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Contrôles sanitaires : le bilan 2013 chahuté par l'actualité

Rémi Pin - Pierre Christen |  17 Décembre 2013 | 

La semaine dernière, la direction générale de l’alimentation (DGAL) a dressé le bilan de ses plans de contrôle et de surveillance. C’était quelques jours avant la révélation d’un nouveau scandale lié à la viande de cheval. © Christophe Fouquin - Fotolia.com

La semaine dernière, la direction générale de l’alimentation (DGAL) a dressé le bilan de ses plans de contrôle et de surveillance. C’était quelques jours avant la révélation d’un nouveau scandale lié à la viande de cheval.

La direction générale de l’alimentation a procédé à 65 000 prélèvements en 2012, effectués à plus de 80% sur la viande. En termes de conformité, « on ne note pas d’évolution significative ces trois dernières années », relativise Patrick Dehaumont, directeur général de l’alimentation.

En fait, si presque toutes les filières frôlent les 100% de conformité, le bilan des résidus de produits phytopharmaceutiques dans les végétaux n’affichent « que » 88,2% de lots conformes. Le reste des échantillons présentent un dépassement des limites maximales de résidus, ou des substances non autorisées. Mieux contrôler les produits végétaux sera l’un des prochains objectifs en 2014. « Dans le domaine végétal, l’approche quantitative n’a pas été la même. Le nombre de prélèvements sur les produits végétaux va augmenter de manière très significative », explique Patrick Dehaumont. Les tests porteront notamment sur les perturbateurs endocriniens et l’effet cocktail des différentes molécules chimiques retrouvées sur les fruits et légumes.

Concernant la viande, l’étiquetage de l’origine pourra être plus précis, mais pas avant 2015. « On pourrait avoir les mentions né, élevé, et abattu pour toute l’Europe. Par exemple, un animal pourrait être né et élevé en Italie mais abattu en France », précise le DGAL. Mais ce dispositif ne s’appliquera que sur les morceaux à la coupe et pas sur les produits transformés. « Malgré les demandes du gouvernement français, aucun accord n’a été trouvé au niveau européen pour l’étiquetage de la viande en tant qu’ingrédient », souligne le DGAL. Les contraintes techniques, et donc économiques, imposées aux producteurs et aux industriels en cas d’obligations légales sur l’étiquetage semblent peser à Bruxelles. « Mais ce n’est pas un enjeu sanitaire, c’est un enjeu de transparence pour le consommateur », rappelle Patrick Dehaumont. Il n'en reste pas moins que l'Assemblée nationale a adopté cette nuit en deuxième lecture un amendement rendant obligatoire l'étiquetage de la viande en tant qu'ingrédient, sous réserve donc d'une potentielle autorisation par la Commission européenne.

Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire, de l’Alimentation et de la Forêt, a quant à lui réagi ce matin sur Europe 1 suite à la révélation d'un réseau d'utilisation frauduleuse de viande de cheval, qui vient d’être démantelé dans le sud de la France. « Il y a une enquête, la justice a été saisie. Cette enquête ira jusqu’au bout, ceux qui ont fait ce trafic seront sanctionnés et sévèrement », a-t-il déclaré. Les faits remontent à fin 2011, une dénonciation ayant eu lieu fin 2012 et une information judiciaire ayant été ouverte en novembre 2013. Vingt et une personnes ont été interpellées lundi matin. Des centaines de chevaux utilisés notamment pour des expérimentations scientifiques par Sanofi Pasteur auraient été « détournés » illégalement (à l'insu du laboratoire) vers le circuit de la consommation humaine. Les documents de traçabilité ont été falsifiés.

Ce trafic, qu’il faut distinguer de l’affaire de la viande de cheval dans les plats cuisinés, est donc passé entre les mailles du filet des contrôles. « Personne ne sait, car ceux qui trafiquent cherchent à se cacher pour trafiquer. Nous avions renforcé les contrôles, il va falloir les renforcer encore plus », a répondu Stéphane Le Foll, avant de préciser qu’il est encore trop tôt pour dire s’il y a un risque sanitaire.