Process Alimentaire / À la une / Le Made in France confiant dans l'avenir

Le Made in France confiant dans l'avenir

Pierre Christen |  12 Novembre 2018 | 

Selon une étude commandée par Jacquet, filiale de Limagrain, deux français sur trois sont prêts à payer 15 % plus cher les produits alimentaires français. Leur motivation principale est l’envie de soutenir l’économie et l’emploi en France.

Du 10 au 12 novembre à Paris – Porte de Versailles, le salon MIF Expo a rassemblé 500 exposants issus de tous secteurs d’activité, pour plus de 60 000 visiteurs. Cet événement de taille modeste se veut le rendez-vous annuel des professionnels et des consommateurs qui souhaitent acheter des produits fabriqués en France. Depuis sept ans, il sait créer l’actualité et ouvrir le débat. Ce qui suscite un écho médiatique à la mesure de l’attente des Français pour l’origine France, en particulier dans le domaine alimentaire.

Pour apporter sa pierre au débat, la marque de pains Jacquet, filiale du groupe coopératif Limagrain, s’est associée aux instituts BVA et B2B Intelligence. Résultat : 73 % des consommateurs sont prêts à payer plus cher des produits fabriqués en France. Un ratio qui atteint 66 % chez les distributeurs. Leur motivation principale est l’envie de soutenir l’économie et l’emploi en France.

Créer de l'emploi en France

Les Français joignent-ils le geste à la parole ? Selon ce sondage, les distributeurs déclarent dans leur grande majorité que l’argument « produit français » leur permet d’augmenter leurs ventes. Le salon MIF Expo a lui aussi voulu connaître la traduction de cet engouement dans la réalité. Selon son enquête, 63 % des entreprises interrogées répondent que c’est un argument qui fait mouche.

Reste une question de fond, celle du prix que les Français sont prêts à payer. Le sondage commandé par Jacquet n’y répond pas. Mais il observe que 55 % des consommateurs (et 71 % des distributeurs) considèrent que les prix de vente des produits français sont plus élevés que la moyenne. Un constat diamétralement opposé chez les agriculteurs, qui affirment que les prix des produits alimentaires français sont trop bas pour valoriser correctement les filières françaises impliquées.

Un besoin d'authentification et de traçabilité

La seconde question de fond est celle de la visibilité et de la cohérence. Sur ce point, l’étude commandée par Jacquet a testé le logo « Origine France Garantie », la marque commercialisée par l’association Pro France et utilisée par environ 600 entreprises. Son cahier des charges est plus exigeant que la simple allégation « fabriqué en France ». Les deux critères clefs sont en effet qu’entre 50 % et 100 % du prix de revient unitaire soit français, et que le produit prenne ses caractéristiques essentielles en France. Selon le sondage, 52 % des consommateurs et 31 % des distributeurs lui font confiance.

Un résultat mitigé, qui ne mesure pas la notoriété spontanée du logo. Pro France déclare de son côté que 46 % des consommateurs affirment avoir déjà vu la certification « Origine France Garantie » sur un produit ou une publicité.

Cependant, l’ancien ministre Yves Jego, initiateur et président d’Origine France Garantie, reste persuadé qu’authentification, certification et traçabilité sont à l’ordre du jour. « Beaucoup de consommateurs disent qu’ils veulent acheter français, encore faut-il être sûr que son achat corresponde à une réalité. Il y a encore des petits malins qui mettent des drapeaux bleu-blanc-rouge sur leurs produits alors que la fabrication n’est plus en France », précise-t-il. Il ajoute qu'"acheter français n’est pas une mode, ce n’est pas non plus un patriotisme renfermé sur soi même, ni un nationalisme stupide, mais une prise de conscience environnementale, en évitant les circuits longs, et sociale, en donnant du travail à côté de chez soi".

Sur le salon MIF Expo, Yves Jégo a retrouvé un autre ancien ministre, Arnaud Montebourg, reconverti dans l’entrepreneuriat made in France. « La société a décidé de s’emparer du pouvoir qu’elle a de faire de ses achats un acte citoyen. Tous les jours, les Français votent avec leur carte bleue. Il s’agit de défendre des filières ou de les faire renaître… Ce que je fais avec Bleu Blanc Ruche et dans les amandes, c’est de la relocalisation agricole », affirme l’ancien ministre du Redressement productif.

Des filières recréées par Alpina Savoie ou Reitzel

Sur le salon, la logique made in France est défendue par des entreprises s’appuyant en effet sur des filières qu’elles ont construites. Comme Alpina Savoie, qui a créé des pâtes filière française, dont la nouvelle Epinette, en forme d’épi de blé, symbole de ses efforts en faveur d’une agriculture équitable et durable.

Autre exemple sur le salon avec Quinoa d’Anjou, la première filière de quinoa en France, créée il y a dix ans par la coopérative agricole des Pays de la Loire et la ferme expérimentale de Jason Abbott. Elle regroupe aujourd’hui 300 producteurs en Anjou et se base sur un cahier des charges exigeant un quinoa de qualité sans résidus. 2000 tonnes sont récoltées par an, soit un tiers du quinoa consommé en France.

Ou encore Reitzel, qui sous sa marque Jardin d’Orante, a recréé une filière cornichons français à grande échelle. 600 000 bocaux du cru 2018 sont attendus en magasins. Soit deux fois plus que l’an dernier, suite à une excellente récolte.

La nouveauté 2018 pour Reitzel : le XXL, un cornichon français aigre doux à l’aneth.

Lancée en 2016 avec deux agriculteurs, la filière en compte désormais onze. La nouveauté 2018 : le XXL, un cornichon français aigre doux à l’aneth. De quoi voir l’avenir du made in France en grand !