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L'étude américaine Clarity minimise les effets du bisphénol A

Marjolaine Cérou - Karine Ermenier |  13 Mars 2018 | 

La Food and Drug Administration (FDA) américaine a publié les premiers résultats de son étude Clarity-BPA tant attendue. Celle-ci conclut que les effets sur la santé des rats du bisphénol A aux expositions courantes chez l'homme sont minimes, sans danger pour les consommateurs, et qu'ils ne justifient pas de modifier la législation américaine actuelle.

Le bisphénol A fait une fois de plus l'actualité. Peu de temps après l'entrée en vigueur du règlement européen 2018/213 sur le bisphénol A qui prévoit d'abaisser la limite de migration spécifique (LMS) de 0,60 mg/kg d’aliment à 0,05 mg/kg d’aliment, la Food and Drug Administration (FDA) américaine a publié les premiers résultats de son étude Clarity-BPA tant attendue. Celle-ci conclut que les effets sur la santé des rats du bisphénol A aux expositions courantes chez l'homme sont minimes, sans danger pour les consommateurs, et qu'ils ne justifient pas de modifier la législation américaine actuelle. "Très peu d'effets ont été observés chez les rats, à l'exception d'éventuelles tumeurs des glandes mammaires chez certains rats femelles. Une expertise plus approfondie des résultats va être menée pour voir s'ils sont réellement préoccupants", a déclaré Stephen Ostroff, commissaire adjoint de la FDA, l'agence américaine de sécurité sanitaire qui a mené et financé l'étude.

Clarity-BPA est, semble-t-il l’étude la plus importante jamais conduite sur sujet. Évoqués régulièrement dans les colloques, ses résultats étaient attendus pour faire la lumière sur la toxicité éventuelle du perturbateur endocrinien. Fruit de cinq années de recherche, elle a été financée et conduite par les scientifiques du Centre National de Toxicologie Américain (NTP) de la FDA. Les analyses sur 1 900 rats se sont déroulées entre 2014 et 2016. L’expérimentation s’est attachée à évaluer les effets d’une exposition chronique et cela, dès le début de la vie de deux groupes différents de rongeurs, à différentes doses de bisphénol A. Les doses administrées couvraient un large spectre allant de doses faibles, comparables à celles auxquelles les hommes sont exposés, jusqu'à des doses dépassant largement l’exposition courante des hommes.

« Les résultats de ce premier volet mettent en avant des variations biologiques non significatives », indique Véronique Fraigneau, directrice de la communication et des affaires publiques de PlasticsEurope. L'association professionnelle représentant les fabricants de matières plastiques se réjouit de ces résultats qui viennent une fois de plus fragiliser le principe de précaution sur lequel la France s'appuie pour justifier l'interdiction du BPA dans l'Hexagone.

"Dans cette étude, les effets de l’oestradiol, comparés à ceux du bisphénol A, se sont avérés plus puissants. Pour l’association, ces résultats sont encourageants, ajoute-t-elle. Même s’il manque encore un volet, ces résultats devraient permettre de faire la lumière sur le BPA. De plus, la FDA est réputée pour son autonomie et son indépendance.". Les analyses ont été confiées en double aveugle à différents laboratoires. Le processus de révision par les pairs devrait permettre de confirmer la bonne conduite de l’étude. Un préalable à la publication dans la littérature scientifique, prévue en avril.

Vers une révision de l'avis de l'Efsa en 2019

Un second volet de l’étude, qui inclura les analyses sur la lignée descendante des rats examinés lors de la première session, est prévu pour début 2019. A la lumière des résultats finaux, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), a prévu de réévaluer le bisphénol A d'ici fin 2019. Elle vient, en effet, de mettre en place un nouveau groupe de travail qui commence à collecter les documents et les données scientifiques nécessaires.

Ces nouveaux éléments vont continuer à alimenter le débat autour de ce perturbateur endocrinien, que l'Agence européenne des produits chimiques (Echa) a classé comme substance préoccupante en 2017 pour ses possibles effets mutagènes, cancérogènes et reprotoxiques. Pour cette raison, et sur la base d'autres études scientifiques, certains parlementaires européens de la commission Envi avaient soumis un amendement pour interdire totalement le bisphénol A (BPA) dans les matériaux au contact avec les aliments. Mais la majorité des eurodéputés s'est prononcée contre, préférant suivre les préconisations de la Commission. A ce stade, l'étude Clarity-BPA américaine leur donne raison.