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Le marché du bio a gagné 20 % en 2016

Pierre Christen |  27 Février 2017 | 

Les ventes en réseaux spécialisés ont augmenté de 25 % grâce à l'ouverture de nouveaux magasins et à la hausse de la fréquentation.

En amont du Salon de l'Agriculture, la filière bio donne de la voix à travers le bilan 2016 réalisé par l'Agence Bio, qui oeuvre au développement de l'agriculture bio en France. Une prise de parole en forme de cocorico tant ce marché respire la santé. Selon les estimations de l'Agence, les ventes en bio - tous circuits confondus - ont atteint 7 milliards d'euros en 2016, contre 5,759 Mds d'euros en 2015, soit une progression qualifiée d'"historique" de 20 %.

Le marché français se rapproche du leader allemand, encore loin devant, avec un niveau de ventes en valeur de 9,48 Mds d'euros en 2016, mais avec une croissance plus modérée (+9,9%). France et Allemagne devancent nettement l'Italie, le Royaume-Uni et la Suède, des marchés qui ne dépassent pas les 2 Mds d'euros et qui sont plutôt stables.

En France, selon le panéliste Iri, dans les grandes surfaces (hors hard-discount et e-commerce), les ventes de produits bio poids fixe (c'est à dire hors fruits et légumes) ont progressé de 18 %, avec une accélération dans les rayons épicerie salée et épicerie sucrée. La croissance du marché repose aussi sur le dynamisme des magasins spécialisés (Biocoop, La Vie Claire, …), dont l'augmentation moyenne des ventes est de l'ordre de 25 %. Un succès qui repose sur l'ouverture de nouveaux magasins et sur une hausse de la fréquentation.

Des consommateurs de plus en plus réguliers

Si l'on regarde dans le rétroviseur, il est légitime de constater que le bio a franchi un palier. En huit ans, le marché a progressé de 4,4 milliards d'euros, d'abord dans le sillage du Grenelle de l’Environnement, avant de s'installer comme une réponse à une attente de fond.Les consommateurs bio réguliers sont en effet de plus en plus nombreux. D'après le dernier sondage CSA commandé par l'Agence Bio, qui a livré ses résultats en janvier, 7 Français sur 10 disent consommer bio au moins une fois par mois, et 15 % au moins une fois par jour (+5 points en un an !). Pour mémoire, en 2003, lors de la première édition de ce baromètre, 46 % des Français déclaraient ne jamais consommer de bio !

Cette soif de bio ne semble pas assouvie. 73 % des Français interrogés déclarent vouloir davantage de produits bio en grandes et moyennes surfaces et 80 % dans les restaurants. Pour 2017, 3 Français sur 10 envisagent d'augmenter leur consommation de produits bio (contre 21 % en 2015), en particulier de fruits et légumes (59%), de viandes (boeuf et veau 46%, volaille 43%, porc, agneau et charcuterie 39%), mais aussi de poissons, coquillages et crustacés (36%) et d'oeufs (36%).

Les leviers de la santé et de l'environnement

Le levier santé reste toujours le premier moteur de l'achat bio, mais l'acte de consommation repose une prise de conscience environnementale accrue. 92 % des Français déclarent accorder de plus en plus d'importance à la préservation de l'environnement ou aux principes du développement durable dans leurs actes d'achat (contre 89 % en 2015 et 67 % en 2007).

Les Français ont noué une relation de confiance avec les produits bio. 83 % d'entre eux déclarent avoir confiance en ces produits. Le logo AB est reconnu par la quasi-totalité des Français, tandis que le logo européen bénéficie d'une meilleure reconnaissance : il est connu à 48 %, contre 37% en 2015.

L'enjeu de la structuration des filières

L'enjeu pour la filière reste la structuration des filières d'approvisionnement. Car la production agricole ne progresse pas au même rythme que la demande. Une situation qu'illustre par exemple les industriels de la charcuterie qui ont lancé un appel il y a un peu plus d'un mois . Le déséquilibre entre l'offre et la demande pourrait accroître les importations, mais aussi le différentiel de prix avec le conventionnel, qui ne s'est pas comblé, y compris en grande distribution. Comme le révélait début janvier nos confrères de Linéaires : en moyenne, un produit bio est vendu 64% plus cher que son équivalent conventionnel . Un constat qu'il convient de contextualiser toutefois, la guerre des prix se portant essentiellement sur des marques nationales, majoritairement en conventionnel, quand les enseignes font de la péréquation de marges sur le bio.

Concrètement, fin 2016, plus d'1,54 million d'hectares étaient consacrés à l'agriculture bio (dont un tiers en conversion), soit une augmentation de 16 % par rapport à 2015 correspondant à 32 326 fermes (7,3 % des fermes françaises), soit 12 % de producteurs bio en plus. Cela correspond à 5,7 % du territoire agricole. A comparer aux surfaces engagées en Italie (1,49 Mds ha) et en Espagne (1,96 Mds ha), deux grands exportateurs de produits bio.

Du côté de la production, l'équilibre reste donc fragile. La FNAB (Fédération nationale d'agriculture biologique) profite du salon de l'Agriculture pour alerter une nouvelle fois sur les retards de versements de certaines aides. En cause : un système de gouvernance bipartite Etat et régions défaillant et une sous-évaluation du nombre d'exploitations en conversion.

* Etude menée par CSA Research du 15 au 25 novembre 2016 auprès d'un échantillon représentatif de 1002 Français âgés de 18 ans et plus, constitué d'après la méthode des quotas.