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Des négociations fournisseurs/distributeurs condamnées à mal se passer ?

PC et KE |  3 Mars 2014 | 

Décidées à ne pas augmenter les prix en rayons, la plupart des enseignes ont exigés des fournisseurs la neutralité des tarifs. A quelques exceptions près comme sur le lait dont l'augmentation s'est négociée à l'arraché.

Pour les acheteurs de la grande distribution, la consigne des « négos » 2013/2014 était claire : maintenir le statu quo sur les prix d'achat, voire même pratiquer des tarifs à la baisse par rapport à 2013. Avec un tel postulat de départ, certaines négociations ont tourné court. Surtout pour les fournisseurs touchés par des hausses de matières premières, comme le lait. Il y a une dizaine de jours, la Fédération nationale de l'Industrie laitière (FNIL) a d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme et lancé un appel à la raison auprès de la grande distribution. Ce à quoi Michel-Edouard Leclerc, président de l’ACD-Leclerc s’est empressé de répondre sur son blog : « Je maintiens que, contrairement à ce que disent les rumeurs, E.Leclerc achète à la hausse par rapport à 2013, tant pour le lait de vache que pour le lait de chèvre. »

Le prix du lait passe de 344 € les 1000 litres à 380 €

Vendredi 28 février, la Fédération Nationale des Producteurs de Lait s’est invitée dans les boxs pour jouer les arbitres. La négociation tripartite qui en a découlé a abouti à un accord sur l’augmentation du prix du lait. Les producteurs ont obtenu un prix de 380 € les 1 000 litres, contre 344 € en 2013. Une augmentation acceptée par la grande distribution à condition que les industriels la répercutent effectivement dans leurs prix d’achats. Pour les consommateurs, cela devrait représenter une hausse d’environ 3 % des prix du lait en magasins.

Des plans PME à renforcer

Cela est loin d’avoir résolu tous les sujets de crispation qui ont perturbé les négociations. Même les PME ont souffert malgré toutes les déclarations qu’ont pu faire les porte-paroles des enseignes l’an passé en faveur de la préservation des PME. Leclerc, par exemple, a annoncé son plan PME fin 2012. Un accord qui s’est, entre autres, concrétisé avec la Feef. La même Fédération des Entreprises et Entrepreneurs de France qui a, depuis, signé aussi des plans avec Système U et les adhérents de la FCD (Cora, Carrefour, Auchan, Casino, etc.) permettant d’accorder aux plus petites entreprises des aménagements en termes de négociations. Avec quels résultats ? « Ce sont de belles paroles, a répondu à Process Alimentaire cet adhérent de la Feef dans le domaine des boissons. Nous n’avons observé aucune évolution ». Pourtant, selon la Feef, 70 % à 80 % des accords négociés ont été signés avant fin décembre 2013.

Peu d’espoirs à l’égard de la Loi Hamon

Les contrats 2014 à peine signés, déjà les regards se tournent vers les prochaines négociations commerciales. La loi relative à la Consommation (ou loi Hamon), adoptée mi-février 2014, va-t-elle tenir son objectif de rééquilibrer les relations commerciales à l’avantage des fournisseurs ? Sur le principe, le texte ne remet pas en cause la Loi de Modernisation de l'Economie, qui a laissé la guerre des prix entre enseignes s'installer. Mais il veut donner les moyens de la faire appliquer. Il affirme que les conditions générales de vente sont le socle intangible de la négociation. Un point positif pour les fournisseurs, mais qui en pratique reste difficile à vérifier par les services de contrôle.

D'autres dispositions suscitent clairement la critique, à commencer par la notion de « compensation de marge ». Laquelle autorise le distributeur à revenir vers le fournisseur, par exemple en fin d’année, pour lui faire payer la différence de marge non réalisée. L'article 62 (III, 1°) l’autorise dès lors qu'elle n'est pas abusive. « Mais c'est la compensation de marge en elle-même qui est abusive. Il est nécessaire que cette ambiguïté soit levée », s’insurge Jean-Philippe Girard, président de l'Ania. Autre disposition dans le collimateur : la notion de prix global, insérée à l'article L.441-7 du Code du commerce selon laquelle les fournisseurs ne pourront obtenir aucun avantage proportionné aux réductions de prix concédées aux distributeurs.

Au final, force est de constater que la loi Consommation ne tranche pas les divergences d’interprétation suscitées par la LME. Elle apparaît ainsi bien insuffisante pour mettre fin à cette guerre des prix, inédite en Europe, qui asphyxie les fournisseurs mais étrangle aussi les distributeurs. Jusqu’à quand ?

Retrouvez une analyse complète des négociations et de la loi Hamon dans Process Alimentaire de mars 2014.