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En Italie, Lactalis défendu par le Consortium du Parmesan

Marjolaine Cérou - Pierre Christen |  27 Mai 2019 | 

Le Parmesan est l'AOP italienne avec la plus haute valeur à la production : 1,4 milliards d'euros de chiffres d'affaires en 2018, un chiffre d'affaires à la consommation de 2,4 milliards d'euros et une part à l'export qui représente 40%. De quoi susciter l'appétit de Lactalis.

Difficile pour un géant mondial comme Lactalis de se refaire un image auprès de l'opinion publique. Ce qui est vrai en France, l'est aussi en Italie. D'autant que, dans la péninsule, la campagne pour les élections européennes a suscité une volée d'arguments nationalistes suite à la divulgation dans la presse transalpine de l'intérêt du groupe français pour Nuova Castelli, dont les 80 % de parts détenues par le fonds Charterhouse Capital Partners seraient en vente. Avec un chiffre d'affaires de 460 millions d'euros, le spécialiste du Parmigiano Reggiano a de quoi susciter l’appétit de Lactalis, très présent sur le marché italien suite à la reprise de Galbani en 2006 et de Parmalat en 2011, mais absent du segment du parmesan.

Pour le ministre italien de l’Agriculture, issu des rangs de la Ligue du Nord, "il faut tout faire pour protéger l'agroalimentaire italien de l'assaut des multinationales étrangères". Gian Marco Centinaio précise que le Parmigiano Reggiano est "l'un des produits les plus représentatifs du Made in Italy, une fierté de notre excellence gastronomique". Le principal syndicat agricole, la Coldiretti, demande également « d'arrêter la vente du Parmigiano Reggiano aux Français. Lactalis détient déjà un tiers du marché national dans les compartiments stratégiques du secteur laitier-fromager", argumente-t-il.

Une production protégée par une AOP

Des arguments qui n'ont pas manqué de faire réagir le Consortium du Parmesan : "Si, dans un sens, en tant qu'Italiens, nous voudrions que le business reste 100% italien, dans un autre sens, l'intérêt de Lactalis témoigne de la bonne santé de notre filière et de son attractivité économique-financière au niveau international", commente avec bon sens Nicola Bertinelli, son président. Le Consortium en profite pour faire un point sur les règles de l’Appellation d'origine protégée. « Le Parmesan reste un produit d'Appellation d'origine protégée avec un cahier des charges reconnu et défendu au niveau européen. Celui-ci stipule notamment avec précision que le Parmesan est produit seulement dans les provinces de Parme, Reggio d'Émile, Modène, Bologne à la gauche du Rhin et Mantoue et à la droite du Po. La production est et restera toujours circonscrite à la zone d'origine. Dans ce sens, le modèle de l'AOP est garant que le produit n'est pas délocalisable et que les investissements éventuels iront à la filière et dans le territoire même ».

En France, polémique sur le Bleu de Brebis

Un débat sur la place des AOP qui n'est pas sans rappeler la dernière salve de José Bové en tant que député européen. Le militant écologiste a étrillé le lancement par Lactalis de Bleu de Brebis, un fromage persillé au lait de brebis, estampillé Société, la marque emblématique de Roquefort. "Tout est fait dans ce produit pour rappeler la première AOP d'Europe et induire le consommateur en erreur", indique l'euro-député. Réunie le 7 mai, la Confédération générale de Roquefort n'a rien trouvé à redire à ce lancement d'un produit plus doux, touchant des cibles complémentaires à l'offre AOP. Néanmoins, une commission de conciliation va être lancée entre Société et l'Organisme de défense et de gestion (ODG) de l'AOP roquefort.