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La réforme de la formation professionnelle en débat à Rennes

Pierre Christen |  23 Avril 2018 | 

Prévu pour être mis en œuvre dès 2019, le projet de réforme de la formation professionnelle sera présenté par Muriel Pénicaud en conseil des ministres vendredi 27 avril. « Même s’il reste des points à préciser, on connaît l’architecture générale des 108 pages de l’avant-projet de loi, indique le consultant Jean-Pierre Basilien, lors d’un colloque organisé ce jour par l’ABEA (Association bretonne des entreprises agroalimentaires) à Rennes. « Il repose sur l’idée que la liberté de choix est essentielle pour la motivation de l’apprenant, en particulier pour les moins qualifiés. Et que l’individu doit devenir acteur et moteur du système de formation, alors que les plans de formation des entreprises privilégient trop les adaptations à court terme aux postes de travail. »

La monétisation du Compte Personnel de Formation

L’expert associé à l’Institut du Travail rappelle que la principale mesure de la réforme consiste à rénover le CPF (Compte Personnel de Formation) avec la monétisation, soit 500 €/an (800 €/an pour les moins qualifiés). « Chacun aura un budget et pourra via son smartphone choisir sa formation à partir d’une liste des formations éligibles et pourra ensuite l’évaluer comme on le ferait sur tripadvisor, le tout sans intermédiation», explique-t-il.

Ce qui n’est pas sans poser des questions sur la capacité des salariés à se saisir de cette liberté de choix, en termes d’envie mais aussi de pertinence. « C’est pourquoi, à la demande des organisations syndicales, le projet prévoit la mise en place d’un conseil en évolution professionnelle », répond-il

L'importance du dialogue social

L’expert souligne également que la gestion des compétences prévisionnelles va être décloisonnée. « C’est le sens même de la commission paritaire qui a été créée en Bretagne », illustre-t-il. En effet, dès 2012, l'ABEA et quatre syndicats ont créé une commission unique en France dans le domaine alimentaire afin de développer le dialogue social, d’échanger et de dégager des orientations. "Avec la réforme, on peut dire que nous avons les outils pour donner goût à l'entreprise et former massivement les entrants. L'ABEA est en marche, grâce au dialogue social, à l'Ifria qui est à nos côtés et aux actions de notre commission sociale".

Michel Le Bot, salarié CFDT Even et président de la commission paritaire régionale emploi formation professionnelle (CPREFP) alimentaire, et Annie Saulnier, dg de Geldelis et présidente de l’ABEA (Association bretonne des entreprises agroalimentaires).

Jean-Pierre Basilien rappelle que le projet de loi est issu d’un processus de négociations avec les organisations syndicales et patronales démarré à l’automne 2017 et qui a abouti à un accord interprofessionnel du 22 février 2018. « Il a servi de base au projet de loi, même si tout n'est pas repris ». Un constat qui a suscité des réactions dans la salle. « Il n’y a pas eu de négociations, compte-tenu du processus de cadrage contraignant fixé par le gouvernement. Par exemple, les organisations syndicales et patronales étaient contre la monétisation du CPF », affirme une représentante de la CGT. « Cette réforme exclut les partenaires sociaux de la gestion des dispositifs de formation », ajoute-t-elle.

Une intervention sur laquelle Jean-Bernard Solliec n’a pas manqué de rebondir, en tant que président du Fongecif Bretagne, un organisme paritaire qui accompagne les salariés dans leur projets de formation. « Je suis président d’un organisme qui est en voie d’euthanasie par la volonté de nos dirigeants. Leur seule volonté est que l’on marche au pas ».