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Pilotage de l'innovation : où vous situez-vous ?

Pierre Christen |  4 Décembre 2017 | 

Lors de son colloque annuel, jeudi dernier à Pacé (35), le pôle de compétitivité Valorial a présenté en avant-première une partie des résultats de la seconde édition de son baromètre de l’innovation, réalisé en partenariat avec KPMG. Cette enquête sur les process d'innovation montre la diversité des pratiques. Elle est le fruit d’entretiens qualitatifs menés avec des dirigeants d’une soixantaine d’entreprises du Grand Ouest, de toutes tailles. Ces résultats offrent la possibilité de se benchmarker. Le colloque a aussi donné la parole à des grands témoins dans l'idée de repérer les bonnes pratiques. A l’instar de Christelle Héno, responsable marketing de Plastobreiz, de Gilles Bocabeille, p-dg de Soréal, ou encore Laurent Pasquier, co-fondateur de la marque "C’est qui le patron ?", qui bâtit ses cahiers des charges sur la base de questionnaires consommateurs. « La journée a interpellé l’ensemble des acteurs de la chaîne agroalimentaire sensibles à ces changements profonds, à l’innovation collaborative et à la co-création, comme j’ai moi-même été interpellé en tant que chef d’entreprise », souligne Pierre Weill, président du pôle.

Voici une partie des résultats en avant-première. L'étude intégrale sera dévoilée début janvier 2018.

Quelle stratégie d’innovation ?

D'après le baromètre, beaucoup d'entreprises placent l'innovation au coeur de leur stratégie. Jean-Luc Perrot, directeur de Valorial, fait le constat d'une prise de conscience de plus en plus affirmée. Mais selon quelles modalités ? Le pôle a décidé d'introduire la nouvelle notion de needseeker, qui consiste à ne pas attendre le consommateur, mais à anticiper son besoin. "C'est la stratégie qui permet d'être le plus en contact avec le consommateur", affirme Jean-Luc Perrot. Mais une stratégie risquée, le plus souvent portée par un visionnaire, mais pour laquelle les entreprises recherches des méthodes. "Nous incitons les entreprises à s'intéresser à ces stratégies de needseeker, qui peuvent venir compléter l'innovation incrémentale, qu'il ne faut bien sûr pas abandonner', précise-t-il. Voici les trois types de stratégie à l’œuvre, la proportion d'entreprises qui s'y reconnaissent, et un verbatim l'illustrant.

  • - Technology Driver : 18 %. « La différenciation de l’entreprise a été créée par la technologie, et après on a poussé le produit »
  • - Market reader : 74 %. « On va vers des choses qui marchent, on fait ce que le client nous demande »
  • - Needseeker : 8 %. « Les gens ne savent pas ce qu’ils veulent tant qu’ils ne l’ont pas sous les yeux. Voilà pourquoi je ne m’appuie jamais sur des études de marché. Notre tâche est de lire ce qui n’est pas encore écrit sur la page » (Steve Jobs)

Quel typologie d’entreprises ?

Les 60 entretiens qualitatifs ont conduit les entreprises interrogées à se positionner selon son rapport à l'innovation. Parmi les quatre typologies proposées, la plus aboutie est celle des échappés performants, qui ont clarifié leur stratégie, l'ont aligné avec leurs pratiques et en tirent des résultats. Les investisseurs enthousiastes s'en rapprochent, mais ne récoltent pas encore les fruits de sa politique d'innovation. "Globalement, les entreprises ont la sensation d'avoir bien clarifié leur stratégie, mais dans la pratique ont parfois du mal à embarquer tous les salariés", pointe Jean-Luc Perrot.

  • Pragmatique fonceur : 32 %
  • Échappé performant : 30 %
  • Distancé non résigné : 7 %
  • Investisseur enthousiaste : 31 %

Quelle maîtrise du processus d'innovation ?

Lors des entretiens qualitatifs, les entreprises ont évalué leur maîtrise des 5 étapes qui jalonnent un processus d'innovation. Il apparaît que les étapes de développement et d'industrialisation sont les mieux maîtrisées, même si les industriels cherchent à les optimiser en termes de temps et de coût. L'étape la moins maîtrisée est la mise en marché. Les entreprises interrogées pointent leurs difficultés à évaluer la satisfaction des consommateurs, notamment du fait du rôle d'intermédiaire joué par la grande distribution. Autre difficulté : la promotion des valeurs de la marque et de l'entreprise. Seconde étape moins bien maîtrisée : le choix des concepts. "Les entreprises ne manquent pas d'idées. Elles en ont même trop ! Ce qui crée un engorgement qui nuit à la suite du process, analyse Jean-Luc Perrot. Il poursuit : "Il y a une vraie problématique de priorisation. Une situation qui pourrait être liée à la maîtrise de l'étape 1 de la genèse des idées, qui est une fausse maîtrise".

  • Genèse des idées : 3,3 / 5
  • Choix des concepts : 3/5
  • Développement : 3,5 / 5
  • Industrialisation : 3,3 / 5
  • Mise en marché 3,1 / 5