Process Alimentaire / À la une / Scores nutritionnels et prix : J.P. Girard interpelle S. Le Foll

Scores nutritionnels et prix : J.P. Girard interpelle S. Le Foll

Pierre Christen |  2 Février 2015 | 

Lors des vœux de l’Ania, qui ont eu lieu mercredi 28 janvier dans les nouveaux locaux de l’association au cœur de Paris, Jean-Philippe Girard, son président, s’est déclaré partagé entre espoir et inquiétude, observant « deux grandes menaces qui affaiblissent l’industrie alimentaire et paralysent toute initiative ».

Nous n’accepterons jamais des pastilles oranges et rouges sur nos produits

Le président de l’Ania a d’abord évoqué la question des scores nutritionnels, qui sont prévus dans la future Loi de Santé, dont les modalités ne sont pas encore définies. « On voudrait réduire nos aliments, notre modèle alimentaire français à une simple addition de nutriments. Nous n'accepterons jamais des pastilles oranges et rouges sur nos fromages, nos charcuteries, notre miel, nos chocolats, nos confitures, nos plats cuisinés, en bref sur notre patrimoine alimentaire. Cela serait une catastrophe pour notre alimentation, mais aussi pour le tourisme et nos exportations », a déclaré Jean-Philippe Girard, préférant mettre en avant des valeurs de qualité, convivialité, diversité, goût et plaisir.

Sur ce sujet, Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire et porte-parole du gouvernement, a rejoint le président de l’Ania en déclarant de manière lapidaire « On a vraiment mieux à faire » !

En marge des vœux, le député Guillaume Garot, ancien ministre de l’Agroalimentaire, nous a confié sa position. « Ne soyons pas anti-scores nutritionnels. L’étiquetage nutritionnel doit être vu par l’industrie alimentaire comme une opportunité pour répondre à une attente forte des consommateurs. Il faut donc faire des propositions afin de trouver un compromis. Il ne faut pas laisser un vide, qui serait favorable à la seule proposition émanant du rapport Hercberg», indique-t-il.

Guerre des prix : des demandes de baisse jusqu’à – 18 %

Sans surprise, la seconde menace identifiée par Jean-Philippe Girard est celle de « la guerre des prix que se livre sans relâche la grande distribution. Cette course folle au prix le plus bas, qui étrangle nos entreprises, détruit non seulement de la valeur, de l’emploi, mais aussi paralyse les investissements, les recrutements et les projets », déclare-t-il évoquant « des demandes de déflation de la part des distributeurs injustifiées voire provocatrices, jusqu’à – 18 % ».

« On me dit souvent, cela fait vingt ans que l’on entend ce discours. Mais aujourd’hui nous sommes au bout du bout », ajoute-t-il. « Nous courrons à la catastrophe pour la filière et ses emplois, pour l'industrie comme pour la grande distribution. J'appelle les patrons de la grande distribution à tenir leurs engagements du 23 octobre dernier, pour un comportement plus responsable et plus éthique vis-à-vis de leurs fournisseurs, pour que le message soit transmis dans les box de négociations ».

Le président de l’Ania a interpellé Stéphane Le Foll, demandant à ce que la loi soit appliquée et contrôlée et les abus sanctionnés et communiqués. « La vigilance doit être renforcée face à quatre centrales d'achat qui représentent 93 % du marché », ajoute-t-il, faisant allusion à la concentration des politiques d’achat suite aux accords entre Auchan et Système U, Intermarché et Casino, et Carrefour et Cora, pour contrer le leadership de Leclerc.

Rencontre le 13 février au ministère de l'Economie

Stéphane Le Foll a répondu en annonçant une rencontre le 13 février 2015 à l'ensemble des acteurs de la filière au Ministère de l'Economie. L’occasion de rappeler « une bonne fois pour toutes que cette guerre des prix se fait au détriment de la filière." La baisse des prix ne provoque pas de hausse du chiffre d'affaires », a souligné le Ministre.

Stéphane Le Foll a également invité les partenaires sociaux de la branche agroalimentaire à signer le Pacte de Responsabilité, tout en rappelant l’enjeu : plus de 40 milliards d'euros de charges en moins sur 2016-2017 qui s'appuient sur 51 milliards d'économies dans les dépenses publiques.

Guerre des prix entre enseignes : Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, et porte-parole du gouvernement, a annoncé une rencontre le 13 février à l'ensemble des acteurs de la filière alimentaire au Ministère de l'Economie.

« Quand on voit autant d’éléments macro-économiques favorables, tels que les niveaux des taux d'intérêts, le prix du pétrole, la parité euro / dollar, qu'est ce qui fait qu'il manque la petite étincelle pour que notre économie puisse redémarrer ? La confiance est essentielle. Il faut que par l'investissement, on enclenche un processus vertueux qui nous fasse sortir de ce processus déflationniste », a conclu Stéphane Le Foll.