Process Alimentaire / À la une / L'affaire de la viande de cheval touche toute l'Europe

A la une

L'affaire de la viande de cheval touche toute l'Europe

Anne-Katell Mousset  |  19 Février 2013 | 

Les chaînes de grandes distributions ont rapidement organisé un rappel de tous les produits fabriqués par l’usine de Comigel

  • Mise à jour du 19 février 2013 :

Après Findus, c’est une autre marque de référence qui est touchée. Nestlé vient en effet d’annoncer le retrait de ses produits Buitoni Beef Ravioli et Beef Tortellini vendus en Italie et Espagne. Ces deux produits sont fabriqués pour Nestlé par JBS Toledo N.V avec de la viande fournie par l’entreprise allemande H.J. Schypke. Egalement concernées les « Lasagnes à la Bolognaise Gourmandes », produites en France pour le marché de la RHF par Nestlé Professional.

Si l’affaire de la viande de cheval a explosé avec la découverte de cheval dans les lasagnes Findus préparées par Comigel, elle touche bien maintenant toute l’Europe puisque différentes filières, sans liens apparents les unes avec les autres, sont concernées.

Rappelons que c’est début janvier que pour la première fois de la viande de cheval a été détectée dans des steaks hachés surgelés premiers prix, vendu par Tesco et fabriqués dans deux usines irlandaises (Liffey Meats et Silvercrest Foods), et une anglaise (Dalepak Hambleton).

  • Mise à jour du 18 février 2013 : Spanghero récupère en partie son agrément sanitaire

L'agrément sanitaire de la société Spanghero a été rétabli aujourd'hui. L’entreprise pourra reprendre ses activités de production de viande hachée, de saucisserie et d’élaboration de plats cuisinés. Elle ne peut en revanche pas reprendre son activité d’entreposage de matières premières congelées. (plus d’éléments à lire ici )

  • 15 février 2013 : Spanghero serait à l’origine de la fraude

Le rapport de la Direction de la répression des fraudes (DGCCRF) rendu public le 14 février confirme qu’il y a eu tromperie sur la marchandise.

Spanghero, l’intermédiaire français, ainsi que les intermédiaires financiers sont directement mis en cause par les enquêteurs. « Il y a une suspicion forte, à ce stade de l’enquête, que Spanghero savait », expliquait Benoît Hamon, Ministre délégué à l'Économie sociale et solidaire et à la Consommation.

L’enquête de la DGCCRF énonce donc les différentes responsabilités de cette chaîne complexe allant de la Roumanie au Luxembourg :

  • Comigel : L’usine luxembourgeoise Tavola du groupe français Comigel a reçu 550 tonnes de viandes de son fournisseur Spanghero. Comigel pouvait-il ignorer qu’il s’agissait de cheval ? L’étiquette, ainsi que les factures, mentionnaient le code douanier « bœuf ». Pourtant, deux anomalies auraient pu mettre la puce à l’oreille, selon la DGCCRF, du fabricant de plats cuisinés. Tout d’abord, l’étiquette du produit n’était pas conforme. Elle indiquait une origine des viandes « UE », alors que la mention du pays d’origine est obligatoire. De plus, « une fois décongelée, Comigel aurait du se rendre compte que l’odeur et l’aspect de la viande n’était pas ceux du bœuf. L’enquête encore en cours déterminera s’il s’agit d’une simple négligence », indique Benoît Hamon.

  • Spanghero : La viande reçue par Spanghero portait le code douane du cheval. Elle était étiquetée « BF Roumanie » pour « Boneless Fores» signifiant « avants désossés » et non « beef ». Elle est néanmoins sortie des entrepôts de Spanghero pour rejoindre le site Tavola de Comigel au Luxembourg en portant le code douane viande bovine et l’origine UE. Depuis ce matin cependant, Spanghero par le biais de sa direction dément formellement toute fraude, indiquant avoir été trompé et ne pas connaître la signification des codes douanier apposés sur les étiquettes.

  • Les sociétés de trading. La société de trading chypriote et la néerlandaise appartiennent au même propriétaire : le néerlandais Jan Fasen, déjà connu et condamné pour trafic de viande. La viande a transité aux Pays-Bas dans les entrepôts d’un prestataire logistique entre la Roumanie et la France. Une enquête des autorités néerlandaises est actuellement en cours pour connaître l’éventuelle implication de la société de trading.

  • Les abattoirs roumains. Deux abattoirs roumains ont fourni le trader néerlandais. « Ces abattoirs répondent aux normes européennes, explique Benoit Hamon. A ce stade de l’enquête réalisée en Roumanie, rien ne permet de douter. Les affirmations sont sérieuses ». Les abattoirs Doly-Com et Carmolimp, situés à Roma et Brasov ont en effet abattu des chevaux et les auraient vendus comme tels au trader néerlandais.

Quelles conséquences pour Spanghero ?

Tout d’abord, cette affaire aura une suite devant les tribunaux. Les personnes physiques impliquées risquent jusqu'à 37500 euros d’amende et 2 ans de prison. Les personnes morales, ici la société Spanghero, encourent jusqu’à 187 000 euros d’amendes. Benoît Hamon notait que l’enquête estimait les profits réalisés à 550 000 euros. « Il faudra revoir le montant des pénalités bien inférieur à celui des profits potentiels ».

Au plan de la production, l’agrément sanitaire de la société a été suspendu provisoirement à la demande du Ministre de l’agriculture. « J’ai diligenté la brigade nationale vétérinaire pour réaliser une enquête complète des procédures internes de la société, explique Stéphane Le Foll, Ministre de l’agriculture. Dès la semaine prochaine, elle rendra ses conclusions et nous déterminerons si ce retrait de l’agrément sanitaire est définitif ou non ».

Quelles conséquences pour la filière agroalimentaire ?

« C’est avant tout une affaire de confiance du consommateur », indiquait Benoît Hamon. Mardi, les représentants de la filière agroalimentaire française ont donc rendez-vous au ministère de l’agriculture et de l’agroalimentaire. « Nous voulons engager une démarche volontaire avec l’ensemble de la filière agroalimentaire française pour améliorer l’information du consommateur, explique Guillaume Garot, Ministre délégué chargé de l’agroalimentaire. Les professionnels du secteur sont meurtris par cette affaire qui n’est pas à l’image des pratiques d’une filière honnête ».

Les ministres de l’agriculture et de l’agroalimentaire souhaitent que soit apposée sur les plats élaborés l’origine des viandes. Actuellement cette mention n’est pas obligatoire. Dans le cadre du futur règlement européen sur l’information du consommateur, la commission réalise actuellement une étude pour envisager que l’origine soit indiquée pour les viandes utilisées comme ingrédient ( à lire ici ). Les ministres français voudraient accélérer ce processus déjà en cours depuis quelques mois. En attendant, ils souhaiteraient que la filière agroalimentaire française prenne les devants.

Les filières viandes et poissons sont également mises sous surveillance renforcée en 2013 ( à lire ici ). L’Ania de son côté a indiqué « que l’ensemble de la filière ne peut plus se contenter des contrôles existants. Il est nécessaire que chaque maillon de la chaîne prenne ses responsabilités et mette en place les actions qui permettront de garantir toujours plus de sécurité, de traçabilité et de transparence au consommateur. »