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Insectes : cap sur l'industrialisation avant une autorisation Novel Food

Amélie Dereuder |  8 Octobre 2018 | 

InnovaFeed met l’accent sur la valorisation de coproduits agricole pour développer sa production de mouches soldat noires à destination de l’alimentation animale. Crédit photo Fotolia © Max

En attente d’une autorisation Novel Food, les producteurs d’insectes comestibles cherchent à gagner en productivité et en efficacité afin de mieux se positionner avant de la probable ouverture du marché alimentaire européen. Pour développer les technologies d’élevage tout en restant dans les clous réglementaires, nombreux sont ceux qui ont opté pour le marché de l’alimentation animale. En pet-food, les premières croquettes à la farine d’insectes sont déjà sur le marché. En aquaculture, 3,2 millions de tonnes de farines de poisson sont d'ores et déjà utilisées.

Ynsect installe sa ferme verticale à Poulainville

Pour se positionner, Ynsect a annoncé fin septembre l’installation d’une nouvelle ferme verticale de ténébrion meunier (vers de farine) à Poulainville (80). Le début des travaux est prévu courant 2019. La société utilise un système vertical : les chambres sont empilées avec un flux d’air contenu pour l’aération. Le tout est équipé de capteurs et automatisé afin de réduire la pénibilité du travail. Pour éviter les risques de propagation dans l’environnement, Ynsect mise sur des insectes au stade larvaire, qui ne peuvent se déplacer.

InnovaFeed valorise les coproduits de Tereos

De son côté, InnovaFeed a annoncé la construction d’une seconde usine de fabrication de protéines de mouches soldat noires (Hermetia Illucens) à Nesle (80), sur un site industriel de Tereos*. Le groupe lui fournira en plus les coproduits de l’amidonnerie (son de blé) comme aliment de base pour les insectes. InnovaFeed a en effet mis au point un modèle d’élevage qui permet de valoriser en boucle courte les coproduits de l’agro-alimentaire, ce qui permet d’améliorer les performances environnementales des deux industries. Les déchets organiques sont quant à eux transformés en fertilisants pour l’agriculture bio locale, comme chez Ynsect.

Ce site aura une capacité dix fois supérieure à la précédente unité de Gouzeaucourt (59), produisant 1000 tonnes de protéines par an. Cette dernière avait été mise en service mi-2017. Le démarrage de la nouvelle usine a été permise grâce à la levée de fonds de 15 millions d’euros début 2018. 110 nouveaux emplois verront le jour, principalement des postes d’opérateurs, de techniciens et d’ingénieurs. La production devrait débuter à partir du dernier trimestre 2019.

Encore des efforts à fournir

A noter, le projet ANR Desirable (2013-2017) a étudié les impacts environnementaux de bioraffinerie d’insectes pour l’alimentation animale. Résultat : par kilogramme de protéines, les impacts sont supérieurs à la farine de poisson ou au tourteau de soja. Les scientifiques ont également conclu que la filière devait améliorer ses rendements et valoriser d’autres coproduits que ceux déjà utilisés en alimentation animale. La filière insecte doit donc davantage gagner en compétitivité et en durabilité si elle veut un jour pouvoir toucher le marché des protéines alternatives pour l’Homme...

*Il y a un an, Tereos avait conclu un autre partenariat sur l’usine de Nesle, avec le spécialiste des caramels Nigay.