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Plastiques : sonne-t-on le glas de l'économie circulaire ?

Karine Ermenier |  8 Octobre 2018 | 

Dans le monde, les plastiques représenteraient 85% des déchets marins. Pour lutter contre ce fléau, deux options se présentent : favoriser l’économie circulaire des plastiques via la montée en puissance du recyclage et de l’intégration de plastiques recyclés ou bien purement et simplement se passer de plastique comme l’illustre Schvartz sur ce dessin. La solution à trouver sera certainement un mix des deux options.

Danone vient de lancer en Espagne une bouteille d’eau minérale Lanjarón 100 % issue de plastique recyclé (r-PET) et 100 % recyclable. «C’est la première du genre dans notre portefeuille et un pas de plus dans notre engagement vers l’économie circulaire #One PlanetOneHealth », a déclaré Emmanuel Faber, p-dg du groupe. Ce à quoi des internautes se sont empressés de répondre qu’il était encore plus vertueux de supprimer complètement la bouteille d’eau en plastique ou d’utiliser les bouteilles compostables déjà disponibles sur le marché. Ce seul exemple suffit à poser la question qui, non seulement, oppose les citoyens mais qui témoigne aussi d’une divergence des règlements qui s’imposent aux plastiques : faut-il supprimer ou recycler ? La loi Alimentation et la directive européenne sur les plastiques à usage unique optent pour la première option. Quitte à rendre obsolètes certaines mesures de la Feuille de Route sur l’Economie Circulaire française et de la Stratégie plastique européenne.

Bouteille d'eau minérale 100 % en r-PET et 100 % recyclable lancée par Danone en Espagne.

Si l'amendement Lambert est appliqué en l’état en France, une grande partie des emballages rigides en plastique risquent, en effet, d’être interdits d’ici 2020 ou 2025, qu’ils soient recyclables ou pas ! Sauf à être biosourcés et home-compostables … « Les fabricants d’emballages ont été complètement sonnés par cet amendement sorti de nulle-part et voté malgré l’avis défavorable du gouvernement, témoigne Emmanuel Guichard, délégué général d’Elipso, association représentants les fabricants d’emballages plastiques et souples. On s’attendait à un débat sur les plastiques dans les cantines mais pas à cette interdiction dont les conséquences peuvent être colossales pour la profession. Nous sommes en train d’en mesurer l’impact sur l’économie et sur les différents acteurs de la chaîne logistique. Car cela peut potentiellement concerner 30 % des produits dans une grande surface et même les emballages de transport, comme les caisses en plastique ... »

Des décrets d'application très attendus

Reste à attendre la publication du texte de loi d’ici une dizaine de jours et celle des décrets d’application pour savoir sur quoi portera précisément l’interdiction : est-ce circonscrit aux emballages en plastique de vente à emporter ? Si oui, qu’est-ce que cela englobe, uniquement les formats individuels ? Les barquettes de salades repas en feraient-elles partie ? Et même précisé, ce texte pourra-t-il s’appliquer, au regard du droit européen et de la libre circulation des marchandises ?

« Sans compter que la loi Alimentation impose des alternatives biosourcées et home-compostables à l’horizon 2020. Or ces substituts n’existent pas encore », s’inquiète Emmanuel Guichard qui compare la situation à celle des films de routage qui, normalement, devraient tous à ce jour être compostables. Dans les faits, seul 15 % du marché aurait basculé …

A l’échelle européenne, la directive Single Use Plastic menace aussi une dizaine de familles d’objets à usage unique choisis pour leur prédominance à se retrouver sur les plages : les cotons-tiges, les touillettes, les pailles, les couverts et assiettes jetables, etc. Elle oblige aussi les contenants de boissons à disposer d’un bouchon solidaire de la bouteille, tel que celui développé par Cristaline par exemple. « Lorsque des solutions de remplacement sont facilement disponibles et abordables, les produits en plastique à usage unique seront bannis du marché », indique le texte. Pour les produits sans solutions de remplacement simples, l'accent est mis sur la limitation de leur utilisation par une réduction nationale de la consommation. Les utilisateurs seront alors tenus de participer financièrement à la gestion et au nettoyage des déchets dans le cadre d’une REP. Les États membres seront également obligés de collecter 90% des bouteilles de boissons en plastique à usage unique d'ici 2025, par exemple par le biais de systèmes de consignes.

Quels objectifs pour le recyclage et l'économie circulaire ?

Aux côtés des interdits, se pose la question du devenir des objectifs de recyclage et d’économie circulaire. S’ajoutent-ils, comme dans le cas des emballages souples tels les films par exemple qui ne semblent pas concernés par les interdictions ? Deviennent-ils obsolètes pour les emballages rigides frappés d’interdiction ? Car rappelons que la feuille de Route sur l’Économie Circulaire française fixe un objectif de 100 % d’emballages en plastique recyclés d’ici 2025. Quand la stratégie plastique de l’Union européenne fixe 55 % d’emballages en plastique recyclés d’ici 2030 et 100 % d’emballages réutilisables, recyclables ou compostables. Pour y répondre, un groupe de travail « Emballages » a été créé avant l’été pour accompagner les entreprises dans leurs démarches. Il a réuni plus d’une quarantaine de participants de tous les maillons de la chaîne (collectivités territoriales, recycleurs, metteurs sur le marché, distributeurs …) qui se sont engagés à incorporer au moins 20 % de plastique recyclé dans leurs emballages en PET et PEBD principalement (films de regroupement). « Une vraie dynamique vient d’être enclenchée. Il est clair qu’il existe une inflexion positive dans la courbe d’incorporation de matières recyclées utilisées en emballages", a indiqué Agathe Cury, directrice du syndicat des Boissons Rafraîchissantes de France et présidente du groupe de travail emballages de l’Ania. Tant d’efforts vont-ils être balayés par l’amendement Lambert ? Difficile à croire ...