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Codes couleur : information ou consigne de choix ?

Pierre Christen |  24 Juin 2014 | 

« Je suis en faveur d’un outil permettant de rendre compréhensible une information, aujourd’hui trop complexe, sur la qualité nutritionnelle des produits alimentaires industriels. Il nous faut faire aboutir la réflexion sur ce que pourra être cet outil », a déclaré jeudi 19 juin Marisol Touraine, la ministre des Affaires Sociales et de la Santé, lors de la présentation des orientations de la loi de santé, le grand projet de son mandat, présenté comme une réforme structurante visant à réduire les inégalités de santé.

Parmi les orientations présentées, dont un volet fait le pari de la prévention, la Ministre a donc évoqué l'idée d'un nouvel outil d'information nutritionnelle, qui pourrait être un code couleur bâti selon la proposition émise dans le rapport du Pr Serge Hercberg , président du PNNS (Programme National Nutrition Santé), remis en début d'année. Le Ministère de la Santé semble convaincu. En pratique, il s'agirait de l'affichage en face avant des packagings d'une échelle nutritionnelle basée sur un score de qualité nutritionnelle afin de classer les aliments en 5 classes, par exemple du vert ou rouge. La vidéo visible ici décrit la méthode. Cette proposition est soutenue par le lobbying actif de sociétés savantes, d'associations de consommateurs et de patients. Une pétition en ligne a d'ailleurs recueilli plus de 22 000 signatures.

La réaction de l'Ania (Association nationale des industries alimentaires) ne s'est pas faite attendre. Elle se veut nuancée. « Une réflexion collective visant à améliorer l'information du consommateur nous paraît pertinente et nous souhaitons nous y engager », déclare d'abord Jean-Philippe Girard, président de l'Ania, rappelant l'engagement depuis douze ans des industries alimentaires dans une dynamique d'optimisation de la composition nutritionnelle de l'offre alimentaire, en partenariat avec les pouvoirs publics. Il indique aussi que l'Ania a conscience que l'information nutritionnelle peut paraître complexe pour les consommateurs. Mais il souligne également que l'Ania privilégie une approche pédagogique et s'oppose aux mesures discriminantes fondées sur une approche simpliste et fonctionnelle des aliments type échelle nutritionnelle ou pastilles de couleur.

L'Ania précise son opposition à la proposition Hercberg, indiquant que ce type de dispositif est centré uniquement sur quelques caractéristiques du produit et non sur les réalités de consommation, car il ne prend pas en compte les quantités consommées, les fréquences, la diversité des usages. « Ces démarches n'apporteraient pas une information factuelle et utile au consommateur, mais une consigne de choix », indique l'association.

Joint par téléphone, Maurice Farine, président du syndicat de la Confiserie, et p-dg de la Confiserie du Roy René (calissons d'Aix en Provence et nougats de Provence) est quant à lui vent debout contre la proposition. « C’est une catastrophe absolue ! Nous sommes favorables à l’information nutritionnelle. Mais de là à jeter l’opprobre sur tel ou tel produit pour sa teneur en sucre ou en gras, alors même que les consommateurs n’ont pas tous les mêmes comportements et ne consomment pas les mêmes quantités ! ».

Il rappelle que les industriels sont en train de préparer la mise en conformité avec le nouveau tableau nutritionnel imposé par le règlement Inco, obligatoire en fin d'année. « Avant même sa mise en place, l’Etat nous dit que c’est dépassé ! Ne serait-il pas plus judicieux de voir déjà si cette façon de faire fonctionne ? Tous ces changements pèsent lourdement sur nos entreprises », commente-t-il.

Les détails de la loi de santé publique seront précisés à la rentrée. La loi sera présentée par Marisol Touraine en Conseil des Ministres avant passage à l'Assemblée Nationale. On le voit, la réaction de l'industrie agroalimentaire est globalement négative. C'est même une déception, eu égard à la teneur des propos échangés lors de la rencontre entre l'Ania et le Président de la République. Dans l'idée de diviser pour mieux régner, la Ministre semble avoir trouvé la réplique : « de nombreuses marques m’ont fait part de leur intérêt pour une telle démarche », indique-t-elle.