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Les aliments industriels dans le viseur des députés

Amélie Dereuder |  1 Octobre 2018 | 

Les parlementaires de la commission d’enquête sur l’alimentation industrielle souhaitent limiter l’impact de la « malbouffe » sur l'alimentation des Français. Les propositions vont tout azimuth: interdiction de centaines d’additifs, instauration de teneurs limites en sucre, sel et gras… ce qui augurerait un travail titanesque de reformulation pour l’agroalimentaire. © ALDECAstudio

Le 26 septembre, les députés ont adopté le rapport de la commission d’enquête sur l’alimentation industrielle . Pour la rapporteure Michèle Crouzet (La République En Marche), il n'y a pas de doute, « la surconsommation d’aliments industriels n’est pas sans conséquence : il est avéré qu’elle favorise le développement de maladies chroniques telles que l’obésité, le diabète ou encore les maladies cardio-vasculaires ». Les parlementaires se sont notamment penchés sur les produits trop salés, sucrés ou gras, les additifs... Au programme, limiter l’impact de la « malbouffe ». Au prix d'un grand amalgame: pour les députés, les aliments industriels sont forcément mauvais pour la santé. De plus les recommandations, qui partent d'une bonne intention, ne semblent pas réalisables aux délais proposés. Surtout si elles doivent être travaillées simultanément.

Suppression de la plupart des additifs

Parmi les principales propositions, on retrouve la suppression de la plupart des 338 additifs d’ici 2025, pour ne garder que les 48 additifs déjà autorisés en bio. Par ailleurs, il a été discuté de n’accepter qu’un additif par catégorie dans un produit, par exemple un seul conservateur ou un seul texturant. Un changement qui impacterait quasiment tous les transformateurs et qui demanderait un travail considérable de reformulation sur les sept prochaines années… Sans compter la réaction des consommateurs qui verraient leurs produits favoris changer radicalement de goût, d’aspect et de texture, en plus d'avoir une DLC plus courte.

Limiter le sucre, le sel et la matière grasse

Les députés aimeraient également instituer une teneur limite en sel, en sucre et en acide gras afin de répondre aux recommandations de l’OMS d’ici cinq ans. En cas de non-respect, les fabricants seraient sanctionnés financièrement. Là encore, le travail de reformulation serait très important, surtout si le nombre d’édulcorants et de substituts de matières grasses est réduit… A ce propos, l’Ania rappelle que d’importants efforts ont déjà été menés ces dernières années pour réduire les teneurs en sel (-20%), en sucres (-30%), en matières grasses. D’autre part, les députés souhaiteraient voir enfin apparaître les profils nutritionnels dans le cadre d’une proposition de résolution européenne. « À défaut d’une publication de ces profils, une année après l’adoption de la résolution, la France énoncera une interdiction totale des allégations nutritionnelles considérées trompeuses ou mensongères», ajoute la rapporteure.

Nutri-Score obligatoire

Autres propositions, l’obligation du Nutri-Score (un sujet clivant en industrie, lire ici ), d’une mention de l’origine des produits et de la proportion globale d’additifs sur les produits fabriqués en France. Des informations qui, certes, intéressent le consommateur, mais qui vont encore compliquer la lecture de l’étiquette. L’Ania ne s’oppose pas à donner ce type d’éléments, car elle est en train de mettre en place une base de données géante (Numalim) incluant liste d’ingrédients, information nutritionnelle, origine de la production, pratique de transport… Ce projet sera présenté au Sial et devrait être opérationnel dans deux ans.

Éducation à l’alimentation

Outre ces propositions, la rapporteure a mis l’accent sur certains points comme la création d’un programme de recherche publique sur les effets sanitaires de l’alimentation industrielle, l’interdiction des contaminants et résidus dans les emballages, l’interdiction du dioxyde de titane ou l’incitation fiscale pour favoriser l’utilisation de process évitant l’apparition des composants néoformés, notamment dans l’alimentation infantile.

Dernière proposition à retenir, le député Loïc Prud’homme (La France Insoumise ) insiste sur l’éducation à l’alimentation, dès l'année scolaire 2019-2020. « Nous plaidons pour qu’une fraction du temps scolaire, peut-être au moment du déjeuner et de la pause méridienne, soit dédiée à l’éducation à l’alimentation, dès la maternelle et jusqu’au collège ». Au contraire des précédentes, cette déclaration fait consensus dans l'industrie. Elle pourrait également avoir un impact bien plus important en termes de changement de pratiques des consommateurs, les enfants devenant prescripteurs d’aliments plus vertueux.