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Le bio a progressé de 20 % sur le 1er semestre 2016

Pierre Christen |  27 Septembre 2016 | 

Les réseaux spécialisés en bio enregistrent une croissance de 25 % de ventes, alimentée principalement par de nouvelles ouvertures et extensions. Ici le magasin bio, vrac et sans emballage, expérimenté par Biocoop.

C'est l'augmentation la plus nette de la dernière décennie. Selon les données de l'Agence Bio, en charge du développement et la promotion de l'agriculture bio en France, le marché du bio aurait progressé de 20 % au premier semestre 2016, en comparaison de la même période en 2015. Selon les prévisions, il devrait atteindre les 6,9 milliards d’euros en fin d'année, contre 5,7 milliards d'euros l'année dernière. Le marché du bio aura ainsi doublé en six ans.


A l'origine de ce boom, un ancrage plus fort des habitudes de consommation bio chez le consommateur. Rappelons les données du sondage CSA que l'agence Bio avait commandé en 2015. Il avait montré que 65 % des personnes interrogées déclaraient consommer régulièrement bio, contre 49 % en 2014 et 37 % en 2003.

Cette croissance du marché provient aussi d'un développement accru de l'offre. Ainsi le rythme de croissance le plus fort se retrouve dans les réseaux spécialisés, qui pèsent 34 % du total, et dont l'augmentation moyenne des ventes est de 25 %. Les grandes enseignes, dont Biocoop, ont mené de nombreuses ouvertures, extension des surfaces et rénovation.

La grande distribution alimentaire n'est pas en reste.Selon le panéliste Iri, elle enregistre sur le premier semestre 2016 une progression des ventes de 18 %, contre +11 % en 2015 vs 2014, avec des progressions de l'ordre de 23 % pour les produits d'épicerie, 10 % pour les boissons et 17,4 % pour les produits frais en libre-service.

C'est le cumul de la croissance de ces deux secteurs, qui représentent 80 % du total des ventes, qui sont à l'origine des prévisions de l'Agence Bio.

Le changement d’échelle se confirme

La question de fond reste la structuration de l'amont agricole. A ce titre, l'année 2016 voit les surfaces agricoles connaître une envolée comparable à celle vécue en 2008-2010. Cela malgré les difficultés liés aux aides distribuées par les régions, qui ont été sous-estimées. Selon la FNAB (Fédération nationale d'agriculture biologique), il manquerait 100 millions d'euros, rien que pour les conversions 2016-2017.

Il n'empêche que les crises agricoles en lien avec une volatilité accrue des cours semblent à l'origine d'un mouvement de fond. L'Agence Bio estime qu'à la fin de l'année, les surfaces agricoles en bio représenteront 1,57 million d’hectares (+ 20%), soit plus de 5,8 % de la Surface Agricole Utile (SAU). Une belle dynamique qui ne devrait toutefois pas suffire à atteindre l'objectif assigné par le plan ambition Bio 2017, lancé en 2013 par le gouvernement et qui avait l'ambition de doubler la surface de production, pour la passer de 3,8 % début 2013 à 7,6 % en 2017.

La dynamique reste remarquable. Plus de 21 nouvelles fermes bio se sont installées chaque jour en France au cours des 6 premiers mois de l'année. Les nouveaux venus sont de plus en plus nombreux, avec 260 000 hectares en première année de conversion, en augmentation de 40 %. La crise laitière a généré un engagement fort des producteurs laitiers, notamment dans l'Ouest (en Ille et Vilaine et dans le Morbihan). Au total, 562 producteurs se sont engagés sur le premier semestre 2016, ce qui représente une augmentation de près de 25 % du nombre d’élevages laitiers. C'est aussi la conséquence directe du choix de certaines coopératives laitières d'accélérer le développement du segment.

Un processus de concentration

Cet engouement se manifeste aussi par un renforcement de l'aval de la chaîne. Au 1er semestre 2016, 1 200 nouveaux opérateurs ont rejoint les rangs des acteurs de l’aval bio en France, qui sont désormais plus de 14 300 (+5,4%). Au 30 juin 2016, la France comptait au total plus de 46 218 entreprises bio, amont et aval confondus, dont 10 296 transformateurs bio engagés au 30 juin 2016. Les secteurs particulièrement dynamiques sont ceux de l’épicerie au sens large, de la transformation des fruits et légumes et des entreprises en lien direct avec les producteurs. Une évolution quantitative qui ne doit pas masque le processus de concentration qui est en cours, dans une logique de structuration en filière. D'autant que le développement du marché s'accompagne d'une relative pression sur les prix de vente, y compris dans les réseaux spécialisés, dont les enseignes leaders ont adopté des politiques d'achat se rapprochant un peu plus de celles de la grande distribution alimentaire.

Face aux nombreux enjeux que pose le développement du secteur, les acteurs de la filière ont prévu de se rencontrer lors des Assises de la Bio le 14 novembre 2016