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J.P. Girard : "Cela ne va pas mieux, les trésoreries se tendent"

Pierre Christen |  30 Mai 2016 | 

Pour Jean-Philippe Girard, président de l'Ania, réélu pour trois ans, l'enjeu est de faire des propositions avant fin septembre afin d'éviter que les négociations commerciales 2017 soient aussi difficiles que celles menées en 2016. Crédit photo : Yann Cainjo.

Récemment réélu à la tête de l’Ania (Association nationale des industries alimentaires), Jean-Philippe Girard, p-dg d’Eurogerm, balaye les sujets chauds du moment : situation économique, négociations commerciales, expérimentations sur l’étiquetage de l’origine de la viande ingrédient et du lait et sur l’étiquetage nutritionnel complémentaire. Il qualifie le mandat écoulé de "passionnant mais éprouvant". "L'évolution de nos relations avec nos clients est un des sujets les plus durs et les plus frustrants", confie-t-il, alors que la polémique avec Michel-Edouard Leclerc n'a pas encore éclaté (Lire ici).

Son nouveau mandat court de 2016 à 2019, ce qui inclut la période stratégique de la présidentielle. Jean-Philippe Girard a prévu de rencontrer chacun des candidats, y compris aux primaires, pour leur présenter le nouveau pacte alimentaire (Lire ici).

La France va-t-elle mieux ?

Les indicateurs tous secteurs industriels confondus montrent que l'on a arrêté l'hémorragie. Le sur-amortissement et le CICE commencent à porter leurs fruits. Le sur-amortissement explique en partie le regain des prévisions d'investissement. Quant au CICE, il a désormais un impact assez fort. Cumulé au Crédit Impôt Recherche, que le Président a déclaré sanctuarisé, cela améliore les lignes de bilan. Mais les taux de marges en 2015 ont perdu un point dans notre secteur, quand ils ont progressé de trois points dans les autres secteurs industriels. La courbe se redresse sauf pour l'industrie agroalimentaire. La vie des entreprises, c'est la réalité des résultats. Pour nous, cela ne va pas mieux, nous sommes dans le dur, les trésoreries se tendent. Même si nous avons créé 4000 emplois en 2015, on ne peut que s'en féliciter, ce n'est pas suffisant. Quand on interroge les chefs d'entreprise, personne n'a vu le choc de simplification. C'est une vraie difficulté. L'effet du CICE compense à peine les marges perdues dans la guerre des prix. La contraction des marges inquiète, pas seulement les industriels de l'agroalimentaire mais aussi les agriculteurs et les distributeurs. Nous sommes déjà inquiets des négociations 2017 et de leurs conséquences.

Allez-vous faire de nouvelles propositions pour améliorer les relations industrie-commerce ?

Oui, un travail important est mené depuis la fin des négociations commerciales. Nous avons sollicité l'appui d'un cabinet extérieur, pour qu'il nous bouscule. L'enjeu est de faire des propositions avant fin septembre. Sans cela, il n'y aura pas de raison que les négociations commerciales 2017 se passent mieux qu’en 2016. Cela passe d’abord par l’application de la loi et donc par le durcissement des contrôles. Il y a eu de multiples contrôles dont on attend toujours les conséquences. Nous avons besoin de voir comment la DGCCRF apprécie ces comportements, sans cela ils vont se répéter. Nous allons renforcer l'Observatoire des négociations commerciales, y compris dans cette période car il y a encore des demandes illicites. Nous vivons en ce moment une inflation promotionnelle et une déflation des prix. La promotion est justifiée quand elle est bien faite, mais pas quand elle devient une manière déguisée de baisser le prix moyen du produit. Dans le même temps, nous étudions les évolutions possibles de la loi. Il est encore trop tôt pour en parler. Quant à la loi Sapin 2, c’est une loi précipitée qui ne va pas solutionner la crise agricole. Les contrats tripartites proposés ne sont rien d'autre que de la contractualisation. Or cela se fait déjà de manière volontaire et sans le ministre. Cette loi est d’autant plus précipitée qu’Emmanuel Macron a lancé un état des lieux de la loi de modernisation de l’économie, attendu en fin d’année. Au fond, j'ai la conviction qu'il n'y a pas une solution unique, qu’une loi ne peut pas tout résoudre. L'essentiel, ce sont nos relations.

Quelle est votre position sur l’indication de l’origine de la viande ingrédient et du lait ?

Nous attendons la décision européenne quant à la demande de la France d’expérimenter pendant un an cet étiquetage. Elle doit intervenir le 12 juin. Visiblement, peu de choses s'y opposent. Des amendements à la loi Sapin sont portés pour permettre cette expérimentation. Le Horsegate a marqué l’opinion. Je pense que les entreprises qui n'indiquent pas l'origine se mettent en danger, mais je respecte leur stratégie. Je suis davantage favorable à la « signature France » qu’au « made in France ». La « signature France » est un plus pour des entreprises comme la mienne en b to b dans la filière céréales-pain. Mais cela ne l’est pas pour des entreprises européennes, qui travaillent avec des approvisionnements européens. La préférence nationale est en train de prendre le pas, y compris en Allemagne. Attention à ne pas créer des protectionnismes, qui nous seraient défavorables.

Avez-vous une préférence pour l’un des quatre systèmes d’étiquetage nutritionnel complémentaire, qui vont être testés de septembre à décembre 2016 ?

Aujourd’hui, notre pays a réussi à mettre en place cette expérimentation. C’est très important car nous sommes regardés par l'Europe, qui a la même préoccupation. L'Ania ne communique pas sur l'un ou l'autre des quatre systèmes testés. Nous avons décidé de rester neutre. Nous laissons faire car la méthodologie adoptée est précise et rigoureuse. Nous n’avons pas de préférence, mais rappelons un principe, celui de la particularité française qui consiste à ne pas réduire l'alimentation à la nutrition. A la fin, c'est le consommateur qui va décider !


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