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Evénement

Meet’in Agro 2018 : les quatre enseignements à retenir

Karine Ermenier |  10 Décembre 2018 | 

En introduction du colloque Meet’in Agro 2018, Sébastien Gillet, directeur des salons professionnels de GL Events, dont le CFIA, a rappelé, aux côtés de Pierre Christen, rédacteur en chef de Process Alimentaire, l’ambition de ces rencontres de l'agroalimentaire : s’extraire pendant une journée des usines pour un temps d’échanges et de réflexion entre acteurs de l’industrie agroalimentaire.

« Il était naturel que le salon numéro un de l’agroalimentaire s’associe au numéro un de la presse professionnelle du secteur pour créer cet événement ». En introduction du colloque Meet’in Agro 2018, Sébastien Gillet, directeur des salons professionnels de GL Events, dont le CFIA, a rappelé, aux côtés de Pierre Christen, rédacteur en chef de Process Alimentaire, l’ambition de ces rencontres de l'agroalimentaire : s’extraire pendant une journée des usines pour un temps d’échanges et de réflexion entre acteurs de l’industrie agroalimentaire. Plus de 130 industriels et fournisseurs ont répondu présents le 6 décembre dernier à cette première édition sponsorisée par le cabinet d'ingénierie Essor Agro et l'éditeur de logiciels Infologic. Dans le salon d'honneur du Palais Brongniart, les échanges ont été nourris. Et ce, sur chacun des thèmes abordés.

Les jeunes recrues cherchent du sens

Céline Raffard (Quaternaire), Sylvain Pineau (Boncolac) et Joël Kautzmann (Le Coq Noir), ont évoqué plusieurs pistes concrètes pour améliorer l'attractivité de l'industrie agroalimentaire, fidéliser les salariés et les faire monter en compétences.

«36 % des entreprises agroalimentaires se disent en croissance et prévoient de recruter. Mais 46 % affirment avoir des difficultés à recruter. Dans ce contexte, l’image employeur n’est plus une option, a affirmé Céline Raffard, directrice associée du cabinet Quaternaire, en préambule de la séquence sur la place de l’Homme dans l’usine. Il ne faut pas mollir sur le développement des compétences et il faut surtout donner du sens. Car les jeunes ne viennent pas seulement chercher un salaire. Mettez-y les moyens, ils vous le rendront bien ! » Face aux difficultés de recrutement et au turn-over des équipes, Sylvain Pineau, directeur de Boncolac (groupe Sodiaal) a expliqué à l’assemblée qu’il fallait « revenir aux basiques. La montée en compétences doit venir des gens de terrain et de leur envie de bien faire et d’être fier ! » L’ancien cadre de chez Danone n’a d’ailleurs pas hésité à arrêter son usine une journée entière pour que, collectivement, tout le personnel se penche sur une question : « qu’est-ce qu’on veut faire de cette usine ? »

De son côté, Joël Kautzmann, p-dg du Coq Noir, a exposé comment il a mis fin au turn-over dans son entreprise de 20 salariés : via le recours à un groupement d’employeurs, près d’Avignon, auquel font aussi appel Mc Cormick, LDC Agis, Liebig, etc. « Avec cette structure, pas besoin de service RH, pas besoin de cabinet de recrutement. Nous montons des formations adaptées à nos besoins et partageons des techniciens de maintenance ou des saisonniers », a expliqué le dirigeant.

La neutralité carbone des sites viendra d’un patchwork de solutions

Entre le photovoltaïque, l’éolien, la pompe à chaleur, le solaire thermique, la chaudière biomasse, le biogaz, que choisir pour avoir la bonne quantité d’énergie au bon endroit ? Jean-Christophe Tourel, responsable de projets Key Programm Industry 4.0 d’Engie, a apporté son analyse et même évoqué le potentiel de l’hydrogène. Une stratégie illustrée par deux témoins industriels en pointe en matière d’énergies vertes : Thierry Bourgeois, directeur industriel de Léa Nature et Jean-Marc Lévêque, responsable développement durable de Triballat-Noyal. « L’agroalimentaire consomme beaucoup d’énergie, entre l’amont agricole et la transformation. Nous avons donc une grosse responsabilité à réduire notre impact », a déclaré Jean-Marc Lévêque qui a expliqué comment le groupe familial breton allait faire pour atteindre la neutralité carbone sur son activité végétale (Sojasun) d’ici 2020. Du côté de Léa Nature, l’expérimentation est de mise : biodisques pour le traitement des eaux usées de son usine de cosmétiques, puits canadien, etc. Face à tant d’initiatives, l’assemblée a été conquise.

La diversification des productions peut se faire à performances égales

Olivier Guilbaud (Laboratoire Science & Nature), Arnaud Clairet (Fleury Michon), Gilles Gomila (Omron) et François Calvignac (Cap Gemini) ont partagé leur vision de l'usine agile.

Aux côtés de Gilles Gomila, responsable intégrateurs d’Omron et de François Calvignac, expert en digital manufacturing de CapGemini, deux industriels témoins ont confirmé un fait : la production doit se flexibiliser pour répondre à la multiplication des séries. Face à cela, les architectures informatiques et l’organisation des flux doivent être modulaires. Mais avant de se lancer dans des systèmes complexes de remontées et de traitement de l’information, le bon sens doit l’emporter : avec la surveillance des process existants pour repérer où se trouvent les goulots d’étranglement, la maîtrise des changements de formats, etc. Ensuite, toutes les productions ne se plient pas aux mêmes exigences : « nous conservons des process continus en ligne pour les grosses références mais nous entamons des réflexions sur l’organisation en îlots », a précisé Arnaud Clairet, responsable industrialisation de Fleury Michon pour illustrer le travail d’expérimentation mené dans le cadre de leur programme Industrie du Futur.

La technologie doit converger avec l’humain

Jacques Renault (Funaé), Gabriel Krapf (groupe Avril) et Hugues de Carville (Bonduelle) ont partagé leur vision de l'usine connectée, humaine avant tout.

La séquence « digitale » de la journée a fait autant la part belle à l’humain qu’à la technologie. « On ne peut pas savoir avant d’avoir appris, ceci est vrai pour les humains comme pour les machines », a déclaré en introduction l’expert Jacques Renault, fondateur de Funae. Notamment pour introduire les notions d’analyse prédictive et d’intelligence artificielle. « L’Homme va devoir apprendre à la machine pour que celle-ci mette en équation ce que l’Homme fait par habitude », explique-t-il. Hugues de Carville, Industrial IT Manager de Bonduelle et Gabriel Krapf, directeur du développement industriel et international du groupe Avril, ont illustré ce constat avec les outils qu’ils ont eux-mêmes mis en place pour remonter les données en temps réel et les rendre accessibles et compréhensibles aux opérateurs dans une optique d’amélioration continue des performances. Tous ont reconnu que la digitalisation de l’entreprise exigeait un « engagement fort de la direction générale ». A bons entendeurs !

L'événement Meet'in Agro s'est conclu par les interventions remarquées de Stéphane Layani, p-dg du marché international de Rungis qui a lancé sa propre market place et de de Cyril Grira, directeur Retail & Omnichannel de Google France. Avant que Luc Ferry, philosophe et ancien Ministre de l'Education nationale, ne clôture cette journée en dressant un portrait du potentiel de l'intelligence artificielle : dans l'économie collaborative, la révolution de la mobilité et les biotechnologies. Saisissant !

Luc Ferry, écrivain et philosophe, ancien ministre de l'Education Nationale, de la Jeunesse et de la Recherche.