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Laïta investit 80 M€ dans les ingrédients laitiers secs

Pierre Christen |  26 Mai 2014 | 

L'investissement de 80 millions d'euros (M€) se répartit sur cinq sites de Laïta : Créhen (54 M€), Yffiniac (3 M€), Ploudaniel (1 M€), Ancenis (4 M€) et Landerneau (18 M€). Crédit : Emmanuel Pain.

Née le 1er juillet 2009 du rapprochement des activités laitières d'Even, Terrena et Triskalia, la coopérative Laïta franchit un cap en investissant 80 millions d'euros dans les ingrédients secs. Un plan de développement qui vient s'ajouter aux investissements courants qui restent à un rythme de 50 millions d'euros par an.

« Nous investissons pour renforcer nos trois équilibres stratégiques », affirme Christian Couilleau, directeur général de Laïta. Premier point : l'amélioration du mix géographique. La coopérative n'est pas implantée hors Europe. Pour changer la donne, elle a recruté en début d'année un salarié en Chine et noué trois accords de collaboration avec des consultants. « Nous avons déjà des contacts clients en Asie », précise le dirigeant.

Trois équilibres stratégiques

Laïta réalise actuellement hors Europe 10 % de son 1,2 milliard d'euros de chiffre d'affaires, en réalité presque deux fois plus si l'on prend en compte les négociants commercialisant sur ces pays tiers. « L'objectif sera sur les 30 000 tonnes d'ingrédients secs de les commercialiser à hauteur de 80 % hors Europe », précise Christian Couilleau.

Second point : l'amélioration du mix clientèle. L'activité b to b est actuellement à hauteur de 35 % du chiffre d'affaires pour les ingrédients laitiers classiques et de 10 % pour les produits de nutrition spécialisée. Elle devrait donc se renforcer, diminuant ainsi le poids de la grande distribution dans les ventes.

Enfin, le troisième et dernier point est l'amélioration du mix de fractions laitières, en optimisant la séparation des protéines. Car l'investissement ne se limite pas à une tour de séchage, même si elle apparaît comme un emblème du projet. Dans le détail, la tour de 30 000 tonnes située à Créhen (22) près de Dinan mobilisera 35 millions d'euros pour une mise en route attendue fin 2016 et un régime de croisière dès 2017. Elle sera attachée à un atelier de boîtage pour le lait infantile (13 millions d'euros d'investissement).

Mais dès 2015, des complexes de déminéralisation de lactosérum seront aussi installés à Landerneau (29) et Créhen, soit 7500 tonnes par an pour 12 millions d'euros investis. Prévu également, le développement à Ancenis (44) des poudres de lait fermenté, ingrédients aromatiques à destination des applications crèmes glacées, sauces ou fourrages chocolatés et pâtissiers (4 millions d'euros).

Avec 7 millions d'euros injectés à Landerneau, un nouvel ensemble d'optimisation de la séparation des protéines de lait sera aussi implanté, soit 230 000 litres de lait crackés par jour. Enfin, les huit tours de séchage existantes seront rénovées ; Laïta produisant déjà 102 000 tonnes d'ingrédients secs.

Une offre prémium diversifiée

« Notre projet est autant pour développer les volumes que le niveau moyen de valorisation », souligne Christian Couilleau. Ainsi, la tour sera mixte : poudres de lait infantiles mais aussi poudres à haute valeur ajoutée. Faisant référence à la volatilité des cours, incontournable sur les marchés mondiaux, il ajoute : « l'internationalisation des ventes est d'autant moins risquée qu'elle repose sur la valeur ajoutée, l'innovation, la sécurité, les savoir faire et l'image ».

En substance, l'offre est positionnée premium à travers des poudres de lait à haute exigence en termes de sécurité des aliments. Le lactosérum déminéralisé sera tracé, quand beaucoup d'intervenants du marché réalisent des mélanges issus de plusieurs usines.

100 emplois nets créés

Dans un climat morose pour l'emploi, cet investissement majeur va créer cent emplois nets, dont 80 à 85 recrues sur l'atelier de boîtage à Créhen. « C'est une bonne nouvelle pour la Bretagne agroalimentaire », se réjouit Christian Couilleau, soulignant que la coopérative a vocation à être ancrée dans son territoire. Avec 15 % de capacité de traitement de collecte supplémentaire, c'est également une bonne nouvelle pour les 3750 exploitations associées. « Laïta a la capacité d'investir pour capter de nouveaux marchés créateurs de valeur et ainsi répondre aux projets des exploitations laitières qui lui livrent le lait. Cette réponse, en volume et en valeur, sécurise et pérennise le projet coopératif Laïta », commente Dominique Chargé, président de la coopérative, qui a collecté en 2013 : 1,3 milliard de litres de lait (+11% en quatre ans).

Sur le plan du financement, Laïta a fait le choix d'un investissement sans ouverture de capital. La première source est donc l'accumulation de résultat, associée à une levée d'emprunts de 30 millions d'euros grâce à des partenaires banquiers. Fin 2015, une augmentation de capital de 20 millions d'euros sera effectuée sans modifier les proportions établies entre les trois coopératives propriétaires.

Pour en savoir plus sur les raisons qui motivent cet investissement exceptionnel, retrouvez l'interview de Christian Couilleau, dg de Laïta, dans notre numéro de juin (parution le 12 juin).