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Etiquetage nutritionnel : Leclerc joue sa propre partition

Fanny Rousselin-Rousvoal  |  23 Mai 2016 | 

Le système Nutri Mark, adopté par Leclerc pour ses MDD en drive, est basé sur le score de Rayner, tout comme le 5-C modifié (Nutri-Score). Les deux systèmes s’accordent donc, mais se différencient par leur représentation graphique (étoiles dans un cas, couleurs et lettres dans l’autre), ainsi que par le nombre de classes : 10 pour le Nutri Mark (de 0,5 à 5 étoiles), contre seulement cinq pour le Nutri-Score.

Jusque-là peu loquace sur l’étiquetage nutritionnel, Leclerc reprend la main en lançant un test grandeur nature dans 101 de ses drives. Originalité : l’enseigne a adopté sur ses MDD le Nutri Mark, un système différent de ceux qui vont être testés dès septembre par les Pouvoirs Publics. Histoire de ne pas réinventer la poudre, Leclerc a fait le tour des pratiques au niveau mondial et jeté son dévolu sur le système HSR (Health Star Rating), déjà en vigueur depuis 2014 en Australie et en Nouvelle-Zélande. « Nous cherchions un système scientifiquement pertinent, transparent, simple, non anxiogène et non culpabilisant, suffisamment sensible pour différencier les produits et visualiser les améliorations. Le HSR répondait à tous ces critères », explique Frédéric Gheeraert, directeur général de la Scamark. But affiché : guider les consommateurs et améliorer leur équilibre nutritionnel. 47,3 % des produits alimentaires vendus chez Leclerc sont des MDD.

Le système Nutri Mark (marque déposée) est basé sur le score de Rayner, tout comme le 5-C modifié (Nutri-Score). Les deux systèmes s’accordent donc, mais se différencient par leur représentation graphique (étoiles dans un cas, couleurs et lettres dans l’autre), ainsi que par le nombre de classes : 10 pour le Nutri Mark (de 0,5 à 5 étoiles), contre seulement cinq pour le Nutri-Score. Les étoiles s’accompagnent d’une information nutritionnelle (pour 100 g ou à la portion) pour les critères suivants (en valeur absolue et pourcentage) : énergie, matières grasses, acides gras saturés, sucres, sel. L’attribution de la note finale s’appuie sur les repères nutritionnels journaliers français. Le classement s’opère en cinq étapes : choix de la catégorie, calcul du score de base (éléments négatifs), calcul des points positifs, calcul du score final et, enfin, attribution de la note finale. L’algorithme du HSR est publié et en accès libre.

Concrètement, le test consommateur vient de commencer dans une centaine de drives de l’enseigne (soit 200 000 consommateurs) et ce jusqu’en septembre 2016. A côté de leur visuel, les produits MDD (Marque Repère et Eco +) se voient associer le nombre d’étoiles qu’ils ont obtenues. En un clic, le consommateur a accès à l’information nutritionnelle détaillée. 2 700 codes sont ainsi concernés. D’après une enquête Ipsos réalisée par l’enseigne, 80 % des consommateurs auraient l’intention de se servir du nouveau système. Les résultats seront analysés très finement (nombre de clics sur les fiches nutritionnelles, évolution des ventes, comparaison avec les drives non participants, etc.). Toutes les données seront mises à disposition des autorités de santé, des opérateurs économiques et de la communauté scientifique.

Michel-Edouard Leclerc, p-dg de l’enseigne E. Leclerc et Frédéric Gheeraert, dg de la Scamark lors de la présentation de Nutri Mark mercredi dernier.

Si les résultats s’avèrent probants, Leclerc entend convaincre les industriels et les autres distributeurs de le suivre. L’enseigne ne souhaite toutefois pas s’orienter vers un étiquetage « physique » sur les packagings des produits. « Nous ne voulons pas aller dans la polémique mais montrer qu’on est dans le dialogue et sortir de la paralysie actuelle sans attendre le dénouement de certains débats », affirme Michel-Edouard Leclerc. Et d’ajouter que l’enseigne « ne souhaite pas partir sur un système stigmatisant qui pourrait discréditer les marques – très longues à construire - et les industriels ». En interne, le Nutri Mark s’annonce comme un « stimulus considérable », avec l’idée de faire monter les étoiles sur les produits marque Repère.

Etiquetage : les Pouvoirs Publics vont tester quatre systèmes dès septembre

Pour rappel, la réglementation européenne permet aux Etats Membres d’autoriser des systèmes graphiques d’étiquetage nutritionnel. Ceux-ci n’auront pas de caractère obligatoire. En France, la loi de santé publique votée en janvier 2016 prévoit un système unifié. Quatre systèmes graphiques vont ainsi être testés par les Pouvoirs Publics de septembre à décembre 2016. En lice : le « Nutri-Score », le« SENS », le « Nutri-Repère » et les « traffic lights » britanniques. Le « Nutri-Score » ou 5-C modifié (5 lettres du A au E, associées chacune à une couleur du vert au rouge) est porté par Serge Hercberg, président du Programme National Nutrition et Santé (PNNS). Le système « SENS » (Système d’Etiquetage Nutritionnel Simplifié) est pour sa part défendu par la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD). Il se base sur des triangles de quatre couleurs (vert, bleu, orange, violet), plus ou moins remplis selon la fréquence d’usage recommandée (très souvent, souvent, régulièrement en petite quantité/modérément ou occasionnellement). Sans doute moins lisible pour le consommateur, le système « Nutri-Repère » a la faveur de certains industriels. Il améliore le système déjà utilisé des RNJ (repères nutritionnels journaliers) en visualisant la contribution en pourcentage (pour un homme moyen) et valeur absolue d’une portion d’aliment aux apports nutritionnels de référence en énergie, matières grasses, acides gras saturés, sucres et sel. Enfin, le système de « traffic lights », en vigueur au Royaume-Uni, associe pour sa part à chacune de ces données une couleur verte, orange ou rouge. Cinq groupes de 10 magasins participeront à ce test. Dans quatre groupes, tous les produits de plusieurs rayons seront stickés avec l’un des quatre systèmes concurrents. Le cinquième groupe servira de témoin. Le Ministère décidera en janvier 2017 du système qu’il agrée.