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Doux : les points forts de l’offre menée par LDC

Pierre Christen |  3 Avril 2018 | 

Le siège de Doux à Châteaulin (29) ©PHOTOPQR/LE TELEGRAMME ; PHOTO CLAUDE PRIGENT / LE TELEGRAMME.

Ce mercredi 04 avril, le tribunal de Commerce de Rennes va se prononcer sur la demande de liquidation judiciaire demandée par les actionnaires de Doux, dans le cadre d'une procédure de cession. Outre l’apurement de certaines dettes, la liquidation judiciaire permettrait de protéger le groupe volailler de l’amende de 85 M€ infligée par l'Union européenne pour une fraude à la subvention datant de la fin des années 2000, et qui pouvait être exigible dès la fin de la semaine. Le tribunal devra ensuite se plonger dans les deux offres de reprise partielle déposées mercredi 28 mars en fin de journée. La proposition du groupe ukrainien MHP prévoit la reprise de 285 salariés. Auxquels il convient d’ajouter 430 postes supplémentaires au démarrage d'une nouvelle usine prévue à Châteaulin (29) dans les deux ans, suite à un investissement de 76 M€. Comparativement, l’offre du consortium mené par LDC allié à Al Munajem présente un certain nombre d’atouts :

- La sauvegarde de l’emploi : L'offre de reprise proposée par Al Munajem, LDC et ses partenaires permettrait de reprendre 920 emplois sur un total de 1200 et de reclasser les autres. Grâce à l'appui des coopératives Triskalia et Terrena, le plan proposé par LDC propose près de 400 reclassements et le maintien des activités d’élevage. Il faut ajouter l’implication de la société Les Volailles de Plouray, qui reprendrait l’outil de Plouray dans le Morbihan. Un niveau de sauvegarde de l'emploi, que le groupe ukrainien ne peut pas proposer, faute d’alliés et d’implantations sur le territoire.

Seuls l'abattoir de Chantonnay (85) et les couvoirs vendéens sont condamnés. Les 233 salariés concernés seront reclassés au sein de LDC et Terrena.

- L’engagement d’Al Munajem : Depuis la reprise de Doux il y a deux ans, Terrena, même allié à Al Munajem, n’est jamais parvenu à faire face à la concurrence brésilienne, dont la compétitivité est favorisée par un real faible. Chaque mois, le volailler français accuse trois millions d'euros de pertes supplémentaires. Dans le plan LDC – Al Munajem, le groupe saoudien prend ses responsabilités. Le premier client des poulets congelés Doux reprendrait l'exploitation de l'abattoir de Châteaulin, que lui louerait LDC. En incluant la reprise de 347 salariés, l’outil serait dimensionné pour le marché du grand export sur l'Arabie Saoudite. Un engagement dont on ne peut ignorer la dimension diplomatique, mais qui a aussi du sens sur le plan industriel pour faire front face aux bas coûts brésiliens. Le saoudien sera à même de répartir la valeur au sein d’une filière presque totalement intégrée. Et sera détenteur de la marque Doux dans la péninsule arabique.

- La reconquête du marché des PAI : En reprenant l’usine de Quimper (29), le groupe LDC pourra compter sur les élaborés Père Dodu et sur la dynamique commerciale des panés de volailles. Le volailler français se montre également conquérant sur le marché des PAI à destination des industriels et des restaurateurs. Avec le projet d’investir 55 M€ à Châteaulin (29) dans une usine dédiée, il fera le pari de la performance industrielle et de la qualité « made in France » face à une concurrence cette fois européenne, particulièrement polonaise et espagnole l’an dernier, sans oublier … ukrainienne. Cette reconquête du marché français est un des objectifs majeurs du plan de filières "volaille de chair" élaboré suite aux États Généraux de l’Alimentation. 44 % de la viande de poulet consommée en France est importée... Et ce n'est pas qu'une question de coût. Un des points clefs est la meilleure prise en compte des demandes spécifiques de la restauration hors-domicile et de l’industrie de transformation. Ce qui demandera une adaptation des filières de production.

- Le soutien des Pouvoirs publics : Que l’on ne s’y trompe pas, la neutralité des Pouvoirs publics envers les deux offres n'est que de façade. Même s'il s'en défend, la visite de Stéphane Travert vendredi dernier dans la Sarthe, à l'invitation de Denis Lambert, p-dg de LDC, est bien entendu lourde de sens. Si le ministre de l’Agriculture a habilement martelé que c’est le tribunal de commerce de Rennes qui tranchera entre les deux offres, il n’a pas manqué de vanter l’exemplarité du modèle LDC. D’ailleurs, le communiqué signé par trois ministères et la région Bretagne affirme que « l’État et les collectivités territoriales soutiendront tout plan de reprise susceptible d’apporter des perspectives d’activité pour les salariés et les éleveurs à long terme et de renforcer durablement la filière avicole française ». Il suffit donc de lire entre les lignes.