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Mobilisation internationale pour les indications géographiques

Laurence Haxaire |  28 Mai 2013 | 

Faire exister et protéger durablement le local dans le global : tel était le sujet de la conférence internationale sur les « enjeux des indications géographiques au XXIème siècle » à Bordeaux mardi dernier.

Les Assises mondiales de l’origine ont suivi le 21 mai l’assemblée générale de l’Organisation pour un Réseau International d’Indications Géographiques (OriGIN) et de l’Association des Régions Européennes et des Produits d’Origine (AREPO). 300 congressistes se sont interrogés sur la mise en place d'une coopération internationale tendant à renforcer la protection des indications géographiques (IG). Ces IG relient le consommateur au territoire d'origine de son produit, l’impliquant ainsi activement dans la mise en valeur agricole. Ramon Gonzales Figueroa, président d’oriGIn, déclare : « afin que chacun retrouve sa légitimité, il devient urgent de lutter contre la contrefaçon ». L'outil pour cela serait une concurrence loyale entre tous les systèmes, une protection mutuelle de chaque pays pour ses produits, mais aussi pour les produits des autres pays. Les Assises ont donné certaines illustrations concrètes, comme la Fédération des producteurs de café de Colombie, représentée par Luis Fernando Samper, venue parler de sa nouvelle base de données scientifiques obtenue par spectrométrie infra-rouge pour prouver l'origine colombienne du café : « un outil de garantie, mais aussi de traçabilité, pour renforcer notre IG ».

Une ambition pour l'humanité

« Plus qu'une conception de l’agriculture, la défense et la promotion du lien entre produit et territoire doit être une ambition pour l'humanité », affirme Stéphane Le Foll, Ministre de l'Agriculture. Il annonce la mise en place pour le mois de juillet d'un cahier des charges « Viande de France ». « Les produits de qualité disposant d’un ancrage territorial fort constituent des emblèmes de l’Europe, autant que des moteurs pour l’économie de nos territoires. Ce patrimoine doit être défendu avec force au sein des instances de régulation du commerce mondial, dans le cadre des accords multilatéraux et bilatéraux », explique-t-il.

Saluant le travail de l’Union européenne dans ce domaine, le Ministre a souligné l’importance de la protection des IG dans les négociations à venir envers les États Unis, dans le cadre du prochain accord de libre-échange. « Les IG représentent un intérêt offensif de premier plan pour l’UE, et leur exclusion de l’accord constituerait à la fois un renoncement majeur et un précédent très préjudiciable dans le cadre d’autres négociations bilatérales à venir ». Présent également lors de ces Assises, Patrick J Kole, vice-président de l'Idaho Potato Commission, a expliqué qu'aux Etats-Unis, un débat académique sur la question était engagé, limité toutefois par la faible participation des producteurs au regard des grands groupes de transformateurs et de distributeurs : « mais les IG sont un enjeux fondamental pour lequel nous avons besoin de la considération du gouvernement américain : il nous a ainsi fallu agir récemment en Turquie, où la marque Idaho venait d'être déposée... ».

Trouver une cohérence globale

En clôture de des Assises Mondiales et Européennes de l’Origine, Dominique Graciet, président de la Chambre Régionale d’Agriculture d’Aquitaine, a résumé : « nous avons trois grands piliers à défendre : le militantisme des producteurs, notre volonté politique, qui contribue à faire vivre l’initiative, et une organisation économique puissante. Il nous faut porter nos valeurs, notre patrimoine, dans ce monde globalisé. Car qui connaîtrait Bayonne sans son jambon, Cognac sans son Cognac, ou Bordeaux sans son vin ? Le local existe dans le global ».