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Viande. Premier accord sur la volatilité des prix

Josselin Moreau |  10 Mai 2011 | 

L'objectif de l'accord volontaire signé le 3 mai 2011 par les acteurs de la filière viande est de pouvoir répercuter la volatilité des cours des matières premières, à la hausse comme à la baisse. Une initiative que conteste l'Ania. Crédit : Process alimentaire/Kerviande.

13 organisations professionnelles* représentant les producteurs, les transformateurs et les distributeurs de la filière viande ont signé le 3 mai dernier à Paris un premier accord volontaire afin de répercuter la volatilité des cours des matières premières, à la hausse comme à la baisse. Objectif : rouvrir les négociations commerciales entre les différents professionnels lorsque les prix de l’alimentation sortent d’un tunnel de prix, ou cote d’alerte, défini par filière. Cet accord, signé sur base « volontaire » en présence du Ministre Bruno Le Maire, concerne les secteurs porcin, avicole et bovin, depuis les viandes fraîches et découpées jusqu’aux produits de salaison. Grande absente de cet accord, l'Association nationale des industries alimentaires (Ania) qualifie cette initiative de fausse bonne idée.

Une première en France

La Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) rappelle que l’alimentation animale pèse 40 à 60 % (voire 80 % dans le secteur avicole) du coût de production final des éleveurs. D’où l’impact décisif sur leur revenus. « Cet accord instaure une nouvelle ère dans les négociations commerciales qui, j’espère, reposera sur une plus grande transparence dans les filières et une confiance renouvelée entre producteurs, industriels et distributeurs », souligne Xavier Beulin, président de la FNSEA, sans préjuger des résultats effectifs à évaluer fin 2011.

Pour Coop de France, la signature de cet accord constitue un début de réponse aux problèmes de l’envolée du cours de certaines matières premières mais ne résoudra pas tous les problèmes. « La contractualisation est nécessaire pour mettre le producteur en face du client et apporter un équilibre dans la relation commerciale », explique Philippe Mangin, président de Coop de France, qui envisage un premier bilan du dispositif en fin d’année.

La Fédération Nationale de l’Industrie et des Commerces en Gros des Viandes, également signataire, se félicite de cet accord qu’elle qualifie de « novateur » : « Il permettra de tenir compte tout au long de la filière et jusqu’aux produits finis des variations excessives du prix des matières premières et ainsi de maintenir le revenu des éleveurs ».

La distribution était quant à elle représentée par Leclerc, Intermarché et la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD).

L'Ania, la Fict et deux syndicats agricoles absents

Grande absente de l'accord, l’Association des industries alimentaires (Ania) n’a pas souhaité souscrire à cette initiative qu’elle estime être une fausse bonne idée. Elle avait déjà fustigé en octobre 2010 l a « charte d’engagements » signée entre le Secrétaire d'Etat en charge de la consommation, Hervé Novelli, et les principaux distributeurs. « Comment un engagement volontaire peut-t-il régler une situation qui persiste et sʼaggrave depuis trois ans sans aucune sanction dissuasive ? Si la Loi de modernisation de l'économie était respectée, nous nʼaurions pas besoin dʼinventer des engagements volontaires ! », précise son président Jean-René Buisson. Parmi les autres organisations professionnelles non représentées, la Fédération française des industriels, charcutiers, traiteurs (Fict), la Coordination rurale et la Confédération paysanne.

Le Ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire a souligné qu’une démarche similaire sur l'amont de la filière sera opérationnelle au 1er juillet 2011.

Rappelons également que dans le cadre de la Loi de modernisation de l’agriculture, la contractualisation est obligatoire dès cette année dans deux secteurs : fruits et légumes depuis mars 2011 et le lait dès juillet 2011. Pour le Ministère de l’Agriculture, les deux objectifs sont de limiter la volatilité des prix et d’assurer aux producteurs agricoles une visibilité sur leurs revenus à moyen et long termes. Au niveau européen, des mesures comparables ont été proposées sur le secteur laitier le 9 décembre 2010 par Dacian Ciolos, Commissaire européen à l’agriculture, mais ne rentreront pas en application avant 2012.

* La Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles, les Jeunes Agriculteurs, la Fédération Nationale Bovine, la Fédération Nationale Porcine, la Confédération Française de l’Aviculture, la Fédération Nationale de l'Industrie et du Commerce en Gros des Viandes, le Syndicat National des Industries de la Viande-Syndicat National du commerce du Porc, la Fédération des Industries Agricoles, Coop de France, la Confédération française du Commerce Interentreprises, Leclerc, Intermarché et la Fédération des Entreprises du Commerce et de la Distribution représentant notamment les enseignes Système U, Auchan, Carrefour, Lidl, Aldi, Cora et Casino.