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Présidentielle 2012 : les projets des candidats concernant l’agroalimentaire

Rémi Pin |  10 Avril 2012 | 

Six candidats sur les dix ont adressé leurs réponses à l’association représentant les industriels de l’agroalimentaire.

Outre de médiatiques visites au salon de l’agriculture et une série de polémiques sur la nourriture halal, les dix candidats à l’investiture présidentielle se sont peu exprimés sur les thèmes de l’agroalimentaire français. L’Ania a donc adressé aux dix candidats un questionnaire « centré sur les principales questions sectorielles auxquelles sont confrontées les entreprises de l’alimentaire » : compétitivité des PME, taxes nutritionnelles, volatilité des matières premières, prix et pouvoir d’achat, négociations commerciales, export, OGM… Six candidats ont adressé leurs réponses à l’association représentant les industriels de l’agroalimentaire. Processalimentaire.com a fait la synthèse des réponses sur trois thèmes qui font l’actualité : les taxes nutritionnelles, la TVA sur les produits alimentaires, et les négociations commerciales.

La mise en place de taxes nutritionnelles

Après la taxe sur les boissons sucrées et édulcorées, Nicolas Sarkozy n’envisage pas de nouvelles mesures dans ce sens. « Je n’oublie pas que les produits consommés en France sont à 80% produits en France et qu’ils contribuent à notre croissance, déclare le président-candidat. Je considère donc qu’il n’est pas question d’aller plus loin dans la taxation nutritionnelle ». Eva Joly est la seule à envisager clairement un système de taxes plus contraignant. « J’appliquerai le principe "pollueur payeur" de la fiscalité écologique qui permet de répercuter sur l’industriel les coûts de ses produits sur la santé et l'environnement écologique, social et économique », annonce la candidate d’EELV. Tous les autres candidats excluent la création de nouvelles taxes. « Les taxes dissuasives et les interdictions de publicité pour les produits alimentaires auprès de certains publics n’ont pas démontré leur efficacité », explique François Bayrou. Le candidat du Modem souhaite privilégier l’éducation et la prévention, « les instruments les plus efficaces pour modifier les comportements individuels ». Même position pour François Hollande, qui défend parallèlement une « politique de réduction de sel, de sucres et de certaines graisses saturées dans les produits industriels », qui « devra fixer des objectifs chiffrés et un calendrier précis comme le préconise le rapport sur l’obésité de l’Office Parlementaire des Choix Scientifiques ».

Quelle TVA pour l’agroalimentaire ?

Pour tous les candidats ayant répondu, les produits alimentaires sont des produits de première nécessité, et une fiscalité réduite doit s’appliquer. Mais des nuances existent selon les candidats. Jean-Luc Mélenchon, tout comme Nicolas Sarkozy et François Hollande ne remettent pas en cause la TVA à 5,5% pour les produits alimentaires. Marine Le Pen souhaite également conserver ce taux mais en privilégiant « les produits fabriqués en France ». La TVA sur les produits alimentaires serait bousculée dans l’hypothèse d’une victoire de la candidate d’EELV. Eva Joly ambitionne une taxe sur les produits « au vu de leur impact et de leur coût sur la santé » et envisage de mettre en place des taux « ultra-réduits » pour « les produits insuffisamment consommés au regard de leur bénéfice ». De son côté, François Bayrou juge irréalisable la TVA à 5,5%, « compte tenu de l’état de nos finances publiques et des règles européennes ».

Quel avenir pour la Loi de modernisation de l’économie ?

Alors que les négociations commerciales et l’application de la LME donnent souvent lieu à un bras de fer entre distributeurs et fournisseurs, Nicolas Sarkozy défend son bilan et qualifie la LME de « grande avancée » pour « assurer des relations commerciales plus équilibrées entre les distributeurs ». Le candidat de l’UMP se félicite d’une loi qui a permis d’ « augmenter le pouvoir d’achat des consommateurs » et de diminuer le recours aux marges arrières. Pour tous les autres candidats, la LME sera modifiée voire abrogée en cas de victoire au second tour. Marine Le Pen qualifie la loi de 2008 de « leurre » et fait de la réintroduction de la concurrence entre distributeurs, « une priorité absolue ». La candidate du Front National souhaite également « interdire les marges arrières ». Pour le Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon s’exprime en faveur de règles contraignantes. « L’IAA devra disposer d’obligations plus strictes pour prendre en compte les coûts de production des matières premières, précise le Front de Gauche. Une nouvelle loi pourra être envisagée à cet effet afin de compenser les insuffisances criantes de la LME ». Pour le socialiste François Hollande, « la loi de modernisation de l’économie a clairement pris le parti de favoriser les distributeurs au détriment des PME-PMI. Il faudra y revenir en cherchant un meilleur équilibre ». Eva Joly souhaite de son côté « favoriser les circuits courts » et instaurer plus d’« équilibre des rapports de négociation en fonction des pouvoirs des marchés ».

Pas de Ministère de l’Alimentation.

La mise en place d’un ministère en charge structurellement de l’alimentation, une proposition souhaitée de longue date par l’Ania, n’est au programme d’aucun des candidats. Mais les six ayant répondu s’accordent sur un point, la nécessité d’équilibrer les pouvoirs de force, et d’instaurer des rapports plus justes entre tous les maillons de la chaîne alimentaire, agriculteurs, industriels, distributeurs, et consommateurs.

Pour aller plus loin :

L’agroalimentaire dans la présidentielle 2012, le site de l’Ania

Le questionnaire de l’Ania et les réponses des six candidats sont consultables sur le site : http://www.ania-presidentielles2012.fr/.

« A travers cette plateforme d’information, nous souhaitons transmettre en toute transparence à nos adhérents, aux entreprises du secteur, et aux consommateurs-électeurs, toutes les informations liées à l’alimentation dans le cadre de la campagne électorale et législative de 2012, explique Jean-René Buisson, le président de l’Ania. A un moment critique de notre histoire économique, la politique impulsée par le futur Président de la République au cours de la période 2012 – 2017 est en effet essentielle pour l’avenir de notre secteur ». C’est la première fois que le secteur se positionne de cette manière dans une campagne présidentielle.