Process Alimentaire / À la une / Étiquetage nutritionnel : quel avenir pour le Nutri-Score ?

Étiquetage nutritionnel : quel avenir pour le Nutri-Score ?

Pierre Christen |  21 Mars 2017 | 

« Le Nutri-Score apparaît comme le système le plus efficace », a déclaré Marisol Touraine le 15 mars dernier. Les déclarations de la ministre de la santé sont très mal passées du côté des industriels comme des distributeurs. En annonçant les principales conclusions de l'expérimentation menée en magasins, sans que les parties prenantes n'aient eu l'opportunité de prendre connaissance et de discuter des résultats, la ministre a fragilisé la recherche d'un consensus pourtant indispensable. Rappelons que le dispositif d'étiquetage nutritionnel simplifié qu'adoptera la France restera d'ordre volontaire, conformément au règlement européen Inco.

Plusieurs réunions sont pourtant programmées pour présenter officiellement les résultats complets du test et définir conjointement le cahier des charges qui sera adressé à l’Anses pour avis avant publication d'un arrêté en avril 2017. La ministre s'est d'ailleurs gardée de faire référence au dernier avis de l'Agence, qui avait conclu à l'absence de pertinence nutritionnelle des systèmes d'information examinés (Lire ici).

Les conclusions de l'expérimentation

Conduite à partir de septembre 2016 dans 60 supermarchés situés dans quatre régions de France, l'expérimentation a testé quatre systèmes en conditions réelles d'achat :

- Le Nutri-Score ou 5 C (5 lettres et code couleur) développé par l'équipe Inserm du Pr Serge Herberg,

- Le SENS (repère de fréquence de consommation) soutenu par les distributeurs de la Fédération du COmmerce et de la Distribution (FCD) et des industriels,

- Le Nutri-Couleurs, inspiré des feux tricolores britanniques,

- et le Nutri Repère, une amélioration des repères nutritionnels journaliers.

Selon Marisol Touraine, trois des systèmes (Nutri-Couleurs, Nutri-Score et Sens) ont eu sans ambiguïté un effet positif au regard du critère qu'a retenu le comité scientifique, à savoir le score FSA (Food Standard Agency). « L'intérêt de l'étiquetage nutritionnel est démontré pour la première fois », se réjouit-elle.

Elle ajoute que les résultats font apparaître une supériorité d'ensemble assez nette pour Nutri-Score. « Cet avantage est plus marqué encore lorsqu'on observe spécifiquement le comportement des consommateurs qui achètent les produits les moins chers. Nutri-Score apparaît donc comme le système le plus efficace », affirme-t-elle.

Comme l'indique l’UFC-Que Choisir, qui se réjouit de cette victoire, "la balle est désormais dans le camp des industriels et distributeurs qui restent libres de l’apposer ou non sur leurs produits". Dans une tribune, le Pr Serge Hercberg affirme que "devant les résultats convergents de ces études, [industriels et distributeurs] ne pourront plus condamner le Nutri-Score et refuser plus longtemps de le mettre en place sur leurs produits alimentaires.

Les distributeurs de la FCD sont surpris

Dans ses déclarations, la ministre opte sans ambiguïté pour le Nutri-Score. Le système a-t-il pour autant une chance d'être adopté par les professionnels ? Rien n'est moins sûr.

Les représentants de la FCD (Fédération du Commerce et de la Distribution), qui réunit les principaux distributeurs (hors Leclerc et Intermarché) se déclarent "surpris de ce choix prématuré alors même que la concertation est toujours en cours. Cette concertation qui se poursuit est nécessaire pour permettre la mobilisation de tous les acteurs concernés et leur concours commun à la réalisation de l'objectif d'amélioration du bien-être et de la santé des consommateurs".

Ils rappellent que la France ne peut imposer un système, mais seulement en proposer un applicable de manière volontaire par les opérateurs. "Il est donc indispensable de trouver un consensus lors de ces réunions programmées prochainement », affirment-ils.

Les industriels veulent un dispositif qui suscite l'adhésion

Du côté des industriels, l’application effective relèvera également de la décision de chaque entreprise. L'Ania transmettra les enseignements de la concertation. Dans un communiqué, l'association annonce "qu'avec ses adhérents elle analysera avec attention l'ensemble des éléments issus de la concertation. Son objectif : que le dispositif volontaire retenu soit pérenne et puisse rencontrer l'adhésion la plus large des fabricants".

Des exigences qui ne paraissent pas correspondre aux caractéristiques du Nutri-Score, considéré par nombre d'industriels comme stigmatisant.

Six grands groupes lancent leur propre système

Une initiative d'envergure montre d'ailleurs que le débat est loin d'être tranché et qu'il se déplace au niveau européen. Le 9 mars, six grands groupes internationaux (Coca-Cola, Mars, Mondelez, Nestlé, Pepsico et Unilever) ont lancé leur propre système. « Nous pensons qu'il est temps de travailler ensemble pour développer un code couleur harmonisé à l'échelle européenne, qui inclut des recommandations allant vers de plus petites portions », affirme Hubert Weber, président Europe de Mondelez International.

Leur proposition est de perfectionner le dispositif basé sur les repères nutritionnels de référence, en le complétant par un code couleur favorisant son interprétation. « Aux côtés de la reformulation et de l'innovation, des portions plus petites jouent un rôle clef dans des choix consommateurs plus sains », ajoutent-ils. Des tailles de portion plus réduites auraient l'avantage d'inciter les consommateurs à pondérer les niveaux de consommation. Et de réduire mécaniquement la proportion de codes couleur rouge.