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L’Atelier de l’Argoat, Biothermie et Le Garrec valorisent les graisses animales en biocombustible

Josselin Moreau |  11 Mars 2009 | 

Joel tingaud, devant la nouvelle chaudière avec le brûleur Weishaupt à énergie mixte gaz/biocombustible.

« Le meilleur déchet, c’est celui qui n’existe pas », aime à rappeler Joël Tingaud, p-dg de l’Atelier de l’Argoat, entreprise qu’il a repris en 2005. L’andouillerie basée à Plélan-le-Grand (Ille-et-Vilaine) emploi 60 personnes. Elle a investi 380 000 euros dans le procédé Biothermie de recyclage des déchets graisseux en biocombustible opérationnel depuis décembre 2008. Le chaudronnier Le Garrec a installé entre autres le réseau de collecte des graisses animales provenant des marmites et des cellules de cuisson. Le projet constituait au départ un véritable pari demandant à la fois la participation des personnels de l’usine et l’implication de la Drire* Bretagne pour obtenir l’autorisation d’expérimenter sur site. Développé en partenariat avec le laboratoire ProdiaBio (Université de Bretagne Sud) et l’Ensieta de Brest, il a reçu le soutien de l'Agence de l’eau Loire-Bretagne, du conseil régional de Bretagne, du conseil général d’Ille-et-Vilaine et de l’Ademe.

Collecte optimisée des déchets

« Pour produire nos andouilles, quand nous achetons 100, nous fabriquons 30, rappelle Joël Tingaud. Et ce sont environ 35% des intrants qui finissent en déchets graisseux. » L’usine génère trois types de graisses : les parures de graisses de porc (chaudins) issues de la préparation des boyaux, les huiles de cuisson et les graisses contenues dans les effluents. A chaque étape, la collecte des déchets a été optimisée. Des cornières inox sont par exemple disposées autour des tables d’embossage pour récupérer les chaudins de manière propre. Dans l’atelier de cuisson situé à proximité, un système de collecte centralisée des huiles issues des quatre cellules de cuisson et des marmites a été mis en place. En sortie d’usine, un flottateur recueille les graisses envoyées auparavant dans la station d’épuration. Une fois collectés, les déchets sont pompés puis envoyés dans un décanteur lamellaire statique de 10 m3 qui isole les huiles pures (futur biocombustible), les précipités solides (destinés au petfood ou à l’équarrissage) et l’eau (réinjectée dans le réseau des eaux usées). Les huiles sont chauffées puis stockées à 50°C dans une cuve extérieure de 25 m3. « Nous obtenons des huiles de grande qualité, avec en moyenne seulement 0,2% d’eau et 0,02% d’impuretés », explique Joël Tingaud. L’impact environnemental des effluents a aussi été réduit avec une baisse de 23% à -28% de la DCO et de la DBO5 en entrée de station d’épuration.

Un biocombustible propre

Installé dans la chaufferie, le réacteur Biothermie de 70 litres réalise l’émulsification de l’huile avec de l’eau et des additifs pour créer le biocombustible. Ce dernier est ensuite utilisé dans un brûleur mixte gaz/biocombustible situé à côté. Des tests réalisés sur les fumées de combustion ont montré que les émissions de gaz à effet de serre issues du biocombustible étaient diminuées de 22% par rapport au fuel léger. « Grâce à la chaleur cogénérée, nous chauffons l’eau servant aux cellules de cuisson et aux marmites, ce qui représente un quart des consommations d’électricité en moins », précise Joël Tingaud Au final, il estime que le procédé Biothermie lui fait économiser 50 000 € à 60 000 € par an, à comparer avec les 5 M€ de chiffre d’affaires réalisé par l’entreprise en 2008. Cette année, sur 200 tonnes d’huiles collectées par an, l’Atelier de l’Argoat en valorisera 50% en biocombustible sur site, l’autre moitié étant revendue. Dans ces conditions, l’usine fonctionnera à 60% sur le biocombustible et 40% en gaz de ville alors qu’elle pourrait être autonome à 90%. Mais Joël Tingaud souhaite conserver la possibilité de varier les sources d’énergie de l’usine avant d’aller plus loin. Il envisage d’ailleurs d’effectuer le bilan carbone de l’entreprise d’ici 2010.

* Direction régionale de l'industrie de la recherche et de l'environnement