Process Alimentaire / À la une / Le Nutri-Score clive encore l’industrie agroalimentaire

Le Nutri-Score clive encore l’industrie agroalimentaire

Pierre Christen |  17 Septembre 2018 | 

C’est une scission de taille dans le monde de l’industrie charcutière. Fleury Michon a décidé de mettre fin à son adhésion à la fédération des industries charcutières, traiteurs et transformatrices. Ceci après plus de 40 ans de collaboration. C’est un poids lourd du secteur que perd cette organisation.

Le motif du désaccord : les prises de position publiques de la Fict au sujet du Nutri-Score, que Fleury Michon soutient depuis l’origine. Le groupe vendéen se retire pour – dit-il – poursuivre une démarche de progrès en termes d’innovation, de qualité et d’information nutritionnelle. Sous-entendu une démarche entravée par les «positions de l’interprofession qui ne sont plus en adéquation avec les ambitions du groupe dont l’objectif est de proposer des produits respectant à la fois la santé des consommateurs et l’environnement.» Des mots sans concession.

Fleury Michon est un ardent défenseur du Nutri-Score, ici apposé sur sa nouvelle gamme de mini-röstis.

La Fict n’a pas tardé à réagir par la voix de Bernard Vallat, son président : « Je trouve regrettable que Fleury Michon ait fait le choix de ne pas poursuivre le dialogue avec les autres membres en faisant cavalier seul ». L’organisation professionnelle rappelle sa position sur le principe d’un étiquetage nutritionnel simplifié : «il paraît représenter un réel progrès, mais les membres de la Fict considèrent que ce mécanisme ne donne pas une information suffisamment complète au consommateur. Par ailleurs, il peut donner un jugement de valeur sur un produit sans tenir compte des apports, pourtant essentiels, des autres aliments consommés en même temps lors d’un repas».

Des débats à l'échelle européenne

Ces débats contradictoires autour de la pertinence du Nutri-Score ne sont pas nouveaux ( Lire ici et ici ). Dernier élément en date, la Belgique a suivi la France dans son choix de promouvoir ce dispositif d’étiquetage simplifié ( Lire ici ). Et désormais le débat se porte véritablement à l’échelle européenne. Les groupes Nestlé, Coca-Cola, Unilever, Mondelez, PepsiCo ont développé leur propre système, inspiré du dispositif des « feux tricolores » britanniques et complété par une notion de portion. Un groupe d’industriels auquel appartenait Mars, qui a finalement décidé de se retirer en mars 2018, jugeant que l’initiative manquait de légitimité.

Baptisé «Evolved Nutrition Label», cet étiquetage commencerait à être déployé par Nestlé en Belgique, à Chypre, en Grèce, au Portugal, en Pologne et en Espagne.

Ces initiatives font apparaître de manière drastique le besoin d’une harmonisation des systèmes d’étiquetage nutritionnels simplifiés à l’échelle européenne. Un point sur lequel la Commission européenne, n’a toujours pas réagi publiquement. La réglementation actuelle (Inco) donnant la possibilité à chaque Etat membre de promouvoir un dispositif, dont l'adoption par les entreprises reste - rappelons-le- facultatif.

Un enjeu plus vaste pour Fleury Michon

Mais si le Nutri-Score reste l’argument premier, l’enjeu pour Fleury Michon est bien plus vaste. A la peine sur ses marchés historiques (jambon, plats cuisinés), le groupe vendéen fait des choix radicaux pour être encore plus en phase avec les attentes sociétales : diversification des usages, bio, garantie d’origine et… amélioration des profils nutritionnels (Lire notre article dans notre numéro d’octobre, parution le 5 octobre).

Sur le bio, par exemple, Fleury Michon s’approvisionne seulement à hauteur de 2 % en France, faute de filière structurée. Le groupe s’est donc associé à Vallégrain pour créer une filière bio française. De même, le groupe vendéen a lancé en 2015 sa gamme "J’aime", en lien avec le groupe Avril et la coopérative Terrena pour proposer des gammes sans OGM ni antibiotiques.