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Le bio, nouvelle victime des négociations commerciales

Amélie Dereuder - Pierre Christen |  28 Janvier 2019 | 

Selon le sondage du Synabio auprès de ses adhérents, 40 % des entreprises proposant des produits bio ont fait face à des demandes de baisses de prix, à l'issue des premiers rounds de négociation.

On la croyait préservée de la guerre des prix menée entre enseignes, pourtant la filière bio subit cette pression de plein fouet. C’est le constat que fait le Synabio, qui représente plus de 200 entreprises, dont trois-quarts de fabricants. Pour la première fois, ce réseau, présidé depuis octobre 2018 par Jean-Marc Lévêque, directeur développement durable de Triballat-Noyal, a mis en place un observatoire des négociations commerciales 2019. Le sondage a été effectué sur un échantillon d’une quarantaine d’entreprises, parmi les plus engagées en grande distribution.

La hausse des matières premières non prise en compte

Les résultats montrent que 28 % d’entre elles se sont vues réclamer une baisse de tarif avant toute discussion. A l’issue des premiers rounds de négociation, cet indicateur monte à 40 %. Alors même que 70 % des sociétés interrogées subissent une hausse des prix des matières premières. « Les distributeurs n'avaient pas à demander ces baisses, surtout une année où les conditions climatiques ont impacté quasiment toutes les productions", souligne le président du Synabio, qui en profite pour rappeler que les productions bio n'ont pas les solutions de fertilisation et de protection du conventionnel.

A cela s’ajoutent les pénalités imposées par les enseignes en cas de retard ou de rupture d’approvisionnement. Pour plus de la moitié des répondants, elles sont excessives et inadaptées. Selon le Synabio, en imposant aux fabricants un taux de service de 100 %, le plus souvent assorti de lourdes pénalités, les distributeurs font porter tout le risque du développement de l’offre bio sur les fabricants et les agriculteurs bio.

Le bio et le conventionnel logés à la même enseigne

Cet observatoire, une première pour le Synabio, a été organisé car "nos adhérents souffrent individuellement dans leurs relations avec la grande distribution", constate Jean-Marc Lévêque, avant de pointer le double discours des enseignes. D'un côté, les entreprises entendent les grandes ambitions des distributeurs pour leurs rayons bio. Leclerc entend doubler son chiffre d'affaires quand Carrefour envisage de le quadrupler. Et de l'autre, les mêmes entreprises doivent faire face à des demandes de tarif équivalentes au conventionnel. " Nous n’avons pas fait tout ce chemin pour retomber dans les travers du conventionnel et détruire de la valeur, nous voulons que les filières vivent, affirme-t-il avant de poursuivre : "quand on voit du lait bio, moins cher que du conventionnel, on pense aux producteurs qui risquent de perdre l'envie de s'engager, faute de valorisation. Et au consommateur qui ne va pas comprendre ce prix alors qu'il sait que les produits bio sont le fruit d’un engagement et de principes".

Le Synabio espère que les distributeurs vont entendre le signal d'alarme. "Notre démarche se veut efficace. Nous nous disons que c'est maintenant qu'il faut se faire entendre, car après il sera trop tard", souligne Jean-Marc Lévêque. Un message qui compte mobiliser toutes les enseignes, généralistes mais aussi spécialisées,et bien entendu les enseignes pionnières, adhérentes du Synabio (comme Biocoop, La Vie Claire et Naturalia). « Nous appelons la grande distribution à tenir compte des hausses des matières premières bio en accord avec les engagements pris lors des États généraux de l’alimentation. Comme Didier Guillaume, le Ministre de l’Agriculture, le rappelait encore avec force le 15 janvier dernier, il faut éviter pour la bio la guerre des prix qui a tant nui au secteur agroalimentaire français. »

La réaction de Michel-Edouard Leclerc

La seule réaction officielle provient de Michel-Edouard Leclerc sur son blog . Suite à l'alerte du Synabio, le distributeur a sollicité l'animateur de l'équipe bio chez E.Leclerc, Joseph Chauvet (E.Leclerc Aurillac). "Il m'a plutôt rassuré, les accords 2019 ont été trouvés avec 90 % des fournisseurs bio de l'enseigne (115 à date)" écrit-il, avant de citer le noms de quelques entreprises concernées (Nutrition & Santé ; Bjorg, Bonneterre & Cie; Léa Nature; Ethiquable; la filiale de Terrena Bodin Volailles ou encore la jeune société Hari&Co). Sans pour autant préciser la réalité des prix négociés dans ces accords...