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Le Pen - Macron : deux projets radicalement opposés

25 Avril 2017 | 

Emmanuel Macron porte un projet qui mise sur l'Europe et la compétitivité des entreprises. Quand Marine Le Pen défend un projet nationaliste (sortie de l'UE et de l'euro, fermeture des frontières, protectionnisme,...).

Suite au scrutin du dimanche 23 avril, Emmanuel Macron (24 % des suffrages exprimés) et Marine Le Pen (21,3%) sont les deux candidats qualifiés pour le second tour de l'élection présidentielle, prévu le dimanche 7 mai. Europe, compétitivité, agriculture, négociations commerciales, bien-être animal : leurs programmes s'avèrent radicalement opposés. Le point sur les principales divergences susceptibles d'interagir directement avec l'industrie agroalimentaire.



Europe

Emmanuel Macron : Le président d'En Marche se présente comme un candidat résolument pro-européen. Il préconise des transferts de souveraineté et vise un budget de la zone euro voté par un Parlement de la zone euro et exécuté par un ministre de l'Economie et des Finances dédié. Il veut œuvrer pour une Europe plus intégrée en termes fiscal et social et plus protectrice, avec une forme de protectionnisme européen (Buy European Act). Une proposition en cohérence avec une industrie alimentaire, quatrième exportatrice mondiale, exportant massivement au sein de l'Union européenne.

Marine Le Pen : La candidate nationaliste veut rendre à la France sa souveraineté. Elle souhaite engager un Frexit et sortir de l'euro suite à un référendum. Elle acte le rétablissement des frontières nationales et développe une série de mesures protectionnistes. Elle refuse les traités de libre-échange (Tafta, Ceta, Australie, Nouvelle-Zélande,etc.) et crée des barrières à l'importation. Un dispositif difficilement compatible avec son objectif de développer l'export. Ces mesures sont assorties d'un dispositif anti-immigration, passant notamment par la mise en place d'une taxe additionnelle sur l’embauche de salariés étrangers.


Compétitivité et innovation

E. Macron : Le candidat d’En Marche mise sur une stratégie d'investissements pour faire émerger un modèle de croissance alliant transition écologique, industrie du futur et agriculture de demain. Il met l’accent sur l’innovation au moyen d’un fonds dédié à l’industrie du futur doté de 10 milliards d'euros issus des actions d'entreprises possédées de manière minoritaire par l’État. Il sanctuarise les crédits impôt innovation et recherche. Pour améliorer la compétitivité des entreprises, il prévoit des réductions de charge. Emmanuel Macron veut réduire le coût du travail (baisse des cotisations sociales employeurs en remplacement du CICE, baisse de l'impôt sur les sociétés de 33,3 % à 25%). C'est la vision la plus proche des propositions de l'Ania.

M. Le Pen : Sa prise en compte de la compétitivité se concentre sur les entreprises de petite taille. Par exemple, la candidate FN compte recentrer le crédit impôt recherche sur les start-ups et les PME. Elle prévoit un taux réduit à 15 % de l’impôt sur les sociétés pour les TPE-PME et crée un taux intermédiaire à 24 % (au lieu de 33 %) pour les PME. Elle prévoit de diriger une part de l’assurance-vie (2 %) vers le capital-risque et les start-ups et inciter les grands groupes à créer leur propre fonds d’investissement dans les entreprises innovantes.



Agriculture

E. Macron : Le candidat d'En Marche prévoit un plan de 5 milliards d'euros pour favoriser la transition agricole et adapter les exploitations aux normes environnementales et de bien-être animal. Autre mesure clef, d’ici 2022, 50% des produits proposés par les cantines scolaires et les restaurants d’entreprise devront être bio, écologiques ou issus de circuits courts. Il prévoit de n'ajouter aucune norme nationale aux normes européennes.

M. Le Pen : La candidate FN décline sa logique nationaliste à l'agriculture et compte transformer la Politique Agricole Commune en Politique Agricole Française. Elle veut réserver la commande publique aux produits agricoles français et interdire les importations agricoles et agroalimentaires ne respectant pas les normes françaises en matière de sécurité sanitaire, de bien-être animal et d’environnement. Des normes qu'elle veut par ailleurs simplifier. Elle s'oppose aux fermes-usines et veut développer les circuits courts. Elle veut imposer la traçabilité totale de l’origine géographique et du lieu de transformation sur l’étiquette des produits transformés.





Volatilité des prix matières premières / Négociations commerciales

E.Macron : Pour faire face à la volatilité des prix, le candidat prévoit la mise en place d’outils de régulation européens adaptés à chaque filière. Il aborde également la question des relations commerciales sous l’angle de l’amont agricole. « Nous les aiderons à être payés au prix juste en soutenant les organisations de producteurs dans leurs négociations avec les industriels. Nous nous battrons pour faire évoluer dans ce sens le droit européen de la concurrence », affirme-t-il. Pour envisager le futur cadre des négociations commerciales, il compte enfin organiser un Grenelle de l’alimentation avec les représentants de toute la filière, afin de définir un « partage équilibré de la valeur ».

M. Le Pen : Son programme ne dit rien sur les négociations commerciales (en septembre 2016, le FN a appelé l’État à intervenir). Elle souhaite geler les autorisations d’extension accordées à la grande distribution.


Bien-être animal

E. Macron : La montée en gamme des exploitations agricoles en matière de bien-être animal fait partie intégrante du plan de transition agricole de 5 milliards d'euros.

M. Le Pen : La candidate veut faire de la protection animale une priorité nationale. En voulant interdire l’abattage sans étourdissement préalable, la candidate frontiste vise délibérément le rite halal.