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Empreinte environnementale : sur quelles étapes de la chaîne alimentaire agir ?

Pierre Christen |  4 Mars 2019 | 

Présentée lors du Salon International de l’Agriculture, l’étude sur l’empreinte énergétique et carbone de l’alimentation en France, réalisée par l’Ademe avec des partenaires (Cired, Solagro, EDF R&D, FIRE-CNRS, Metis-UPMC, PhiLabs), a réussi la prouesse de faire dialoguer les données statistiques issues de divers modèles, tout au long de la chaîne alimentaire (production agricole, transformation, transports, distribution, restauration, déplacements pour les achats et préparation au domicile). Ce travail remarquable montre combien l’alimentation est au carrefour des préoccupations sociales, sanitaires, économiques et environnementales. Elle rend objectifs un certain nombre de constats et donne des pistes pour identifier des leviers d’action pertinents.

25 % de l'empreinte carbone provient de l'alimentation

L'enjeu est de taille. Au total, l’alimentation des ménages représente un quart de l’empreinte carbone totale des Français, soit 163 millions de tonnes équivalent CO2. La phase de production agricole pèse pour 67 %, les transports pour 19 % et la transformation agro-alimentaire pour 6 %. La distribution et la restauration représentent seulement 5 % du total et la préparation et consommation au domicile 4 %.

L’empreinte énergétique est quant à elle plus répartie tout au long de la chaîne, avec 31 % pour les transport, 27 % pour l’agriculture et 16 % pour la transformation. La distribution et la restauration représentent à elles deux 13 % du total. La préparation et la consommation au domicile atteignent 14 %. Le total lié à l'alimentation représente 367 TWh, soit l'équivalent de 23 % de l'énergie finale consommée par les Français.

Le rôle de la part carnée de l'alimentation et des pratiques agricoles

Voilà pour le constat. Dès lors, comment agir pour améliorer ces résultats ? Le rapport met en évidence le rôle déterminant de la part carnée de l'alimentation et des pratiques agricoles. En sachant que le méthane lié à la fermentation entérique des ruminants et aux effluents d’élevage représente 44 % des émissions issues de la production agricole. La part du protoxyde d’azote issu de l’usage des fertilisants azotés sur les sols agricoles est évaluée, quant à elle, à 34 % de ces émissions.

Agir sur ces émissions est éminemment complexe, car elles proviennent de processus naturels. Pour les auteurs de l’étude, cela confirme l’importance de développer des pratiques agro-écologiques comme l’optimisation de la fertilisation azotée, une meilleure valorisation des engrais organiques, l’introduction de couverts végétaux, la réintroduction de haies et le développement des légumineuses.

Quant aux transports, second secteur à l'origine des émissions totales de gaz à effet de serre, les émissions proviennent essentiellement des transports routiers de marchandises (23 Mt de CO2 sur 30 Mt de CO2), dont 57 % de produits importés. Le rapport pointe d'ailleurs la part importante de fruits et légumes importés, pouvant atteindre 40 à 50 % pour certains produits tels que les tomates, concombres, courgettes, pêches/nectarines et le raisin de table. "Chercher à rapprocher les lieux de production des lieux de consommation est donc un enjeu majeur, y compris pour les produits transformés", préconise-t-il.

Privilégier des produits locaux et de saison

Le rapport souligne aussi que le premier gaz à effet de serre issu de l'alimentation est le CO2 (46 % du bilan carbone total). C'est pourquoi la demande énergétique est la première étape dans les stratégies de réduction des émissions de gaz à effet de serre, que ce soit par des mesures structurelles ou des mesures d'efficacité énergétique.

En conclusion, l’Ademe souligne que les choix des consommateurs sont des leviers majeurs de progrès, en «privilégiant les produits locaux et de saison et en mangeant moins de viande mais de meilleure qualité et issue d’élevages de proximité ».