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Blé : la France affectée par des rendements catastrophiques

Pierre Christen |  10 Août 2016 | 

Cette photo transmise par Agritel montre combien les épis de blé de la récolte 2016 sont mal remplis. Le rendement national moyen devrait baisser de 26 % par rapport à 2015.

Le mois de juillet ensoleillé n’y a rien changé. Les fortes précipitations du printemps associées à de faibles températures et à un déficit de luminosité ont mis à mal le développement des cultures céréalières, en particulier la floraison des blés et le remplissage des grains. Alors que les moissons vont à leur dernier tiers, les pertes de rendements sont d’ores et déjà jugées catastrophiques par la filière. « Si nous pressentions un risque réel depuis début juin, nous ne pensions pas atteindre cette situation critique », illustre Pascal Demay, directeur Terrain et Céréales de la coopérative Dijon Céréales. La zone la plus sévèrement touchée affecte le grenier à blé français. Elle s’étend du Nord-Picardie au Centre et à la Bourgogne-Franche-Comté. L’Alsace et la Lorraine sont aussi particulièrement concernées.

Un rendement en baisse de 26 %

Un constat objectivé par la société spécialiste des matières premières Agritel qui a mené du 27 juillet au 08 août un sondage auprès des opérateurs représentant plus de 75 % de la surface cultivée de blé tendre. Le résultat de l’enquête est édifiant : le rendement moyen national s’établit à 5,48 tonnes par hectare, soit une baisse de 26 % par rapport à la moyenne de ces cinq dernières années. Cette chute historique de rendement positionne la récolte 2016 au plus bas niveau jamais enregistré depuis 33 ans. En volume, la production française est estimée à 28,68 millions de tonnes, soit un repli de 12,22 millions de tonnes. De son côté, la coopérative leader InVivo confirme ce jour que la baisse de la récolte de blé se situe entre 25 et 30 % par rapport à l’an dernier, ce qui la situerait entre 28 et 30 millions de tonnes.

Ce mauvais bilan national fait exception à l’échelle mondiale. Les autres pays européens ont été moins impactés par les mauvaises conditions météorologiques et leurs rendements sont dans l’ensemble bien moins négatifs. Surtout, la hausse de production aux Etats-Unis (+ 4 millions de tonnes) et celle en Russie (+ 15,8 millions de tonnes) viennent largement compenser la baisse européenne. Selon Agritel, la France devrait perdre son leadership européen à l’export, avec un impact net sur l’excédent commercial de – 3 milliards d’euros (deux tiers sur le blé tendre et un tiers sur les autres cultures comme l’orge ou le blé dur). Le premier groupe coopératif français InVivo estime que le potentiel d’exportation de blé français sera vraisemblablement en recul de 40 %, soit 9 millions de tonnes en moins qu’en 2015.

Des prix qui restent bas du fait d’une récolte mondiale élevée

Les exportations internationales restent excédentaires et les stocks augmentent. La production mondiale 2016-2017 des huit principaux pays exportateurs est même très élevée. En conséquence, les prix baissent mécaniquement. Sur Euronext, le cours du blé se situe autour de 150 € par tonne, soit le plus bas niveau depuis 2009. Agritel prévoit une situation déficitaire nette pour les céréaliers français de 500 € par hectare minimum. Cette récolte 2016 plonge la filière céréalière dans une crise économique. Des mesures de soutien aux trésoreries ont été demandées au gouvernement.

Néanmoins, les opérateurs tiennent à rassurer leurs clients de la transformation. Pour se mettre en conformité avec leurs attentes, ils mettront en œuvre ségrégation, nettoyage et calibrage des grains en vue de faire des assemblages de qualité de lots de blé. La coopérative Dijon Céréales précise que pour le débouché meunerie, la qualité sera bonne et notamment le taux de protéines et les critères technologiques dans les situations où les normes de poids spécifique seront atteintes.