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Etats Généraux de l'Alimentation : le "juste prix" d’abord

Pierre Christen |  4 Septembre 2017 | 

Lors du lancement des ateliers des Etats Généraux de l'Alimentation, Stéphane Travers, ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, a été clair : "L’État prendra ses responsabilités. Nous ne nous interdisons rien. Revenir sur la LME peut être une solution si demain nous ne trouvons pas les ressources suffisantes pour permettre à nos agriculteurs d’avoir une juste rémunération de leur travail". Crédit : Benoît Merlaud - Linéaires.

La phase opérationnelle des États Généraux a commencé la semaine dernière avec le démarrage du chantier 1 dédié à la création et à la répartition de la valeur (cliquez ici pour le récapitulatif de tous les ateliers).

D’ores et déjà, les projecteurs sont braqués vers deux des sept ateliers de ce premier chantier :

- rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs. L’atelier, qui a débuté le mardi 29 août, va examiner le lien entre prix payé au producteur et prix pour le consommateur. Il est co-présidé par François Eyraud, dg« Produits frais Danone » et Serge Papin, p-dg de Système U.

- améliorer les relations commerciales et contractuelles entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs. Cet atelier a démarré le jeudi 31 août. Il est présidé par Guy Canivet, ancien président de la Cour de Cassation, une figure du monde de la justice. Il n’en fallait pas moins pour trancher des positions contradictoires, entre les partisans du statu-quo, ceux qui demandent de conserver la LME mais de la faire appliquer, et ceux qui veulent une réforme complète de la LME.

La LME pourrait être remise en cause

Compte tenu des difficultés d’une partie du monde agricole, chauffé à blanc cet été par de nouvelles modalités d’attribution des aides de la PAC, l’heure est au focus sur la rémunération des agriculteurs. Le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation n’a pas mâché ses mots: "Cela fait trois ans que certains producteurs n’ont plus de revenus. Ce mois doit être mis à contribution pour faire émerger des solutions durables pour l’avenir de notre agriculture française. Le moment de l’état des lieux est terminé. Chacun connaît la situation de l’agriculture française. Il ne peut pas rien se passer durant ce mois".

Stéphane Travert a précisé sa pensée : « Chacun devra prendre ses responsabilités, le triptyque distributeurs, transformateurs producteurs doit fonctionner. L’État prendra ses responsabilités. Nous ne nous interdisons rien. Revenir sur la LME peut être une solution si demain nous ne trouvons pas les ressources suffisantes pour permettre à nos agriculteurs d’avoir une juste rémunération de leur travail ».

Après un début de mandat compliqué, Emmanuel Macron a clairement l’intention de sortir par le haut de ces Etats Généraux en donnant les clefs d’une juste rémunération aux agriculteurs. Le Président de la République viendra présenter lui-même les mesures qui seront retenues par le gouvernement à l’issue du mois et demi de travail des ateliers du chantier n°1.

Dans ce contexte à fort enjeu, l’industrie agroalimentaire entend bien peser à travers l’Ania. L’association porte-parole du secteur souhaite « de nouveaux rapports au sein de la filière afin de retrouver le chemin de la création de la valeur pour tous : l’agriculteur, l’industriel et le distributeur ». Un ton policé pour un temps politique.

Mais la crise du Fipronil a conduit deux industriels à sortir du bois, en réaction aux prises de position de Michel-Edouard Leclerc sur son blog. Le distributeur s’est interrogé sur le manque de rapidité de certains fournisseurs à fournir les informations de traçabilité. Et a même été jusqu’à dénoncer un « système opaque ».

Le premier à dégainer fut Richard Girardot, le p-dg de Nestlé France. Le 23 août, le dirigeant a utilisé son blog lui-aussi pour déplorer que Michel-Edouard Leclerc « laisse entendre que l’industrie agro-alimentaire vendrait de mauvais produits pour préserver ses marges au détriment de la santé des consommateurs ! […] Cette forme de leçon est des plus malvenues de la part d’un distributeur qui, pour acheter toujours moins cher, pousse ses fournisseurs à la faute en s’exonérant lui-même des contraintes du droit français. […] L’esprit constructif des États Généraux de l’Alimentation peut-il s’accommoder de telles pratiques ? Personnellement, j’en doute, car elles contribuent à perpétuer une guerre des prix qui ne pourra que pousser les autres enseignes à s’expatrier elles-aussi pour tirer les prix vers le bas. »

Aujourd’hui, c’est au tour de Jean-Philippe Puig, gérant de la SCA d’Avril, à la tête de la marque d’œufs Mâtines, leader du marché, d’analyser la crise du fipronil sous l’angle des prix bas. Il rappelle en préambule que la qualité et les garanties de sécurité alimentaire offertes par la filière de production française ne sont pas dues au hasard. « Elles ont inévitablement un coût, qui se traduit trop souvent par une perte de compétitivité de nos filières nationales vis-à-vis de la concurrence étrangère », affirme-t-il. Et de conclure : « Si les transformateurs et les distributeurs, prompts à donner des leçons en matière de traçabilité, jouaient eux aussi davantage le jeu des filières françaises plutôt que de privilégier les importations de produits moins chers, alors un cercle vertueux pourrait s’amorcer ».