promotion d’un dispositif qu’elle a ardemment défendu. Sa préoccupation aujourd’hui est de faire rempart contre le risque de cacophonie nutritionnelle. « Le maintien d’autres modèles concurrents, à l’instar de ce qu’ont annoncé Coca-Cola, Nestlé, Mars, Mondelez, Pepsico et Unilever va contre l’intérêt des consommateurs en les empêchant de comparer les produits », affirme l’association. Même son de cloche du côté de CLCV qui « souhaite qu’un seul logo nutritionnel soit utilisé en France, même si les industriels et les distributeurs peuvent en choisir d’autres sur leurs emballages ».

Un consensus loin d'être atteint

L’adhésion massive des industriels ne semble pas gagnée d’avance. L’initiative des six géants de l’agroalimentaire visant à adopter le Nutri-Couleur, issu des Traffic Lights britanniques, moyennant une évolution vers un système par portions, a gagné l'assentiment des adhérents de l'Alliance 7 et d'autres PME.

Un autre cas emblématique est celui des industriels de la charcuterie. « Nous sommes légalistes et allons attendre l’avis de Bruxelles quant au projet d’arrêté envoyé, nous répond Robert Volut, président de la FICT, qui représente l’industrie charcutière française. Nous restons opposés à des systèmes synthétiques [comme le Nutri-Score ou le Nutri-Couleurs], qui résument par une note un produit alimentaire. C’est la position de la fédération, même s’il peut y avoir des adhérents avec d’autres positions. Nous sommes en revanche favorables à une présentation des données analytiques, qui donne les clefs aux consommateurs pour évaluer les produits ». Le débat est donc loin d'être clos.