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Prix du lait : la nouvelle donne mondiale

S. Perraut |  12 Décembre 2016 | 

A l'échelle mondiale, la production de lait est en baisse sur le second semestre 2016. (crédit : Fotolia_279photo)

Après deux ans de surproduction, la production laitière mondiale connaît une baisse historique. C'est la conséquence de la chute des prix du lait à des niveaux difficilement supportables pour les éleveurs. « Au creux du cycle, le prix est passé sous la barre des 20 centimes par litre dans certaines régions européennes, comme dans le Nord de l'Allemagne par exemple », illustre Gérard Calbrix, directeur économique d'Atla (Association de la transformation laitière française). En panne de trésorerie, les producteurs de lait se sont vus dans l'obligation de réduire leur cheptel, par vente ou abattage, faute de pouvoir acheter de l'aliment. « Au niveau européen, en octobre 2016, la production a baissé de 400 millions de litres comparé à octobre 2015. En septembre 2016, elle était de 300 millions de litres inférieure à celle de septembre 2015. », poursuit-il.

Une baisse de la production mondiale

En dehors des Etats-Unis, toutes les grandes zones laitières sont touchées. Les volumes de lait produits sont en net recul, la tendance s'accentuant même au fil des mois du fait de difficultés climatiques qui affectent la production des pâturages et des fourrages. Or, de mauvaises récoltes de fourrage en quantité et en qualité baissent le rendement par vache. La Nouvelle-Zélande a fait face en octobre, son mois-clé, à une baisse de production de 5 à 6 % par rapport à octobre 2015. En Australie, la baisse est de 10 % et elle atteint 20 % pendant les cinq derniers mois en Argentine.

Des prix en hausse sur les commodités

Ainsi, depuis juin 2016, le marché laitier mondial et européen connaît un retournement brutal et devient même déficitaire en matière grasse. Une hausse rapide et de grande amplitude des cotations se produit depuis l'été 2016, en particulier pour le beurre et les fromages. Le beurre est passé de 2500 €/t en avril à 4000 voire 4500 €/t aujourd'hui. Le gouda suit la même tendance. Il est passé de 1800 €/t en avril à 4300 €/t en octobre.

Le revirement est moindre pour la poudre de lait écrémée, notamment du fait de la présence de stocks importants au niveau européen. Pendant la période de surproduction, l'Union Européenne a en effet procédé à des achats à l'intervention pour libérer du marché les excédents. Fin novembre 2016, 350 000 tonnes étaient ainsi stockées, ce qui représente quatre milliards de litres de lait. 21 000 tonnes sont libérées en décembre 2016 par adjudication. Du fait de sa durée de stockage d'environ un an, cette poudre, achetée à 1700 €/t, ne répond plus aux cahiers des charges les plus exigeants.

Quelle répercussion pour l'ensemble de la filière

Ces évolutions seront centrales dans le cadre des négociations commerciales avec la grande distribution. La répercussion de la hausse des prix des commodités reste incertaine, notamment sur le beurre. « Il n'y a pas de problème avec la grande distribution, mais nous contestons la réglementation française qui pousse les opérateurs à une concurrence féroce sur les prix. Nous militons pour la réforme de la LME, pour la remise à niveau du seuil de revente à perte et la suppression de la discrimination», argue Olivier Picot, président de la Fnil (Fédération nationale de l'industrie laitière).

Dans la plupart des pays européens, cette remontée des prix a été transmise aux produits de grande consommation lors des négociations commerciales avec les fournisseurs qui se sont tenues dès l’été et jusqu'en novembre. « En Allemagne, les contrats pour les produits de grande consommation négociés à l'automne avec Aldi et Lidl ont fait bondir le prix – payé à l'industriel - de la plaquette de beurre, qui passe de 3,30 € à 4,40 €, et du lait de consommation UHT qui gagne 15 centimes par litre », illustre Gérard Calbrix.

Ce réalignement des prix de marché à la hausse se traduit par une remontée rapide des prix payés aux producteurs dans l'Union européenne. « Concernant le prix du lait départ ferme, ramené à la teneur standardisée dite 38-32, le point bas a été atteint en été avec par exemple un prix de 22 centimes en juin en Allemagne. Mais pour ce même pays, le prix est passé à 25 centimes en septembre et 28 centimes en octobre. Aux Pays-Bas, Friesland Campina annonce des prix de 37,5 € en teneur réelle (soit environ 35 centimes en teneur standardisée) pour décembre. On sera vraisemblablement vers 34 à 35 centimes en janvier en moyenne européenne. », précise Gérard Calbrix. En France, le prix du lait aux éleveurs est aujourd'hui de 28 centimes par litre en teneur standard. Il devrait atteindre 30 centimes en fin d'année civile.