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Les utilisateurs de fruits pénalisés par les mauvaises récoltes

Amélie Dereuder |  2 Octobre 2017 | 

Les mauvaises conditions climatiques ont fait chuter la production de certains fruits, entraînant pénurie et flambée des cours. Pour la cerise et la myrtille, les coûts augmentent de 80 %, une situation intenable pour les industriels utilisateurs. Crédit photo Fotolia © Cornerman.

Après la sécheresse de 2015 et les faibles récoltes de 2016, c’est le gel tardif puis le manque d’eau qui ont pénalisé la filière fruits en Europe cette année, en particulier pour les fruits rouges, raisins, pommes et poires. Résultats : les récoltes de cassis sont amputées de 50 %, celles de myrtilles de 75 % et celles de cerises d’environ 30 % selon les bassins de production. Pour la poire, les estimations en France tablent sur une réduction de 10 % des volumes. Pour le raisin, la récolte sera inférieure à celle de l’an dernier, déjà en chute de 16 %. La groseille subira une baisse de volume de - 60 % à -70 % quand la pomme verra une chute de 20 % de sa production, voire plus pour le bio (au moins 35 %). Selon Michel Delhommeau, directeur général des Côteaux Nantais, « Les pommiers ont été plus touchés que les poiriers. La récolte aurait dû être belle mais on va battre un record à la baisse. » Ces baisses de production entraînent des pénuries, mais également une explosion des cours des matières premières, délétère pour les industriels des jus, des compotes, confitures et conserves de fruits.

Des hausses de cours allant jusqu'à +80%

Première à sonner l’alarme, l’Afidem (Association des fruits et légumes transformés) a prévenu que les prix de revient du cassis français allaient augmenter de 30 % et qu’ils allaient de pair avec une baisse de la production de 55 % de la variété Noir de Bourgogne et de 33 % de Blackdown.

La Fiac (Fédération des industries d’aliments conservés) a quant à elle annoncé une hausse des cours de 80 % pour la cerise et la myrtille, de 60 % pour la groseille, de 50 % pour la pomme bio (25 % en conventionnel), de 10 % pour la poire et de 30 % pour la fraise. Pour le raisin, Unijus (Union Nationale Interprofessionnelle des Jus de Fruits) estime que la récolte européenne sera la plus faible de la décennie à cause des gelées d’avril, de la sécheresse et des limitations d’eau. Les trois pays producteurs (France, Espagne, Italie) sont impactés et les cours flambent de 75 %.

La situation n’est pas meilleure dans le reste du monde. Les récoltes de pamplemousse ne sont pas au rendez-vous, que ce soit en Amérique du Sud ou en Floride, ce qui a déjà fait doubler le prix du jus, en attendant les productions israéliennes ou mexicaines.

Pour l’orange, le Brésil accuse une très faible production sur 2016-2017, probablement la plus basse depuis 1954 selon Unijus. En cause, le passage de l’ouragan Irma qui a détruit entre 50 et 75 % des récoltes. Les cours très élevés du jus d’orange depuis 2016 ne devraient pas baisser cette année.

Revalorisation ou arrêt des références

Pour les industriels utilisateurs de fruits, c’est la catastrophe. Dans le domaine des jus, le poids de la matière première représente entre 60 et 80% des coûts. Les prix des purs jus de pomme ont déjà augmenté de 50% par rapport à l’année dernière et ceux des concentrés ont doublé. « Sur certains produits comme la pomme bio, il n’y a rien à faire, c’est un cas de force majeure. La revalorisation sera de 40 cts du litre au minimum. Pour de la pomme conventionnelle et du raisin, la hausse sera de 15cts du litre. Si les clients n’acceptent pas les prix, nous ne pourrons pas les livrer et nous dénoncerons les contrats » explique Emmanuel Vasseneix, président d’Unijus et de LSDH. L’industriel précise qu’il n’aura au maximum que 6 millions de litres de jus de pomme bio, contre 14 millions habituellement.

Christian Divin, directeur général de la Fiac, réclame une prise de conscience de la grande distribution: « Cela fait maintenant plus de trois ans que nos industriels voient leurs marges se réduire significativement car la très large majorité des distributeurs refuse les hausses légitimes sur les fruits. Les industriels ne peuvent pas financer la guerre des prix que se livrent les enseignes ».

Pour s’assurer des volumes à l’avenir, St Mamet pérennise de son côté son partenariat avec un de ses fournisseurs, la coopérative arboricole Conserve Gard. L’industriel a signé un accord de commerce équitable sur une durée inédite : 20 ans au lieu de trois ! La rémunération prévoit déjà une ré-évaluation de 5 % pour 2018 et une évolution des prix sur cinq ans. Un soutien à la replantation de 500 ha sur la poire, la pêche, l’abricot et la pomme a aussi été validé. Une gamme de fruits en morceaux issus de cet accord devrait d’ailleurs voir le jour en janvier 2018.