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Les feuilles de stévia à la conquête de nouveaux marchés

Amélie Dereuder |  16 Octobre 2017 | 

Les feuilles de stévia ne sont plus considérées comme Novel Food dans les thés, tisanes et infusions, ce qui permet leur utilisation en Europe sur ces applications. Crédit photo Fotolia © foliavectorolirz

C’est un premier pas pour l’utilisation des feuilles de stévia en Europe. En juillet, la Commission européenne a fait évoluer leur statut en les faisant sortir du périmètre de la réglementation Novel Food sur les thés, tisanes et infusions. Cette évolution fait suite à l’intervention de la Croatie, entrée dans l’Union Européenne en 2013*. Cet état a apporté des preuves de consommation des feuilles de stévia avant 1997 sur ces applications, ce qui les fait sortir de facto de cette réglementation et n’oblige plus les acteurs à présenter un dossier d’autorisation complexe et chronophage. La Commission a donc modifié le catalogue Novel Food mais les feuilles ne sont pas autorisées dans le reste de l’alimentation générale. Pour autant, un certain flou demeure et laisse place à différentes interprétations. Des avenants devront alors paraître pour mieux préciser ce texte.

Pour les fournisseurs de stévia, c’est une bonne nouvelle et l’occasion de se positionner sur de nouveaux marchés. la jeune société Oviatis prévoit de lancer dès 2018 une infusion concentrée de stévia bio comme PAI, puis des feuilles entières bio. La société basée à Lacaussade (47) et créée par Philippe Boutie vient de confirmer une levée de fonds de 500 000 euros et développe une infusion de stévia lyophilisée sous forme de cristal. La prochaine étape sera de faire certifier en bio tous ses ingrédients ainsi que les glycosides de stéviol afin de toucher l’alimentation biologique, segment très en croissance.

De son côté CristalCo, qui commercialise les extraits de stévia de Stévia Natura, a déjà pu commercialiser ses premières feuilles auprès du fabricant allemand Teekanne. Ce dernier les utilise dans des sachets d’infusions pour sucrer naturellement la boisson. « L’autorisation des feuilles est particulièrement intéressante pour nous car cela peut diversifier nos gammes. Nous sommes en train d’affiner nos ingrédients en fonction des demandes clients. Les entreprises cherchent avant tout la qualité et la traçabilité des feuilles, effectuant des audits de la parcelle jusqu’aux produit finis. C’est alors un plus d’avoir un sourcing européen comme c’est notre cas », précise Margaux Deschandelliers, chef de produits junior BtoB chez CristalCo. Oviatis mise quant à elle sur une production 100 % française, principalement dans l'Aquitaine. 30 hectares seront plantés en 2018.

A noter, cette évolution réglementaire ne change rien à l’utilisation des glycosides de stéviol (E 960).

*Ce n'est pas la première fois qu'un État-membre soulève la question de l'alimentarité de la stévia. En 2009, un tribunal bavarois a donné raison à la société Mensch & Natur, qui revendiquait le droit de commercialiser du thé contenant des feuilles de stévia.