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L’Anses publie son avis sur le dioxyde de titane

Marjolaine Cérou |  15 Avril 2019 | 

Faute de preuves scientifiques, l’Anses réitère ses recommandations générales sur les nanomatériaux. Cette publication intervient quelques mois après que Bercy ait demandé à l’Agence d’accélerer ses travaux sur le dioxyde de titane utilisé en tant que colorant et opacifiant dans les denrées alimentaires. Crédit : Fotolia.

En janvier dernier, Bruno Le Maire avait demandé à l’Anses d’accélérer ses travaux sur le dioxyde de titane . Cet additif alimentaire (E 171), utilisé pour ses propriétés colorantes et opacifiantes, est constitué de particules sous forme nanoparticulaires largement décriées par les associations de consommateurs. Dans son avis publié ce jour, l’Agence nationale conclut qu’elle ne dispose pas d’éléments nouveaux permettant de lever les incertitudes sur l’innocuité de l’additif E171. « Dans l’attente d’une meilleure caractérisation du danger et des risques du E171, l’Agence réitère ses recommandations générales sur les nanomatériaux visant notamment à limiter l’exposition des travailleurs, des consommateurs et de l’environnement, en favorisant des alternatives sûres et équivalentes en termes d’efficacité », indique l’Anses.

Suite à ses travaux d’expertise conduits en 2017, l’Anses a été saisie en février 2019 pour faire le point des études les plus récentes sur la toxicologie par voie orale du E 171 et actualiser ses recommandations. L’expertise sur une étude relative à la toxicité orale du E171 (Etude Nanogut, Bettini et al, 2016) avait alors mis en évidence des effets promoteurs potentiels de la cancérogenèse chez le rat. L’Agence soulignait alors la nécessité de conduire de nouvelles études toxicologiques afin de confirmer ou d’infirmer les effets rapportés dans cette étude. Le groupe d’experts a réalisé une revue bibliographique sur la toxicité du E171 par voie orale. 25 nouvelles études publiées depuis 2017 ont été recensées. « Aucune de ces nouvelles études ne permet de confirmer ou d’infirmer le potentiel effet promoteur de la cancérogénèse du E171 rapporté dans l’étude Nanogut », souligne l’Agence. Certaines mettent cependant en lumière de nouveaux signaux tels que la modification de mécanismes biologiques cellulaires chez la souris ou des anomalies du développement chez des invertébrés et des effets génotoxiques in vitro via le stress oxydant.

De son côté, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), en charge de l’évaluation des additifs alimentaires en application de la réglementation européenne, avait souligné, dans le cadre de l’évaluation du E171 en 2016, que les données concernant la toxicité pour la reproduction étaient insuffisantes pour fixer la dose journalière admissible (DJA) et la quantité maximale dans les aliments sans risque pour la santé des consommateurs.

Suite à l'avis de l'Anses, l’association de consommateurs UFC Que Choisir appelle quant à elle à l’application du principe de précaution et « exhorte le Ministre à respecter sa parole en interdisant immédiatement son utilisation dans les produits alimentaires ».

L'avis de l'Anses est disponible ici .