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Lactalis-FNSEA : comment sortir de l’impasse ?

Pierre Christen |  29 Août 2016 | 

Le bras de fer entre les syndicats agricoles (FNSEA, JA, FNPL) et le groupe laitier Lactalis se poursuit, avec pour enjeu le prix du lait payé aux producteurs. Lundi, ces organisations ont engagé de multiples actions sur tout le territoire à l’encontre des usines et des produits en magasins à la marque de l’industriel. Un nouveau round de négociations vient de débuter mardi 30 août peu après 7 heures du matin à Laval à la préfecture de la Mayenne.

Suite à la dernière réunion qui s’est tenue le jeudi 25 août à la Maison du Lait, Lactalis a annoncé une hausse unilatérale – faute d’accord avec les représentants agricoles - de 15 € par 1000 litres dès le mois de septembre. Une hausse portant le prix du lait à près de 272 € par 1000 litres, qui le rapproche de la moyenne nationale. Le groupe laitier aurait proposé un prix mieux-disant mais « les représentants des producteurs ont considéré que ce n'était pas suffisant», a regretté Francis Amand, médiateur des relations commerciales agricoles.

Dans ces conditions, quel niveau de prix pourrait débloquer la situation ? Délicate mais essentielle question qui doit nous faire sortir d’un débat trop focalisé sur Lactalis. « Ce n’est pas un problème franco-français mais européen lié à un déséquilibre entre l’offre et la demande, entre la production et ses débouchés », analyse l’économiste Jean-Paul Simier, directeur Agriculture-Agroalimentaire de Bretagne Développement Innovation. La surproduction est de 8 à 10 milliards de litres sur un total produit de 150 milliards de litres. Elle provient des pays du Nord (Irlande, Danemark et Pays-Bas), dans un contexte de fin des quotas depuis le 30 mars 2015. En toile de fond, comme tout marché trop producteur, si l’offre augmente plus vite que la demande, les prix s’effondrent mécaniquement », ajoute-t-il.

Voilà pour le constat macro-économique. Dès lors, comment agir à l’échelle européenne ? Au printemps 2015, le ministre de l'Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, Stéphane Le Foll, est parvenu à arracher de la Commission européenne l'activation du fameux article 222, un outil de régulation qui permet aux Etats-Membres, sur la base du volontariat, de solliciter des baisses de production, avec en contre-partie des aides compensatoires. « Si la France le fait, et que le Danemark augmente de 2 milliards de litres, cela ne fonctionne pas. Cette incitation est trop faible pour être efficace, mais on pourrait aller plus loin », commente Jean-Paul Simier. « Une clause prévoit une réduction des volumes qui serait obligatoire. La Commission européenne pourrait prendre cette initiative, mais elle n’a pas le soutien du Conseil des Ministres. Le Danemark et les Pays-Bas faisant barrage. C’est terrible, car l’Europe est responsable de la surproduction et c’est elle qui la subit sans se donner les moyens d’agir. Alléger la production de 4 à 5 milliards de litres sur six mois produirait déjà un effet positif sur les prix », ajoute Jean-Paul Simier.

Si une baisse de la production à l’échelle européenne semble compromise à court terme, peut-on compter sur une reprise des exportations ? « Il ne faut pas oublier que la fermeture du marché russe depuis août 2014 a fait perdre 250 000 tonnes de fromages par an, soit de 2.5 à 3 milliards de litres, c’est plus de la moitié de la production bretonne », rappelle le spécialiste des filières animales. Mais là encore l’obstacle, totalement dépendant de la stratégie géopolitique russe, semble difficile à lever. « Il y a tout de même un espoir de petite reprise des achats par les Chinois », prévoit-il. « De toutes les façons, seule une hausse de la moyenne du prix d’équilibre pourrait faire remonter le prix du lait », conclut-il.

Sortir de la caricature

De son côté, Lactalis invite les organisations syndicales à sortir de la caricature. Le groupe laitier rappelle que « parmi les grands pays producteurs de lait, la France est aujourd’hui celui où le prix du lait est non seulement le plus élevé mais au-delà, il est nettement supérieur à ceux de tous les grands concurrents européens et notamment l’Allemagne, premier producteur européen ». En acceptant un prix du lait à 272 € par 1000 litres, le groupe français se positionne au-delà du prix européen et se rapproche de la moyenne française qui tourne autour de 275 € par 1000 litres.

En guise de comparaison, les principaux pays ont des prix du lait inférieurs :

- Belgique : 216 €/1000 l

- Irlande : 237 €/1000 l

- Allemagne : 240 €/1000 l

- Pays-Bas : 246 €/1000 l

- Danemark : 260 €/1000 l

Lactalis dégrade ses positions vis-à-vis de ses compétiteurs européens sur les marchés des produits industriels (beurre, poudre de lait, fromages). Le groupe français souligne que « les industriels laitiers collectent tout le lait produit, y compris celui qui est valorisé bien en dessous du prix payé, compte tenu d’un marché fortement dégradé ». Schématiquement, les industriels, Lactalis en tête, écoulent la surproduction nationale, parfois à perte, alors que rien ne les y oblige.

Reste que le désarroi des éleveurs est total. Et le « mépris » qu’ils ressentent est à la mesure du fossé entre le prix payé et celui nécessaire à leur simple survie économique, qui serait autour de 350 €/1000 litres, avec une forte variabilité selon les éleveurs (autour de 30 %). En mettant la pression sur Lactalis, les représentants des éleveurs laitiers visent le numéro un français, qui collecte 20 % des 25 milliards de litres produits en France. Et pèsent ainsi de tout leur poids – politique, symbolique, médiatique – sur l’entreprise qui fait le prix du lait en France.

Ce qui ne doit pas empêcher de se poser la question de la compétitivité d’une filière comptant 64 000 producteurs laitiers français. Quelle est la taille critique d’un élevage ? Quelles sont les possibilités pour gagner encore en modernisation, pour alléger les charges, l’endettement, etc. ? Des réponses sont indispensables afin que la filière gagne en résilience sur des marchés plus volatils que jamais et face aux producteurs laitiers nord-européens qui se livrent sans états d’âme à une compétition intra-européenne et doivent se délecter de la bataille syndicats – Lactalis, dont l’issue ne pourra être qu’une victoire à la Pyrrhus.


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