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La flambée des matières premières met les négociations commerciales sous tension

Pierre Christen |  13 Février 2017 | 

Les industriels laitiers subissent un rééquilibrage « brutal » des marchés depuis mi-2016.

Le 9 février dernier, les ministres Michel Sapin, ministre de l’Économie et des Finances, et Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, ont réuni les représentants de la filière alimentaire pour un nouveau comité de suivi des relations commerciales, sachant que les négociations annuelles s'achèvent le 28 février. Ils ont rappelé la nécessité que « les négociations tiennent compte, pour l’ensemble des maillons de la filière, du contexte de remontée des cours de plusieurs produits agricoles, en particulier dans les filières laitière, porcine et des produits de la mer ».

Représentant les industriels de l'agroalimentaire, l'Ania a pointé la déflation des prix des produits alimentaires. Elle a atteint -1,1 % en 2016 en moyenne et se poursuit en 2017, avec une baisse de -1,16 % en janvier. Une dynamique négative portée par les centrales d'achat de la grande distribution, qui mettent toujours autant l'accent sur les prix. « En plus des pressions inacceptables sur les prix et une inflation inquiétante des promotions, les menaces d'arrêts de commande et de déréférencement demeurent une pratique courante », déclare Jean-Philippe Girard, président de l'Ania. La pression s'exerce de surcroît avec la signature d'accords logistiques conditionnés à la négociation commerciale en cours.

12 % de hausse pour les matières premières

La question de fond étant la déconnexion de cette pression sur les prix avec la réalité économique rencontrée par les entreprises, en particulier la forte hausse des matières premières agricoles. Dans la lignée du second semestre 2016, l'année 2017 promet de fortes tensions sur le poste « achats ». «Le prix des matières premières alimentaires a augmenté de 12 % sur un an en décembre 2016», pointe Stéphane Dahmani, directeur du service économie de l'Ania. C'est la première fois depuis quatre ans qu'un tel redressement est observé. Or les achats amont représentent plus de la moitié du chiffre d'affaires de l'industrie alimentaire. On comprend dès lors l'enjeu sur la rentabilité des entreprises.

Aucun secteur n'est épargné. Ainsi, les industriels de la charcuterie alertent sur l'envolée des prix des pièces de viande de porc. A titre d'exemple, le prix de la pièce de découpe jambon sans mouille a augmenté de près de 30% sur un an. Sa cotation à Rungis est actuellement de 2,5 €/kg contre 2,25 €/kg il y a un an, et moins de 2€/kg il y a deux ans. En moyenne, le prix des pièces de viande de porc qui représente plus de 54 % du chiffre d'affaires des entreprises de charcuterie. Sur ce marché, les industriels ne peuvent que subir l'influence de la forte demande chinoise sur certaines pièces, qui bouleverse les équilibres.

Un retournement rapide des cours des produits laitiers

Quant aux industriels laitiers, ils font état du rééquilibrage qualifié de « brutal » des marchés mi-2016. Beurres, fromages et poudres atteignent des prix historiquement élevés. Une situation qu'il convient de remettre dans son contexte. Au milieu de l'année 2014, le marché mondial du lait et des produits laitiers entrait en surproduction, un déséquilibre entre l'offre et la demande qui a conduit à une chute des prix. Ainsi, les prix de vente des produits laitiers aux consommateurs ont baissé en France de 1,5 % en 2016 , indique la FNIL (Fédération nationale de l'industrie laitière), sur la base de l'indice Insee PVC lait, fromages, œuf). Mais dans le même temps, les prix de vente sortie usine ont chuté en moyenne de 3,1 %. Puis, la donne a changé au second semestre 2016. Les éleveurs laitiers, soumis à de fortes difficultés financières, ont moins produit. La production laitière a baissé de 7 % en France et de 4 % en Europe et dans le monde. Résultat, un retournement rapide des cours et désormais l'envolée des prix du lait et par conséquent des prix des produits qui en sont issus. Exemple: le beurre vrac industriel spot (équivalent beurre cube 82 % matières grasses et beurre concentré) est coté à 4464 €/t en décembre 2016, contre 2885 €/t en décembre 2015, soit une hausse de 54 %. Or la FNIL indique que les distributeurs refusent de prendre en compte la hausse des prix sur le marché laitier et exigent même de leurs fournisseurs des baisses supplémentaires. Ils continuent d'appliquer les tarifs et promotions décidés en 2016, sans prise en compte du fait que l'équilibre des marchés laitiers a diamétralement changé.

Des risques de rupture d'approvisionnements pour les jus d'orange

De leur côté, les industriels des jus de fruits s'alarment d'une hausse de 50 % des prix d'achat du jus d'orange. En cause : une récolte brésilienne en baisse de 19 % en 2016, du fait de la sécheresse. Or le Brésil pèse 80 % de la production mondiale. Sachant que la récolte en Floride est aussi à la baisse, poussant les États-Unis à accroître leurs importations brésiliennes. Malgré une légère baisse de la demande mondiale en jus d'orange, les industriels craignent des risques de rupture d'approvisionnements en jus d'orange du Brésil entre mai et juillet 2017. Sachant que ce marché pâtit de la dépréciation de l'euro face au dollar.

D'autres secteurs connaissent d'importantes difficultés. C''est le cas du secteur des produits de la mer, avec une tension persistante sur le saumon (+50%) ou sur le thon. Tout comme les huiles végétales (+16 % pour le colza et l'olive). Enfin, les mauvaises récoltes céréalières ont provoqué une hausse du cours du blé de 16 %.

Découvrez l'article complet dans le numéro de février 2017 de Process Alimentaire.