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« Je veux faire interdire tous les plastiques inutiles »

Karine Ermenier |  1 Octobre 2018 | 

François-Michel Lambert, 51 ans, est député LREM des Bouches-du-Rhône. Membre et ancien Vice-président de la commission Développement Durable et Aménagement du Territoire de l'Assemblée nationale, il a fondé l’Institut d’économie circulaire qu’il préside, ainsi que le Club des parlementaires de l’Economie circulaire.

Alors que le verdict sur la loi Alimentation est imminent, qu’en sera-t-il de l’amendement déposé par François-Michel Lambert, député LREM des Bouches-du-Rhône (membre de la Commission Développement durable et aménagement du territoire de l'Assemblée nationale), et adopté par l’Assemblée Nationale le 14 septembre dernier ? La véritable question est « comment expliquez-vous que cet amendement ait trouvé une majorité ? », nous rétorque le principal intéressé, interrogé pour préciser le périmètre de ce texte on ne peut plus flou. Interview.

Comment, alors, cet amendement aux contours plus que flous a-t-il trouvé une majorité ?

F-M.L : Ce qui est intéressant, c’est de connaître la génèse de ce texte. J’ai demandé à mon collaborateur de déposer un projet de loi qui interdise tout ce qu’il jugeait utile d’interdire à son sens, sans restriction. L’idée était de titiller les esprits. Je n’avais pas idée qu’il allait être adopté en l’état. Or, il l’a été ! Ce qui témoigne de la prise de conscience dans l’hémicycle et dans la société de l’importance de l’enjeu environnemental ! D’ailleurs, peu de parlementaires ont ensuite critiqué l’amendement.

Et s’il n’est pas maintenu dans le texte de loi final ?

F-M.L : S’il n’est pas adopté, la symbolique vis-à-vis de l’opinion publique va être terrible. Les associations de défense de l’environnement vont s’en emparer. Or sur cette cause, 80 % de la population nous soutient, toutes formations politiques confondues, de l’extrême gauche à l’extrême droite.

Mais quel est le périmètre de ce texte ? A le lire, il interdit tous les contenants en plastique jetables à l’horizon 2020 ? Ce qui paraît dingue ...

F-M.L : Cela pose question, évidemment : dans quel circuit, pour quels usages, en vente à distance ou pour une consommation à domicile ? etc. Ma volonté est d’interdire tous les plastiques inutiles. Il est urgent de repenser nos modèles de consommation. Quel intérêt y a-t-il à mettre un pic en plastique sur des viandes pour dire qu’elles sont bio ? A mettre des pailles dans des verres en plastique pour vendre des cocktails sur les plages ? Alors qu’on sait qu’une partie de ces pailles vont inéluctablement finir dans la mer ...

Mais pourquoi attaquer tous les plastiques alors que certains sont recyclables et depuis longtemps recyclés ?

F-M.L : La question n’est pas là. Vous croyez qu’une tortue va faire la différence entre un plastique recyclable ou non ?! Nous ne pouvons plus vivre dans une société où une partie du plastique échappe à la vigilance, quel qu’il soit !

Quid alors de la Feuille de route sur l’économie circulaire française avec son objectif de 100 % de plastiques recyclés d’ici 2025 ? Est-elle d’ores et déjà obsolète alors même que les industriels et organisations professionnelles ont pris des engagements volontaires ?

F-M.L : Non, elle n’est pas obsolète. Je considère, par exemple, qu’il n’y a pas lieu d’interdire les bouteilles en PET qui sont déjà massivement recyclées. Mais il faut à chaque fois se demander si le plastique a sa place. Regardez, par exemple, les opérations menées sur les plages pendant l'été par la Fédération Française de Football auprès des jeunes. Elle distribue des goodies en plastique, dont on sait avec certitude, que 10 % vont finir sur la plage puis à la mer. Quel intérêt de développer ce type d’objets ?

Mais d’autres contenants, alimentaires notamment, sont utiles. Comment discriminer l’utile de l’inutile sans faire une loi à l’interprétation subjective donc impossible à appliquer ?

F-M.L : C'est très simple. Par une fiscalité dissuasive qui, à chaque instant, devra interroger l’industriel sur l’utilité ou non de vendre du plastique. Je prépare un texte qui sera déposé dans ce sens d’ici quelques semaines. De façon à ce qu’on cherche véritablement des alternatives. Je veux proposer une boîte à outils, à utiliser par exemple dans le cadre de la Loi de Finances, qui comprennne une fiscalité spécifique sur les plastiques, des mesures incitatives pour développer des alternatives, de la formation et de l’information. J’ai rencontré les professionnels du plastique il y a déjà cinq ans au moment où la loi a été votée sur les gobelets et couverts jetables interdits d’ici 2020. Ils n’ont pas bougé d’un millimètre depuis ! Alors que nous avions la chance d’être innovants, nous aurions pu développer une véritable économie des bioplastiques en France. Maintenant, nous allons devoir nous approvisionner en Chine ou ailleurs. Cela me met en colère !

Avez-vous conscience qu’un changement radical d’ici 2020 ou 2025 va impacter toute une économie française du plastique ? Les alternatives vont être difficiles à trouver ...

F-M.L : La filière s’affole. Mais ce n’est plus supportable ! Il faut agir. Et il n’y a malheureusement que par la loi que les choses pourront bouger et vite ! Il faut trouver des alternatives en urgence ! Regardez l’exemple des sacs de caisse. Ou encore de la loi Evin. Pour avoir travaillé quinze ans chez Pernod-Ricard, je confirme que certains acteurs des spiritueux sont peut-être morts. Mais les autres ont su s’adapter et communiquer autrement. Il faut se mettre tous autour d’une table et se demander là où le plastique n’a pas lieu d’être et par quoi on peut le remplacer.

Propos recueillis par Karine Ermenier.

Amendement déposé dans le cadre de la loi Alimentation :

« III. – Au plus tard le 1er janvier 2020, il est mis fin à la mise à disposition des gobelets, verres et assiettes jetables de cuisine pour la table, pailles, couverts, piques à steak, couvercles à verre jetable, plateaux repas, pots à glace, saladiers, boîtes, et bâtonnets mélangeurs pour boissons en matière plastique, sauf ceux compostables en compostage domestique et constitués, pour tout ou partie, de matières biosourcées ».

« Au plus tard le 1er janvier 2025, il est mis fin à l’utilisation de contenants alimentaires de cuisson, de réchauffe et de service en matière plastique, dans les services de restauration collective des établissements scolaires et universitaires ainsi que des établissements d’accueil des enfants de moins de six ans. Dans les collectivités territoriales de moins de 2000 habitants, les dispositions du présent alinéa sont applicables au plus tard le 1er janvier 2028. »