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Guerre des prix : les distributeurs persistent et signent

Marjolaine Cérou |  8 Avril 2019 | 

Une conjoncture qui se dégrade, des marges au plus bas et toujours une pression sur les prix, l’Ania dresse un bilan critique de l’année 2018. L’association porte-parole de l’industrie agroalimentaire déplore que les négociations commerciales se soient déroulées à rebours de l’esprit des États Généraux de l’Alimentation. Crédit : Ania.

L’industrie agroalimentaire dresse un bilan économique « négatif » de l’année 2018. «La conjoncture se dégrade, les marges sont au plus bas et les négociations commerciales sont toujours plus tendues », déclare Richard Girardot, président de l’Ania. « L’agroalimentaire est la seule industrie qui connaît six années consécutives de déflation. La destruction de valeur atteint 5,5 milliards d'euros sur l’ensemble de la filière », observe Stéphane Dahmani, directeur Économie de l'Ania. Une conséquence directe de la guerre des prix, menée depuis six ans sans relâche par les distributeurs. Aujourd’hui, quatre centrales d’achats se partagent 92 % du marché. Selon l’Ania, les enseignes affichent un gain de 3,2 milliards d’euros depuis le début de la guerre des prix au détriment direct des industriels (qui comptabilisent une destruction de -3,1 milliards d'euros sur cette même période). Le directeur économie de l’Ania pointe du doigt un violent décrochage et un taux de marges qui s’effondre (-8 points en deux ans). « Nous assistons à une destruction de valeur sans précédent. Nous avons atteint le niveau le plus bas depuis 40 ans », indique Stéphane Dahmani.


Plus de fermetures d’usines

D’autres marqueurs forts corroborent ce tableau édifiant. Comme celui du nombre de fermetures d’usines, supérieur à celui du nombre d’ouvertures. « L’industrie agroalimentaire a mieux résisté à la crise de 2008 qu’à la guerre des prix. Ce qui pose la question de sa capacité à recréer de la valeur », commente Stéphane Dahmani. A cela s’ajoute, la baisse de la consommation alimentaire deux fois plus importante l’an dernier comparé à la crise de 2008 (-1,2 % en 2018).


La loi Alimentation « pas respectée »

L’Ania déplore les conditions dans lesquelles se sont déroulées les dernières négociations commerciales, six mois après le vote de la loi Alimentation, née des États Généraux et dont l’un des objectifs est de rééquilibrer le rapport de force avec la grande distribution. « Les mauvaises pratiques persistent en totale contradiction avec l’esprit des États Généraux de l’Alimentation », martèle Richard Girardot. Selon l’Observatoire Ania des négociations commerciales 2019, 59 % des 650 entreprises ayant répondu ont subi des menaces. Et 23 % ont connu des déréférencements effectifs en cours de négociation.

Pour autant, l’Ania croit encore à la loi Alimentation. « Cette loi n’est pour le moment pas respectée. Nous devons nous poser autour de la table avec les autres partenaires pour mettre de l’ordre dans les relations commerciales tout au long de la chaîne et pour un rééquilibrage du rapport de force», souligne Richard Girardot. Il préconise de renforcer les contrôles via la DGCCRF et de sanctionner les fautifs de manière plus dissuasive. Une commission d’enquête a d’ailleurs été lancée au niveau de l’Assemblée Nationale. « Le constat est négatif mais les choses bougent. Nous avons senti que le dialogue s’instaurait avec certaines enseignes », soulève le président de l’Ania. Par ailleurs, il semblerait qu’un climat de confiance s’installe avec la centrale formée par Auchan et Casino. « Cette loi a un CDD de deux ans. Il faut lui laisser du temps et rester indulgent par rapport au bilan de cette première année, même si le constat est très difficile à assumer pour les entreprises », conclut-il.