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Evian finalise le plus grand chantier agroalimentaire de France

Pierre Christen |  18 Septembre 2017 | 

Emmanuel Faber, directeur général de Danone, Véronique Penchienati, présidente d'Evian Volvic World, et Stéphane Dupays, directeur du site Evian, lors de l'inauguration de la nouvelle usine Evian mardi 12 septembre 2017. Crédit : Process Alimentaire.

« Un tel investissement intervient tous les dix ans en France », affirme Emmanuel Faber, directeur général du groupe Danone, lors de l’inauguration de l’usine Evian, le 12 septembre. C’est en effet un des plus grands chantiers du secteur agroalimentaire qui a été inauguré mardi dernier à Amphion-Publier (74), tout près du Lac Léman. Fruit d’un investissement de 280 millions d’euros, étalé entre 2011 et 2020, le site d'Evian a été complètement rénové, une transformation qui a vocation à soutenir les projets d’innovation d’une marque en croissance de + 8 % en valeur l’année dernière.

« Nous aurions pu acheter 35 hectares dans le Chalais, mais nous n'avons pas trouvé ! Nous aurions pu faire une extension, mais le site est bordé par la Dranse et une voie ferrée. La seule solution : recréer 80 000 m² neufs sur les 100 000 m² qui dataient de 1965 », explique Stéphane Dupays, le directeur du site. Le tout sans arrêter la production, dont le volume n'a cessé de progresser pour atteindre 7,2 millions de bouteilles le jour de l'inauguration, contre 6 millions au début du projet.

La nouvelle entrée du site Evian à Amphion-Publier (74). Crédit photo : Process Alimentaire.


Au centre du projet, la réorganisation des flux autour des dix lignes de production PET combi (souffle et remplit) dans des salles microbiologiquement maîtrisées, dont une ligne de 72 000 bouteilles par heure, considérée comme la plus rapide d’Europe. L’investissement dans les lignes atteint 120 millions d'euros. Il est complété par une enveloppe de 30 millions d’euros dédiée au bâtiment, avec des salles plus en hauteur, laissant plus de place à la lumière naturelle ou profitant d’un éclairage led.

Un nouvel atelier d’injection des préformes a bénéficié quant à lui d’une tranche de 15 à 20 millions d’euros. «C’est important de conserver cette activité, car elle limite le nombre de camions en réception à 4 par jour et permet aussi d’accélérer le passage au rPET », souligne Stéphane Dupays.

Une enveloppe de 30 millions d'euros a permis de faire la connexion intra-logistique via des AGV (véhicules autoguidés) afin de charger les wagons automatiquement sans stockage intermédiaire. Ce qui représente 60 % des expéditions. Une part amenée à augmenter en 2019.

Une flotte d'AGV Elettric80 assure l'intra-logistique en éliminant les stocks intermédiaires. Crédit : Evian.


Enfin, Danone Eaux est en train d’investir 70 millions d’euros dans un nouveau dépôt logistique de 40 000 m², une surface correspondant à une partie de l'ancienne usine en cours de destruction. Sa toiture sera intégralement couverte de panneaux photovoltaïques.

Un défi sociétal et environnemental

« Danone porte un double projet économique et sociétal, l’un n’allant pas sans l’autre », martèle Emmanuel Faber. Depuis six ans, l’usine a embauché 200 personnes en CDI, pour atteindre un total de 1200 salariés, soit un solde de +140, en retranchant les départs à la retraite. Le défi social a consisté à impliquer les salariés. « Comme le disait Antoine Riboud, on fait l’usine de demain avec les gens d’aujourd’hui. 600 personnes ont changé de job pendant le projet, qui s’est appuyé sur 200 000 heures de formation depuis six ans et une vraie participation aux prises de décision grâce à une dizaine de groupes de travail », souligne Stéphane Dupays.« Nous avons eu 28 avis favorables sur les 28 Info-Consult engagés [procédures de suivi social]. Nous n’aurions fait aucun changement sans l’avis favorable », précise-t-il.

"Pas un groupe de travail sans un opérateur concerné et un représentant du personnel », affirme Stéphane Dupays, directeur du site Evian. Crédit photo : Evian.

« Le volet environnemental a été très important dans ce projet », ajoute Emmanuel Faber. Evian est devenu le premier site agroalimentaire français neutre en carbone. Sachant que l’objectif de la marque est d’obtenir la neutralité carbone d’ici à 2020.

Le premier site agroalimentaire français neutre en carbone

Élément crucial pour l'atteinte de cet objectif : la mise en œuvre du méthaniseur Terragr'eau. Située sur l'impluvium d'Evian, sur le plateau de Gavot, son rôle est double : protéger la ressource en eau des risques d'épandages mal maîtrisés et donner aux agriculteurs des clefs de compétitivité. Finalisé en 2016, le projet va transformer chaque année 40 000 tonnes de déchets agricoles en engrais naturels pour les agriculteurs du territoire. Depuis mars 2017, il produit un biogaz injecté dans le réseau Grdf, assurant la production d’énergie renouvelable pour 1 200 habitants. Ce qui correspond exactement à la consommation annuelle en gaz du site d’embouteillage.

Fruit d'un partenariat public-privé exemplaire, le méthaniseur a bénéficié d'un investissement de 9.3 millions d'euros, dont 40 % apporté par Danone (Evian et fonds Danone pour l'écosystème). Crédit photo : Evian.


« Le rôle d’une marque ou d’une entreprise ne s’arrête pas aux quatre murs de l’entreprise.Ce méthaniseur est un exemple de la politique que je souhaite pour le groupe sur le plan de la responsabilité environnementale, et plus encore sociétale», déclare Franck Riboud, président de Danone. Ce projet se distingue en effet par le nombre d’acteurs impliqués. C’est aussi un exemple d’innovation environnementale. « Avec l’épandage des digestats et du compost, nous sommes entrés dans l’ère de la fertilisation de précision. Cela nous permet d’améliorer notre rentabilité économique », se réjouit Philippe Gillet, l’agriculteur qui préside la coopérative Terragr’eau, en charge de la collecte des effluents et de l'épandage sur les 1700 parcelles concernées. Sur le territoire de l’impluvium d’Evian, l’élevage pèse 60 % de l’activité, avec essentiellement du lait transformé en fromages par des coopératives ou des fermiers (Reblochon, Abondance, Tomme de Savoie…).

"Le méthaniseur est une bonne pratique à déployer, un exemple pour la marque Evian mais aussi pour toute la politique du groupe », déclare Franck Riboud, président de Danone. Crédit photo : Process Alimentaire.

Pour atteindre la neutralité carbone en 2020, Evian a mis l'accent sur la performance énergétique, tout au long d'un site d'embouteillage, qui représente aujourd'hui 130 000 m², soit l'équivalent de 13 terrains de football. Certifié Iso 14001 mais aussi Iso 50 001, le nouveau site est alimenté intégralement par de l'énergie renouvelable. Il a diminué de 23 % ses consommations énergétiques par litre de 2008 à 2016.

La totalité des déchets produits par le site sont récupérés : 92 % revalorisés et 8 % convertis en énergie.

Autre axe clef : le PET recyclé. Les bouteilles Evian contiendront en moyenne 25 % de rPET à la fin de l’année 2017. L'objectif de 50 % est fixé pour 2020 sur certains formats et de 100 % de matériaux recyclés à terme.

Evian est le premier site Danone à atteindre la neutralité carbone.