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« Hard Brexit » : une menace pour l’agroalimentaire français

Pierre Christen |  21 Janvier 2019 | 

Selon les chambres d’agriculture, une sortie du Royaume-Uni sans accord représenterait un coût de plus de 500 millions d’euros pour les exportations des filières agroalimentaires françaises.

Le 15 janvier dernier, les 650 députés britanniques ont rejeté le plan de sortie de l’Union européenne, tel que signé fin décembre et défendu par la première ministre britannique Theresa May. Un tel renoncement a de quoi inquiéter les entreprises alimentaires françaises qui exportent outre-Manche.

Il reste moins de dix semaines avant l’échéance. Ce qui rend de plus en plus probable la perspective d’une sortie sans accord, même si les députés de la Chambre des Communes s’y refusent majoritairement et qu’un nouveau vote est prévu à Westminster le 29 janvier. Theresa May, qui a sauvé son gouvernement de justesse mercredi dernier, apparaît résolue à mettre en œuvre le résultat du référendum du 23 juin 2016, avec le moins de compromis possible. Rappelons que le « leave » l’avait emporté avec près de 52 % des voix.

En cas de « no deal », le Royaume-Uni devient un pays tiers

De nombreux scénarios sont envisageables pour un plan B (nouveau référendum, accord type Norvège, backstop pour les frontières irlandaises, etc.). Dans l’hypothèse où de nouvelles propositions seraient adoptées, elles devraient être validées par les représentants de l’Union européenne et nécessiteraient un report du Brexit, qui lui aussi devrait être accepté par les 27. Sans cela, le « no deal » conduira à un « hard Brexit ». Et le Royaume-uni sera considéré comme un pays tiers à partir du vendredi 29 mars 2019 à 23h01 GMT.

Le retour des droits de douane

Considérer le Royaume-Uni comme un pays tiers conduirait à l’application des règles de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce). Ce qui signifierait le retour à des droits de douane sur les produits alimentaires. D’où une inflation mécanique des produits importés au Royaume-Uni. D'autant plus marquée que la livre sterling a perdu 20 % de sa valeur face à l’euro depuis janvier 2016. Le prix des produits alimentaires français en l'occurrence irait donc à la hausse, ce qui conduirait les britanniques à opter pour des produits lointains moins coûteux.

La rencontre ce jour entre Theresa May et Jacinda Ardern, première ministre néo-zélandaise, est à ce titre significative. Les États-Unis sont également en embuscade. Des accords bilatéraux orienteraient le système alimentaire britannique à se ranger sur de nouveaux standards, ce qui constituerait une barrière supplémentaire aux produits français. Par un jeu de dominos, la baisse des exportations des pays européens continentaux vers le Royaume-Uni accentuerait la concurrence sur les principaux marchés intra-communautaires, France en tête.

Le retour des contrôles sanitaires

L’autre point noir du Brexit est la mise en place prévisible de nouvelles procédures. L’Ania pointe le retour des contrôles sanitaires et phytosanitaires aux frontières et la mise en place d’un certificat spécifique à joindre pour toutes les expéditions de marchandises d’origine animale ou végétale. Soit une lourdeur administrative, peu compatible avec les exigences logistiques, en particulier sur les produits frais où le temps est compté.

Les filières agricoles et agroalimentaires françaises feraient donc partie des secteurs les plus affectés par l’hypothèse d’un « no deal ». « Les échanges avec le Royaume-Uni sont vitaux pour la santé économique de nos filières », souligne Claude Cochonneau, président des Chambres d’Agriculture de l'Hexagone.

Vins et fromages particulièrement affectés

Le Royaume-Uni est, en effet, le troisième débouché des exportations agroalimentaires françaises et la France le second plus important fournisseur de produits alimentaires du Royaume-Uni. Selon les données douanières de 2017 (cumul 2018 non encore disponible) communiquées par l’Ania, la France exporte 4,55 milliards d’euros de produits agroalimentaires vers le Royaume-Uni, dont 1,1 milliard d’euros de boissons alcoolisées, environ 570 millions d’euros de produits laitiers et 266 millions d’euros de produits d’épicerie.

Le seul secteur des vins et spiritueux affiche une balance commerciale de + 1,32 milliard d’euros. « Le Royaume-Uni est le second client de la France pour nos ventes de vins et spiritueux. Le Brexit place nos entreprises dans une situation d’incertitude totale sur les règles qui devront régir le commerce bilatéral à compter du 30 mars 2019 », commente Antoine Leccia, président de la fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France et président du groupe AdVini.

Un coût de plus de 500 millions d’euros

Autre grand secteur touché : les 270 000 tonnes de produits laitiers expédiés, dont 89 000 tonnes de fromages, en particulier du Brie et du Camembert. Le Brexit touche de nombreux autres secteurs, à l’instar des pommes que la France exporte à hauteur de 130 000 tonnes par an. Selon les Chambres d’Agriculture, une sortie du Royaume-Uni sans accord représenterait un coût de plus de 500 millions d’euros pour les exportations des filières agroalimentaires françaises.