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Camemberts AOP : une polémique infondée ?

Marjolaine Cérou - Pierre Christen |  28 Mai 2018 | 

[La caricature de Schvartz]. La polémique sur l'AOP Camembert de Normandie AOP inspire le caricaturiste Schvartz.

Le 21 février dernier, sous l’égide de l’Institut national de l’origine de la qualité (Inao), les différents acteurs de la filière camembert ont trouvé un point d’entente autour d’une feuille de route jusqu’à 2021. Cet accord est le fruit d’un consensus visant à mettre fin à la co-existence en linéaires de fromages portant la mention « Fabriqué en Normandie » (au lait pasteurisé, 92 % du marché) et de fromages revendiquant l’AOP « Camembert de Normandie » (au lait cru, 8 % du marché). Deux formulations très proches, sources de confusion pour les consommateurs.


Une tribune assassine

Alors que la loi Alimentation est en débat en Parlement, la décision prise par la filière a suscité une de ces polémiques dont la France a le secret. Tout est parti d’une tribune parue dans Libération du 14 mai , écrite par l’association Fromages de terroirs et intitulée sobrement "C’est le camembert de Normandie AOP au lait cru qu’on assassine". Rien de moins.

A la suite, douze députés ont écrit au ministre de l’Agriculture pour lui demander de mettre un terme à l'accord de l'Inao et à son application en 2021, afin - disent-ils - "d’assurer la pérennité du camembert traditionnel qui en aucun cas ne peut être assimilé au camembert pasteurisé".


Interpellé, le ministre de l’Agriculture s’est trouvé dans l’obligation de réagir indiquant souhaiter la mise en place d'une « marque distinctive » selon la méthode de fabrication des camemberts. Ce qui est justement prévu dans l’accord.

Une montée en gamme pour tous

Interrogé par nos soins, un représentant de l’Inao nous confie son étonnement face à l’emballement médiatique. "Très peu ont pris la peine de nous consulter pour connaître la réalité de l'accord", nous confie-t-il.

En substance, l’accord prévoit en effet qu’à horizon 2021 le cahier des charges AOP autorise la pasteurisation. Cependant, il n’y a pas de quoi craindre une baisse des standards, bien au contraire… « Cet accord de principe implique une montée en gamme pour tous », assure l’Inao. Tout d’abord, l’accord prévoit qu’une mention distinctive du type « Véritable Camembert de Normandie » soit appliquée pour les fabricants dont le fromage est au lait cru et moulé à la louche. Pour ces fromages, le cahier des charges imposera un pourcentage minimum de vaches normandes (jusqu'à 70% contre 50% actuellement) ainsi que certaines conditions de production.

Pour les fromages au lait pasteurisé, qui entreraient dans l’AOP, un pourcentage de vaches normandes sera également à respecter (le chiffre de 30 % est évoqué), de même qu’une obligation de pâturage (six mois) et la présence de haies naturelles. Autant d'exigences mieux-disantes comparativement à l'offre actuelle.

Une publication en 2021

Le cahier des charges n’est pas encore définitif et reste à écrire par l’ensemble des acteurs de la filière. «Cet accord marque le début des discussions », rappelle l’Inao. La publication du cahier des charges final est annoncée pour 2021.