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Crise du lait : "pas de baisse unilatérale de la production en France"

Pierre Christen |  28 Mars 2016 | 

Dominique Chargé, président de la FNCL (Fédération nationale des coopératives laitières) et président de la coopérative Laïta.

La mobilisation de la France à travers son ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, aura fini par payer. Le Conseil Agriculture du lundi 14 mars a été décisif. Outre la possibilité donnée à chaque Etat membre d’allouer de nouvelles aides aux producteurs laitiers et le doublement des plafonds d’intervention pour la poudre de lait et le beurre, la Commission a décidé l’activation de l’article 222 du règlement 1308/2013 "organisation commune de marché ". Une mesure inédite qui permet aux opérateurs de déroger au droit de la concurrence pour limiter les volumes de production laitière de manière volontaire et cesser de creuser le différentiel entre l'offre et la demande. Ceci de manière transitoire (six mois renouvelable une fois). Interrogé une semaine après l’annonce de la décision de la Commission, Dominique Chargé, président de Laïta, et président de la FNCL (Fédération des coopératives laitières), commente le dispositif.

Les mesures annoncées vont-elles dans le bon sens ?

Oui, elles vont dans le bon sens par rapport à ce que demandait la France. Mais si ces mesures ne sont pas activées dans un ordre cohérent, si elles ne sont pas mises en œuvre de manière partagée dans le cadre d’une vision européenne, elles peuvent être contre-productives par rapport à l’objectif de rééquilibrage du marché. Car certains pays pourraient être tentés de soutenir financièrement leur filière de production sans contraintes de baisses de production. Tandis que d’autres, dans le cadre de l’article 222 pourraient engager une baisse de la production, avec éventuellement des aides. Nous avons demandé à ce que l’on travaille de manière cohérente pour faire entrer les grands opérateurs européens dans une dynamique partagée pour faire baisser la production, avec des aides des Etats Membres conditionnées.

Il n'y aura donc pas de baisse de la production laitière en France si les autres Etats Membres n'enclenchent pas également une baisse ?

Oui, ce qui nous anime, c’est que la France a joué le jeu de la discipline, car elle n’a pas augmenté sa production laitière en 2015, au contraire d’autres Etats Membres, comme les Pays-Bas ou l’Irlande dont les très fortes augmentations de production ont contribué au déséquilibre. Or continuer à augmenter la production, alors que le seul débouché est l’intervention, cela n’a pas de sens ! Les acteurs de l’Europe du Nord ont décidé de profiter du manque d’ambition partagée au niveau européen pour déclencher une guerre des bassins de production à l’échelle européenne. Nous avons décidé de nous battre ! Il est hors de question que la France s’engage dans une baisse de la production si celle ci n’est pas partagée au niveau communautaire. Nous ne jouerons pas le jeu d’une baisse unilatérale à un moment où nous avons des parts de marché à défendre. Notre rôle est de soutenir les producteurs laitiers et de faire en sorte de valoriser leur production. C’est ce que nos associés-coopérateurs nous demandent. Je peux en témoigner, en tant que président de Laïta. Nous sommes engagés dans une bataille de valeur et de volume. D’autant qu’à l’international les fondamentaux restent bons.