La conférence finale du programme européen Co-Extra a clôturé quatre ans de recherche sur la coexistence des filières OGM et non-OGM et sur la traçabilité des OGM dans l’alimentation animale et humaine.
L’importance d’assurer ses approvisionnements
Le programme de recherche a mis en place des outils permettant d’assurer, de la fourche à la fourchette, la traçabilité des produits issus des filières OGM, non-OGM et biologique. Face à des consommateurs français réticents vis-à-vis des cultures OGM, il est important pour le transformateur d’assurer ses approvisionnements. Actuellement le seuil d’étiquetage « sans OGM » en Europe tolère une présence fortuite jusqu’à 0,9% dans les produits finis. Mais dans les faits, Co-Extra a montré que le seuil utilisé était généralement autour de 0,1%, notamment pour se protéger des incertitudes d’échantillonnages et d’analyses.
Empêcher les disséminations involontaires
Avec l’augmentation des surfaces d’OGM cultivées (+10% dans le monde en 2008 selon le dernier rapport de l’Isaa*), de nombreux incidents de dissémination involontaire d’OGM ont pu être constatés ces dernières années. Des outils de bioconfinements des cultures OGM existent déjà, comme la stérilité des pieds de maïs mâle ou la cléistogamie chez le colza (les fleurs ne s’ouvrent pas), qui permettraient de limiter la diffusion du pollen. Mais le rapport Co-Extra souligne que ces techniques ne font que limiter ou diminuer ces flux de pollen et que dans les « cas où la transmission du pollen doit être totalement éliminée, l’addition d’autres méthodes de bioconfinement serait nécessaire pour réduire la pollinisation croisée résiduelle. » Des études de la dispersion du pollen sur longues distances ont permis le développement de modèles mathématiques. Les principaux pays producteurs hors-UE disposent de grands espaces agricoles, où ils ont pu mettre en place des ségrégations et une traçabilité efficace. Mais ce n’est pas forcément le cas en UE, où si les OGM se développaient, la coexistence ne serait possible « qu’en employant des distances d’isolements importantes ou des zones de productions dédiées ». En clair, des zones dédiées entièrement à un type de culture, ce qui pourrait être à l’origine de surcoûts et surtout de difficultés techniques.
Des échantillons représentatifs
L’élaboration de modèles d’échantillonnage a constitué un objectif important de Co-Extra, notamment par le développement de logiciels dédiés à l’assistance dans les plans de contrôle. Les contaminations par OGM ne sont pas distribuées de façon homogène dans une cargaison de plusieurs milliers de tonnes par exemple. L’analyse d’échantillons non représentatifs pourrait conduire à de mauvaises décisions, coûteuses au final. En examinant plusieurs séries de résultats de mesure de teneur en OGM dans de la farine par PCR, il a été mis en évidence qu’une transformation log-normale des résultats obtenus étaient nécessaires pour obtenir une valeur plus proche de la réalité, sans les incertitudes de mesures. En général, on a donc pour le seuil d’étiquetage légal de 0,9% ; des résultats analytiques qui devront être inférieurs à 0,45% pour prouver la non-conformité. Ceci explique entre autre le seuil des 0,1% utilisé par les professionnels.
séparation des filières : un surcoût
Actuellement les OGM cultivés ou importés en Europe sont presque entièrement transformés pour l’alimentation animale. Mais dans l’optique où cette filière pourrait se développer en Europe, il faudrait organiser des stratégies permettant de préserver la liberté de choix tant des producteurs que des consommateurs. L’organisation des sites de productions (lignes dédiées, sites dédiés et spécialisation temporelles des lignes) peut être envisagée à la manière de ce qui se fait déjà pour gérer les allergènes, ou produire des aliments « bio ». Le rapport souligne que « d’une manière générale, la ségrégation des filières apparaît techniquement jouable. »
Assurer une séparation des filières entraînerait un surcoût pouvant aller jusqu’à 13%, lié aux conditions de cultures, de stockages ou encore aux systèmes de surveillances mis en place. Comme le soulignait Yves Bertheau, directeur de recherche à l’Inra et coordinateur du projet, dans notre numéro de mars : « la majorité des entreprises européennes ne sont pas prêtes à faire coexister des filières OGM et non OGM. Elles ne travaillent actuellement que sur des flux non OGM. La coexistence demandera de pouvoir gérer plusieurs flux d’approvisionnement et d’avoir les capacités de les accueillir sur les lieux de transformation avec une spécialisation temporelle ou spatiale. »
| Tout l’enjeu du projet Co-Extra est de trouver les solutions pour permettre la coexistence des cultures OGM et conventionnelles et ainsi autoriser les agriculteurs à produire le type de produits qu’ils souhaitent, tout en conservant la liberté de choix du consommateur. Avec 51 partenaires issus de 18 pays, d'Europe mais aussi de Russie, du Brésil et d'Argentine, Co-Extra est un projet de presque 5 ans doté d’un budget de 22 millions d’euros, qui a réuni plus de 200 scientifiques et leurs équipes. Les conclusions ont été présentées par l’Inra au début du mois de juin. |
| "Filières OGM/non OGM. Une coexistence sous conditions." Process alimentaire, mars 2009, page 8. |
