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Les Français séduits par le retour aux racines

Pierre Christen |  31 Mars 2014 | 

Comparativement à leurs homologues allemands, russes, japonais ou américains, les consommateurs français se révèlent plus conservateurs dans leurs pratiques alimentaires. © Lsantilli - Fotolia.com

Quelles seront les priorités futures des mangeurs ? En amont du congrès Goût-Nutrition-Santé, qui se tiendra à Dijon le vendredi 04 avril, le pôle de compétitivité Vitagora nous a transmis les premières conclusions d’une étude Ipsos sur les tendances plaisir et santé qui deviendront incontournables d’ici à 2020.

« Cette étude prospective s’inscrit dans notre volonté d’accompagner plus étroitement les PME agroalimentaires dans la recherche des opportunités de prise de marché, y compris à l’international », affirme Christophe Breuillet, directeur du pôle de compétitivité. L'étude qui sera présentée vendredi se focalise sur cinq pays, identifiés comme des zones stratégiques par les adhérents du pôle : Japon, Russie, Allemagne, France et Etats-Unis.

Trois groupes de tendances ont été testés par des sondages portant sur 1000 consommateurs par pays : nutrition-santé, goût-plaisir-gastronomie et réconciliation plaisir-santé. Il apparaît que c’est ce troisième groupe qui séduit le plus les consommateurs de tous pays.

L’élément clef est que comparativement à leurs homologues allemands, russes, japonais ou américains, les consommateurs français se révèlent plus conservateurs dans leurs pratiques alimentaires. Ils obtiennent systématiquement des scores d'acceptation plus faibles à la plupart des tendances nouvelles présentées. Les règles intangibles : trois repas par jour, préférence aux produits locaux et aux aliments naturels, réticence face à l’alimentation enrichie ou fonctionnelle.

Faut-il pour autant conclure que les Français sont réfractaires à l’innovation ? Pas exactement. C’est vrai que certaines pratiques n’ont aucune chance de percer ou alors plus lentement qu’ailleurs. En revanche, d’autres tendances recueillent un écho favorable, car elles font écho au traditionalisme ou à la naturalité. C’est le cas notamment du « retour aux racines » à la croissance plus forte en France qu’ailleurs.

Le retour aux racines

"Cette tendance ne concerne pas seulement le locavorisme, c’est plus complexe. Elle intègre par exemple les nouvelles pratiques d’agroécologie ou encore le retour au savoir-faire d’antan. Elle s’exprime dans tous les pays, mais plus fortement en France", détaille Christophe Breuillet. Circuits courts, goût pour les cultures locales, l’authentique et le naturel sont donc des arguments qui devraient convaincre encore plus au cours des cinq prochaines années. Davantage que le bio, c’est donc le local qui l’emporte, car il est associé à de nombreux bénéfices perçus : un meilleur goût, plus de proximité avec les producteurs et un soutien au tissu local.

Si l’on parle beaucoup d’innovation pour sortir l’agroalimentaire de l’ornière de la banalisation, il n’en reste pas moins que l’introduction de nouvelles pratiques reste un défi dans l’Hexagone. "Cela pourrait rendre les PME frileuses, mais cela nous incite au contraire à les encourager à aller chercher les points de croissance là où ils sont", affirme Christophe Breuillet. C'est-à-dire à l'export.

L’étude Ipsos montre par exemple que, quel que soit le pays, les consommateurs sont de plus en plus soucieux de leur apparence. D’où un rôle à jouer pour la nutricosmétique. « C’est vrai qu’il y a eu des échecs cuisants en France, mais il suffit de prendre un point de part de marché au Japon sur ce segment pour générer des ventes significatives. D’autant que la France a une légitimité en agroalimentaire mais aussi en cosmétique. L’alliance des deux est une carte jouer ».

Le message de Vitagora est clair : chaque pays étudié est foncièrement différent dans son approche alimentaire, mais chacun peut permettre d’aller chercher des points de croissance.