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Le ministère de l'Agriculture qualifie la campagne de Leclerc de "fake news"

Karine Ermenier |  18 Juin 2018 | 

Dans sa campagne, Leclerc fait référence à une étude réalisée par Analysis Group qui indique que « l'augmentation de 10 % des prix coûtera plus de 1,7 milliard d'euros aux Français sans bénéficier aux agriculteurs. » Phrase que le ministère de l’Agriculture corrige en précisant, à juste titre, qu’il ne s’agit pas d’augmenter de 10 % les prix, mais de rééquilibrer les marges des distributeurs au profit des agriculteurs français.

Fake news. Voilà une expression largement médiatisée depuis l'accession de Donald Trump à la présidence des États-Unis et qui s'installe petit à petit dans le vocabulaire français. Ces derniers jours, le ministre de l'Agriculture Stéphane Travert ne s'est pas privé de l'utiliser pour qualifier - et c'est une première - une campagne de communication du groupe E.Leclerc portant sur les Etats Généraux de l'Alimentation. Sur son compte Twitter, le ministère a détourné cette publicité en rayant au crayon rouge et en corrigeant ce qu'il estimait être faux.

Dans sa campagne, Leclerc fait référence à une étude réalisée par Analysis Group qui indique que l'augmentation du seuil de revente à perte de 10 %, prévue par la loi Alimentation adoptée récemment à l'Assemblée Nationale, aurait "pour double effet d'augmenter le prix de revente de certaines denrées alimentaires, réduisant ainsi le pouvoir d'achat des consommateurs, et de baisser le prix d'achat de certains produits, réduisant ainsi directement la marge des fournisseurs et notamment des agriculteurs." Ce que l'enseigne traduit par une phrase choc : "C'est confirmé, une augmentation de 10 % des prix coûtera plus de 1,7 milliard d'euros aux Français sans bénéficier aux agriculteurs." Il n'en fallait pas plus pour que le ministère de l'Agriculture voit rouge. Et c'est en rouge qu'il rétorque sur la version détournée : "Ne pas confondre prix de vente en magasin et marges du distributeur !", ou encore "Certains veulent juste continuer à faire du profit sur la guerre des prix qui ruine nos producteurs et nos éleveurs", ou encore "seul le distributeur est responsable du prix proposé au consommateur".

Au lendemain de cette parution, et dans un tout autre registre, le ministère de l'économie et des finances a assigné le Galec, la centrale d'achat du groupe Leclerc, devant le tribunal de commerce de Paris pour avoir imposé des remises qu'il considère comme "illégales" à ses fournisseurs, lui réclamant le paiement de 108 millions d'euros (25 millions d'euros d'amende civile et 83 millions d'euros pour la restitution aux industriels des sommes indûment perçues). Il n'en fallait pas davantage à Michel-Edouard Leclerc pour lier les deux affaires, comme il le signale sur son blog : "on se demandait quand l’administration allait dégainer. Appelé au secours par la rue de Varennes qui n’apprécie pas la dernière pub d’E.Leclerc sur le chiffrage de la hausse des prix suite aux États Généraux de l'Alimentation, Bercy rend publique l’une des assignations qu’il avait conservée en réserve depuis 3 mois !". "Mais les plus avisés observeront que cette assignation révèle que si E.Leclerc vend moins cher, il n’a pas toujours les meilleurs conditions d’achat. Quoi qu’il en soit, et même si on a mal fait, on changera et on restera le moins cher", ajoute-t-il. Les Etats Généraux de l'Alimentation avaient laissé une impression de consensus sur la nécessité du juste partage de la valeur tout au long de la filière. Cet état d'esprit semble déjà bien loin ...