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Lait : « Nous ne pouvons pas avoir un prix décalé. »

Pierre Christen |  5 Septembre 2016 | 

Mardi 30 août, les syndicats agricoles ont crié victoire… Lactalis a finalement conclu un accord avec les organisations de producteurs pour une hausse du prix du lait. « Elle donne une perspective de 300 € pour 1000 litres sur la fin de l’année 2016 », précise Michel Nalet, le porte-parole du groupe. Soit un soutien d’environ 150 millions d’euros en 2016 comparativement aux engagements contractuels du géant laitier.

Malgré cet accord, Lactalis souligne que l’enjeu de la filière laitière reste entièrement posé et demande qu’une réflexion globale sur la pérennité du secteur laitier soit ouverte.

Dans une conférence de presse, organisée jeudi dernier à la Maison du Lait, Olivier Picot, président de la FNIL (Fédération des Industries Laitières), a rappelé que la France exporte 11 milliards des 25 milliards de litres de lait produits, soit 44 % du total. « La France est dans le marché européen, et mondial, elle ne peut pas s’isoler par le prix de son lait si elle veut continuer à exporter ses produits et être leader comme elle l’est aujourd’hui en Europe et dans le monde ».

Il souligne que la balance commerciale produit 4 milliards d’euros d’excédents. « Nous ne pouvons pas avoir un prix décalé par rapport à l’Allemagne, au Danemark ou à l’Irlande », poursuit-il.

Au 1er semestre 2016, selon Eurostat, la France a payé un prix du lait moyen de 304 € par 1000 litres. Or sur la même période , les prix du lait moyens étaient de :

- 292 € au Danemark,

- 283 € aux Pays-Bas,

- 270 € en Allemagne,

- 260 € en Irlande,

- 255 € en Pologne,

- 253 € en Belgique.

Pour Olivier Picot, ces exportations sont cruciales, et la perte de compétitivité à l’exportation induit un risque majeur d’importation en France de produits laitiers européens moins chers. Et donc de diminution des volumes de production, ce qui mettrait à mal l’équilibre financier et l’avenir même de beaucoup d’exploitations. « Nous n’avons pas de leçon à donner aux producteurs pour être efficace. Ce que nous disons simplement c’est que cette efficacité est impérieuse. Il faut que les producteurs de lait soient capables de résister aux situations délicates de volatilité, il faut être ouvert sur le monde et cette volatilité », conclut-il.

Comment va réagir la grande distribution ?

Il précise qu’une hausse du prix du lait aux producteurs de 4 centimes par litre correspond à une dépense supplémentaire d’1 milliard d’euros pour les transformateurs laitiers. Qui va payer ?

De son côté, Lactalis interpelle la grande distribution, en demandant une véritable prise de conscience de cette nécessaire augmentation du prix du lait et de sa répercussion sur les conditions tarifaires. En 2011, le groupe laitier avait été au centre d’un bras de fer avec l’enseigne Leclerc en 2011, qui n’acceptait pas les hausses demandées suite à l’augmentation du prix du lait. Cet affrontement commercial avait conduit à l’absence des marques de Lactalis des rayons du distributeur pendant près d’un an.